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Prothèse numérique en implantologie #1

La technologie Bellatek Encode (Zimmer Biomet) permet désormais au prosthodontiste de réaliser son empreinte implantaire sans utiliser de transfert d’empreinte et d’obtenir un pilier implantaire sur mesure par CFAO (conception et fabrication assistées par ordinateur). Toutes les étapes de chirurgie et de prothèse utilisant la technologie Bellatek Encode dans le cadre d’un traitement employant une technique d’empreinte avec matériaux d’empreintes classiques ont été détaillées précédemment (liens posts « Adieu les transferts d’empreinte »).

Dans la continuité de la technologie Bellatek Encode, et grâce à l’avènement des outils numériques disponibles au cabinet dentaire, nous allons voir dans ce post l’apport de la CFAO directe et de la CFAO semi-directe en prothèse implantaire.

Trois types de CFAO existent : la CFAO directe, la CFAO semi-directe et la CFAO indirecte. Dans le cadre de ce post, nous nous limiterons aux deux premiers.

La CFAO directe est composée de 4 maillons : une caméra intra-orale, un logiciel de CFAO (conception assistée par ordinateur (CAO) + fabrication assistée par ordinateur (FAO)) et une usineuse. Dans ce cadre de production, l’ensemble des procédures est réalisé au cabinet dentaire. Le praticien réalise les tâches de numérisation (empreinte optique de la dentition du patient) et de CAO de la prothèse. Les tâches de FAO et d’usinage sont réalisées automatiquement, la tâche du praticien étant limitée à introduire le bloc matériau et à vérifier le bon fonctionnement de l’équipement d’usinage. L’avantage de cette technologie est la réalisation complète de la prothèse au cabinet dentaire en un seul rendez-vous.

La CFAO semi-directe permet quant à elle le partage des tâches numériques. Le praticien réalise toujours une empreinte optique afin de concevoir un maître modèle virtuel. Ce dernier est ensuite envoyé à un laboratoire de prothèse qui réalise les tâches de CAO, de FAO et d’usinage de la prothèse. Deux rendez-vous sont nécessaires dans ce cas, un pour l ‘empreinte optique et un pour l’assemblage de la prothèse.

Des variantes à ces deux chaînes de production peuvent être rencontrées. La sous-traitance de certaines tâches de CFAO à un laboratoire est rendue possible. Dans certaines situations cliniques, le praticien qui est équipé pour faire de la CFAO directe peut être amené à faire sous-traiter certaines tâches non-réalisables avec les maillons de sa chaîne de CFAO ou à faire sous-traiter certaines tâches réalisables mais pour une raison particulière préférable à faire sous-traiter (cas des piliers Bellatek). Le praticien va faire alors de la CFAO directe et de la CFAO semi-directe dans le cadre de la réalisation d’un traitement prothétique.

A travers un cas clinique, nous allons détailler l’ensemble des étapes permettant d’obtenir la réalisation d’une restauration prothétique implantaire grâce à l’utilisation de la CFAO directe et de la CFAO semi-directe. La technologie Bellatek Encode utilisée pour ce traitement est couplée au système Sirona Connect.

Il s’agit une patiente âgée de 45 ans en bonne santé générale nécessitant une réhabilitation prothétique du secteur postérieur gauche au niveau maxillaire.
Le plan de traitement est le suivant :

  1. Réhabilitation du sinus maxillaire gauche.
  2. Mise en place de trois implants.
  3. Réalisation d’un bridge sur implants scellé sur 3 piliers implantaires (par CFAO directe et semi-directe).

Dans un premier temps une élévation du plancher sinusien gauche est réalisée à l’aide d’une allogreffe sous forme de chips osseux (laboratoire Biobank) (figures 1 à 6).

Six mois après la greffe du sinus, 3 implants Biomet-3I sont mis en place en un temps chirurgical avec 3 piliers de cicatrisation spécifiques : les vis de cicatrisation Bellatek Encode (Vis BE) (figure 7). La caractéristique de cette vis BE est que la face occlusale est codée (figures 8 et 9) et va permettre de ne pas utiliser de transfert d’empreinte lors de l’empreinte implantaire. En mettant en place cette vis lors de la chirurgie implantaire à la place d’un pilier de cicatrisation classique, le patient a l’équivalent d’un transfert d’empreinte en bouche. Le nombre de dévissage/vissage du pilier de cicatrisation est réduit à un seul cycle sur l’ensemble du traitement. Celui-ci interviendra lors de la séance de pose du bridge.

Trois mois après la pose des implants et validation de l’ostéointégration par le chirurgien, le prosthodontiste réalise la phase prothétique du traitement en deux séances :

  • Fig.10 : Unité Cerec Omnicam (ordinateur et caméra)
    Fig.10 : Unité Cerec Omnicam (ordinateur et caméra)
    la première séance (CFAO semi-directe) consiste en la prise d’une empreinte optique de la dentition du patient avec les vis BE en place après ouverture du logiciel CEREC (Unité Cerec Omnicam, ordinateur et caméra (figure 10)) en vue de la réalisation des piliers implantaires sur mesure par CFAO (piliers Bellatek). Il est impératif de respecter le protocole en vigueur comme pour une prise d’empreinte avec des matériaux d’empreintes classiques (vis BE parfaitement nettoyées, radio de contrôle de l’adaptation des piliers, etc.). Cependant, une manipulation supplémentaire est nécessaire dû à la surface métallique très lisse des vis BE très difficile à enregistrer sans produit de contraste: c’est le poudrage des vis BE. Une fois la numérisation terminée, le prosthodontiste se connecte pour créer un bon de commande Bellatek Encode (phase « Connect »). Les données du patient sont automatiquement téléchargées et envoyées au laboratoire « Biomet 3I PSP ». Une confirmation de commande par courrier électronique de la part de Biomet-3I est envoyée sous 24 heures au prosthodontiste. Puis, 48 heures après réception de la confirmation de commande, une proposition de design est envoyée de la part de Biomet-3I par courrier électronique au prosthodontiste qu’il doit valider. Une fois le design validé, Biomet 3I fabrique et expédie les piliers sur mesure au prosthodontiste.
  • la deuxième séance (CFAO directe) consiste en la mise en place et vissage des piliers Bellatek, puis à la prise d’une empreinte optique par Omnicam. Le poudrage n’est plus nécessaire du fait du sablage ou autre traitement préalable des piliers. Un maitre modèle virtuel est obtenu. La CAO de la prothèse peut démarrer : le design permet de réaliser une prothèse réellement sur mesure (points de contact, occlusion, embrasures). Puis, la prothèse est préfigurée dans un bloc (IPS Emax B32 de chez IVOCLAR VIVADENT (figure 11)). Une fois ces étapes validées, l’usinage démarre (usineuse Cerec MCXL premium de chez SIRONA (figure 12)). Une fois l’usinage terminé (entre 30 et 45 minutes), la prothèse est essayée et corrigée en bouche. Puis la prothèse est maquillée et mise au four (Programat CS 2 de chez IVOCLAR VIVADENT (figure 13)) pour cristallisation/glaçage pendant 25 minutes à 840-850 degrés (dans le cas de l’E.MAX). La prothèse est sortie du four, puis préparée pour être mise en place en bouche.

Lors des trois prochains posts, il sera détaillé et iconographié toutes les étapes pour la réalisation du bridge scellé sur trois piliers implantaires par CFAO semi-directe et CFAO directe.

Les chirurgies (greffe de sinus et pose d’implants) ont été réalisées par Charles-Henry Sénéchaut
La prothèse a été réalisée par Steve DOHAN

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