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Tourisme occlusal

Monsieur P. Jacques, 72 ans, retraité, consulte de la part de sa chirurgien dentiste en septembre 2013. Le courrier de la consoeur est explicite: « Monsieur P. se plaint de douleurs de l’ATM gauche depuis de nombreuses années.Il lui a été posé 2 implants et deux couronnes céramo-métalliques sur 36 et 37 au Maroc et depuis les douleurs ont augmenté. Les implants à droite sont mobiles et le patient présente une béance telle que l’occlusion ne se fait que sur les dents cuspidées à gauches. Je lui ai conseillé de te voir pour rétablir un équilibre en attendant de revoir son dentiste cet hiver au Maroc. »

Effectivement ce Monsieur qui pense le plus grand mal des dentistes français (« des voleurs »), profite du fait qu’il passe 6 mois de l’année au Maroc pour se faire « soigner » les dents. Bien que souffrant et conscient que les soins dont il a bénéficié ne soient peut être pas idéaux, il ne saurait envisager de se faire soigner en France. Mais là il souffre trop.
Ce patient est bruxomane et ne présente  des contacts dento-dentaires que sur les groupes incisivo-canins et un contact 44-14. Du coté droit il a un petit bridge implantaire mobile en sous occlusion, et du coté gauche deux couronnes jumelées sur 2 implants en place de 34 et 35. Les deux couronnes jumelées sur 34 et 35 ne sont plus scellées et le patients les maintient en place tant bien que mal. Dans ces conditions notre objectif se réduit à soulager le patient. Ce qui nous conduit à réaliser une orthèse lisse, incluant les prothèses implantaires. Le patient est effectivement soulagé et attend donc l’hiver pour revoir son dentiste marocain.

Le patient revient nous voir mi-avril 2014. Son dentiste marocain (toujours aussi agréable quand on le compare aux dentistes français!) lui a refait ses prothèses implantaires. Mais il ne comprend pas car ses douleurs sont revenues et son orthèse n’étant plus adaptée il aimerait qu’une nouvelle soit faite. La première l’avait l’avait bien soulagée.
A l’examen on observe immédiatement que les prothèses ont effectivement été refaites: mais en augmentant la DVO d’au moins 2 ou 3 mm!


– Faut-il refaire une nouvelle orthèse de décontraction et sera-t-elle efficace à une telle DVO?
– Que peut-on proposer à ce patient?

Comments

poulain

A titre personnel , je ne refait pas de nouvelle orthèse à un patient qui ne nous fait visiblement pas confiance.
Je lui propose d’aller revoir son dentiste marocain si gentil et si compétent pour lui régler ses problèmes.

yevninemichel

j’explique au patient que dans notre profession c’est comme partout ailleurs…il y a des bons et des moins bons… qu’en général ce qui ne coute rien ne vaut rien, et qu’il a le choix, il est libre, soit il se fait traiter par son dentiste marocain soit par son dentiste français, mais qu’il est compliqué d’avoir deux praticiens qui n’ont pas forcément les mêmes options thérapeutiques…. un jugement à la pâris… j’en profite aussi pour lui faire signer un consentement éclairé bien tourné si il me choisit

pat33

Je pose un plan de morsure.
Je règle la DVO avec, en comblant les secteurs latéraux avec résine auto.
Patient soulagé. Je lui conseille vivement d’attendre qlqs mois pour stabiliser les ATM.
Puis réhabilitation occlusale ..S’il veut le faire au Maroc je le préviens que je ne soulagerai plus.

bermant

Je ne répondrai qu’à la seconde question de François (que proposer au patient), ma réponse est ferme et définitive : la porte.
C’est le prototype parfait du « sac à merde » qui ne mérite pas la moindre attention.
Lui-même n’en accorde pas à sa denture (les photos le prouvent), pourquoi le ferait-on, et de surcroît quasiment contre son gré.
Il faudrait être maso.
BM.

François UNGER

Merci de vos commentaires qui vont dans le même sens: pourquoi prêter notre attention à ce monsieur qui se définit comme consommateur plus que comme un patient. Je souscris à ce point de vue bien entendu.
Il reste que ce cas me semble illustratif d’une situation qui doit nous interroger, comme n’importe quel prestataire de services des pays développés quand il est confronté à une concurrence mondialisée soutenue par l’internet (regardez le nombre de publicités pour les cabinets dentaires que vous trouvez sur google par exemple).
Notre exigence professionnelle nous honore mais elle a un prix. Il existe toute une partie de concitoyens qui ne veulent voir que l’aspect tarifaire des soins sans envisager l’enjeu sanitaire global. Si les organismes sociaux (et complémentaires) français ne solvabilisaient plus les demandes du plus grand nombre, il y a fort à parier que de très nombreux « patients » tomberaient du coté de ce client de dentistes exotique (en France ou au Maroc).
Savez vous chiffrer la part de votre clientèle qui vous consulte pour de réels soucis de santé et celle qui vous consulte dans une logique consumériste?
Etes vous certains de pouvoirs vous adapter à une mondialisation consumériste de la santé qui m’apparait inéluctable?

Pour ma part je n’ai donné aucune suite à la nouvelle demande de ce patient: qu’il se fasse « soigner » au Maroc

Guillaume GARDON-MOLLARD

Le dernier numéro de la Lettre de l’Ordre des Chirurgiens-Dentistes montrent que ces patients sont loin de constituer une majorité : http://www.ordre-chirurgiens-dentistes.fr/uploads/media/LA_LETTRE_130.pdf
Mais on peut toujours s’interroger sur les raisons qui ont conduit ce patient à « raisonner » de la sorte. Je pense que ces patients nous mettent en concurrence et comparent nos honoraires comme les prix de vulgaires biens de consommation pour une raison très simple : il ne perçoivent pas la valeur médicale ajoutée. Cette valeur médicale ajoutée comprend une multitude de bienfaits associés à l’acte thérapeutique : accueil bienveillant, examen clinique exhaustif, diagnostic global, explications claires et compréhensibles, accompagnement de l’équipe soignante, suivi thérapeutique, gestion des complications si elles surviennent…
Est-ce uniquement de la faute du patient ou bien aussi de celle des praticiens qu’il a consulté en France auparavant et qui n’ont pas su proposer ou mettre en évidence cette valeur médicale ajoutée?
Nous devons nous adapter la consumérisation de la médecine car nous pouvons la contrer intelligemment (http://www.thedentalist.fr/la-consumerisation-de-la-medecine/) mais en gardant aussi à l’esprit que certains individus indécrottables peuvent nous donner plus de fil à retordre (http://www.thedentalist.fr/pouvez-vous-virer-un-patient/).

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