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Le binôme praticien-prothésiste. Un couple fragile ? #4

Enquête auprès d’un panel de prothésistes

Répartition de certaines tâches

Question n°12 : Où sont réalisées les étapes suivantes ?

  • Coulée des empreintes
  • Mise en articulateur
  • Tracé du châssis métallique
  • Marquage du joint palatin postérieur-Choix des dents (forme) en prothèse complète
  • Désinfection des empreintes

Coulée des empreintes (Fig. 9a)

fig. 9a : Coulée des empreintes.
fig. 9a : Coulée des empreintes.
Malgré les progrès effectués quant à la stabilité dimensionnelle des matériaux destinés aux empreintes, les délais de traitement de ces dernières restent incompatibles avec ceux imposés par les transporteurs, en particulier pour les hydrocolloïdes irréversibles. Pour les praticiens travaillant avec un prothésiste éloigné, la coulée de l’empreinte devrait s’imposer. Seul un laboratoire nous confie que les empreintes des travaux qui lui sont confiés sont coulées au cabinet.

fig. 9b : La mise en articulateur.
fig. 9b : La mise en articulateur.

Mise en articulateur (Fig. 9b)

Cette étape est pratiquement toujours dévolue au laboratoire. Seul le laboratoire ne réalisant pas la coulée des empreintes est dispensé de cette tâche.

 
 

Tracé du châssis métallique (Fig. 9c)

Fig. 9c : Le tracé du châssis métallique.
Fig. 9c : Le tracé du châssis métallique.
Bien que le chirurgien-dentiste soit défini comme le concepteur de la prothèse partielle amovible métallique (comme de toute prothèse dentaire), il délègue intégralement cette tâche essentielle dans quasiment 80 % des cas au prothésiste !
Seuls 7 % des praticiens assument pleinement cette responsabilité, et dans 14 % des cas le tracé est défini idéalement en collaboration avec le prothésiste dentaire.
 

Marquage du joint palatin postérieur (fig. 9d)

Fig. 9d : Le marquage du joint palatin postérieur.
Fig. 9d : Le marquage du joint palatin postérieur.
Seul l’examen clinique permet de placer précisément le joint palatin postérieur en prothèse amovible complète. La palpation au brunissoir, faire vibrer le voile du palais en faisant prononcer un A grave au patient, le faire s’abaisser en lui demandant de souffler par le nez narines pincées sont du seul ressort du praticien. Le tracé en bouche à l’aide d’un crayon à l’aniline qui se reportera sur l’empreinte est la seule méthode fiable pour situer le post dam. Et pourtant 72 % des praticiens ne le font pas, en laissant l’initiative hasardeuse au prothésiste ! Seuls 14 % d’entre eux le font systématiquement.

Choix des dents en prothèse amovible complète (Fig. 9e)

Fig. 9e : Le choix des dents en prothèse amovible complète.
Fig. 9e : Le choix des dents en prothèse amovible complète.
Si le praticien envoie souvent son patient chez son prothésiste pour un relevé de couleur en prothèse fixée, ce n’est quasiment jamais le cas en prothèse amovible. Et pourtant il délègue le choix de la forme des dents au laboratoire dans 86 % des cas ! Et quelquefois sans renseignements concernant la morphologie du patient ou la taille des dents…
Seuls 14 % des chirurgiens-dentistes se chargent systématiquement de ce choix pourtant capital dans l’intégration esthétique et fonctionnelle de la future prothèse alors qu’eux seuls ont accès à des documents pré-extractionnels précieux et sont en relation directe avec le patient.

Désinfection des empreintes (Fig. 9f)

Fig. 9f : La désinfection des empreintes.
Fig. 9f : La désinfection des empreintes.
À une époque où le principe de précaution est omniprésent, il est inquiétant de constater que la répartition de cette tâche pourtant clairement du ressort du praticien reste floue. Le tiers des laboratoires réalise une seconde désinfection des empreintes déjà traitées à cette fin au cabinet dentaire. 40 % ne réalisent pas de désinfection, estimant que celle réalisée en amont est suffisante. Plus inquiétant, 40 % des laboratoires jugent que la désinfection des empreintes leur incombe.

Fig. 9g : Les types d’empreintes en prothèse fixée.
Fig. 9g : Les types d’empreintes en prothèse fixée.

Type d’empreintes réalisées en prothèse fixée (Fig. 9g)

Si les empreintes sectorielles peuvent suffire à des réalisations unitaires postérieures, les empreintes d’arcades complètes sont toujours préférables et utilisées dans 61 % des cas.

Indice de satisfaction

Question n°14 : Notez de 1 à 10 l’indice de satisfaction de vos relations avec vos praticiens.
L’indice moyen de satisfaction s’établit à 8,9/10, à rapprocher des 8,7/10 enregistrés auprès des praticiens. Les valeurs extrêmes sont 8/10 et 10/10. Tout semble donc aller pour le mieux entre les deux partenaires dento-prothétiques. Pourtant, lorsque pour conclure le questionnaire nous avons demandé aux prothésistes quelles étaient leurs suggestions pour améliorer relations et communication avec les chirurgiens-dentistes, des inquiétudes et des tensions plus en adéquation avec la réalité quotidienne nous ont été rapportées.

Conclusion

Loin de vouloir opposer les deux parties, force est de constater que le taux de réponses au questionnaire des chirurgiens-dentistes (48 %) est très supérieur à celui des prothésistes (15,6 %). Faut-il y voir une plus grande volonté de communiquer ? Une plus grande disponibilité ? De moindres réticences et a priori ? Une analyse des spécificités des deux professions s’impose.

Chirurgien-dentiste : une profession médicale spécifique

Un exercice libéral

L’immense majorité des praticiens exerce à titre libéral. L’offre de soin odontologique hospitalière est réduite à la portion congrue : sur plus de 40 000 praticiens, moins d’un millier exerce à l’hôpital, et rarement à temps plein.

La prise en charge par le système de santé publique

Seule une partie du coût des soins dentaires fait l’objet d’une prise en charge publique. D’un point de vue tarifaire les chirurgiens-dentistes sont donc dans la situation de médecins en secteur II (qui ne représentent qu’un quart des médecins libéraux).

Sous le signe de la confraternité

Si la profession est individualiste du fait de l’exercice libéral, elle est cependant au regard de l’Ordre et des syndicats très solidaire : sur plus de 42 000 praticiens exerçant en France, 23 000 sont syndiqués : si on rapporte ce chiffre aux 36000 praticiens libéraux, nous obtenons un taux de syndicalisation de 64 %.

Prothésiste dentaire : une profession en mal de reconnaissance

Une profession jeune

L’histoire de cette profession est jeune puisqu’elle n’est reconnue comme telle que depuis 1974. Un peu plus de quarante ans d’évolutions et de bouleversements technologiques, sans infrastructure forte pour l’accompagner. Une période bien courte pour se structurer par rapport aux chirurgiens-dentistes qui ont obtenu reconnaissance symbolique dès l’édit royal de 1699 et concrétisée en 1880 par l’ouverture de la première école dentaire à Paris !

Une tradition artisanale

La reconnaissance de métier artisanal a conduit à cette tradition de savoir-faire jalousement gardé et parcimonieusement transmis, certes garant de technicité et de compétence pour ceux qui en sont les précieux dépositaires, mais très individualiste. Là où les chirurgiens-dentistes voient un confrère, le prothésiste voit un concurrent. Le contexte économique difficile et la forte chute du nombre de laboratoires à laquelle nous avons assisté ces dernières années entretiennent évidemment cette vision protectionniste et pessimiste.
Le faible taux de syndicalisation (20 %) et plus faible encore d’adhésion aux corporations départementales en sont le reflet.

Une profession à vocation paramédicale ?

Pour mériter cette appellation, le prothésiste dentaire devrait être en relation directe avec le patient. Sans ouvrir le débat de la denturologie, force est de constater que le prothésiste dentaire a déjà sa place aux côtés du praticien dans l’enregistrement de couleur, dans l’établissement conjoint d’un plan de traitement complexe, même si le chirurgien-dentiste en reste le maître d’œuvre. Par les réhabilitations prothétiques qu’ils conçoivent et réalisent, les prothésistes dentaires méritent le titre d’auxiliaires de santé car ils sont bien plus que de simples exécutants. Ce titre et cette faculté de recevoir les patients en toute légalité et sans ambiguïté quant à leurs prérogatives permettrait de mettre hors-jeu la concurrence étrangère déloyale.

Vers un avenir meilleur

Trop d’articles, reportages et autres publications polémiques entretiennent des dissensions entre ces deux merveilleuses professions pourtant indissociables. Si l’histoire a vu sortir les prothésistes des cabinets dentaires, l’avenir reste très encourageant pour une collabo- ration sans faille entre les deux protagonistes que seule une proximité géographique compatible avec de fréquentes rencontres permet.
Les prothésistes ne sont plus inféodés aux chirurgiens-dentistes et doivent s’affranchir de cette subordination historique. Transmettant un savoir-faire artisanal avec passion, devant sans cesse acquérir de nouvelles compétences dans un domaine en pleine mutation technologique, le prothésiste doit être un acteur d’un avenir qu’il ne doit pas redouter mais contribuer à construire. Ses connaissances étendues de l’anatomie bucco-dentaire, de la physiologie, de la biomécanique viennent compléter un bagage technologique de plus en plus vaste et devraient conduire à la reconnaissance d’une profession qui va bien au- delà de l’artisanat conventionnel.
L’Institut Supérieur National de l’Artisanat a formé 640 prothésistes dentaires dont un tiers est aujourd’hui chef d’entreprise. L’ISNA, ayant bénéficié d’une reconnaissance nationale dès 1979, fut un précurseur du partenariat entre l’école de prothèse dentaire et la faculté de chirurgie dentaire de Nancy sous l’impulsion du professeur Jean-Paul Louis. Aujourd’hui encore les étudiants en troisième année ISNA travaillent en collaboration avec des étudiants en sixième année de chirurgie dentaire des facultés de Nancy et Strasbourg. Ces travaux de réhabilitation prothétique menés de pair initient une relation forte entre les deux partenaires et nous avons vu de belles amitiés en naître. Les praticiens ainsi formés ne se tourneront jamais vers un centre de production exotique et lointain et assureront de façon pérenne l’avenir de la prothèse dentaire en France, avec l’appui des pouvoirs publics et une véritable reconnaissance de notre passionnante profession.

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