Naviguer / Chercher

Thérapeutique initiale non chirurgicale : cas clinique #1

Madame G…N…, âgée de 58 ans, se présente en mars 2006 à la consultation, pour “des problèmes de gencives”. Elle saigne au brossage; ses gencives lui paraissent gonflées; mais elle ne souffre pas.
Elle est suivie “régulièrement” dit elle par son dentiste pour des soins et détartrages simples.
Elle est en bonne santé générale, ne fume plus depuis l’âge de 30 ans, ne présente aucune pathologie systémique ni médication.

Un bilan radiographique rétroalvéolaire est réalisé, du tartre sous gingival est visible en grandes quantités.

Nous relevons également les paramètres cliniques: profondeur de poches, atteintes des furcations, mobilités, indices de plaque et de saignement.

Le diagnostic est celui d’une parodontite chronique généralisée, avec plus de 30 % des sites présentant une perte d’attache sévère. La perte d’attache est horizontale avec des lésions angulaires en distal de 45 et 37. Le pronostic des molaires maxillaires est incertain ou mauvais.

L’objectif de la thérapeutique initiale non chirurgicale est d’abaisser la charge bactérienne présente sur les surfaces dentaires.

Cela dans une mesure suffisante pour que les défenses immunitaires de l’hôte puissent faire face à l’inflammation provoquée par le biofilm bactérien (Page & Kornman, Axelsson, Lindhe)

En combien de séances menez vous la thérapeutique initiale non chirurgicale (detartrage-surfaçage radiculaire et réevaluation) ?
Vue la quantité de tartre sous-gingival initiale et les profondeurs des poches, peut on espérer une élimination totale du tartre sous gingival, avec un detartrage-surfaçage radiculaire ?

Commentaires

Marcel Carton

L’idéal ne serait-il pas de traiter ce cas en deux séances: une maxillaire et une mandibulaire? Mais je pense que je le ferais en 4 séances.
non il ne semble pas possible d’éviter la chirurgie pour éliminer tout le tartre des poches les plus profondes. Je suppose que votre expérience va nous servir. merci pour ce cas illustratif

Mathieu CREVEL

Merci pour votre avis, représentatif je pense.
En fait il semble difficile de répondre de façon catégorique….
D’un point de vue scientifique: les études de Quirynen, depuis 1995, sur la « full mouth désinfection » (soit mener la procédure de detartrage surfaçage radiculaire de toute la bouche sur un intervalle maximum de 24H), peinent à prouver un avantage clinique, sur le long terme, par rapport à une procédure en plusieurs temps, sur plusieurs semaines.
En revanche, dans le cas d’une pardontite agressive, cette désinfection totale sur 24H semble avantageuse et favoriser la réponse de l’hôte.
D’un point de vue pratique, j’ai tendance, comme vous, à traiter 2 quadrants à la fois: cela me permet d’avancer dans le traitement (ne pas « lasser » le patient), de lui laisser une partie de la bouche « intacte »(une séance pour les secteurs 1 et 4 puis une autre pour 2 et 3) en post op, et enfin de ne pas encombrer mon carnet de rendez vous….

Quant aux profondeurs de poche, les études de Badersten (années 80) et Egelberg (90′), montrent de plus grandes réductions de profondeur de poche pour les monoradiculées, par rapport au pluriradiculées. Donc on peut prévenir le patient qu’avec des poches initiales de 7-8mm en postérieur, on peut espérer « gagner » 2 ou 3 mm en moyenne. En pratique, avec des poches de 8 en distal des molaires, je préviens le patient avant la thérapeutique initiale qu’un temps opératoire (lambeau assainissement ou régénération) sera sans doute nécessaire après réévaluation.
En effet, le tartre sous gingival, au delà de 5 mm de profondeur, subsiste en grande quantité après le detratrage surfaçage (Cafesse, 1986), surtout au niveau des postérieures, avec un accès plus difficile pour notre instrumentation.

Mathieu CREVEL

une fois le détartrage et surfaçage radiculaire réalisé, la réévaluation aura lieu en général 8 à 10 semaines ensuite, et consistera à relever les indices cliniques, pour les comparer aux relevés initiaux (avant dsr).

Marcel Carton

Merci de ces réponse précises et documentées. Les cas clinqiues documentés, complets ou partiels sont toujours instructifs venant de personnes compétentes. Bravo

Laisser un commentaire