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Savoir détendre une mandibule crispée

Dans notre enquête « Difficultés de manipulation mandibulaire : résultats du sondage », il apparaît que 40% des répondants recherchent des moyens d’améliorer leurs pratiques. L’objet de ce post s’inscrit comme une réponse à cette demande. Je vous donne les idées clefs et nous pourrons en discuter dans les commentaires.

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  1. Il faut que le praticien soit absolument certain que l’identification de la position mandibulaire détendue (ORC) est indispensable à la prise en charge du patient ou pour la suite de son traitement
  2. Le cadre clinique doit être calme : éviter les bruits, les circulations intempestives, les écarts de toute sorte
  3. Le patient doit être dans une position détendue, quasiment orthostatique, les épaules tombantes, la tête bien soutenue et appuyée.
  4. Il doit y avoir eu un échange oral préalable entre le patient et le praticien, non pas pour expliquer quoi que ce soit, mais pour établir une relation interhumaine paisible
  5. Le patient doit être visiblement détendu, autant que possible, et cela soit perceptible par le praticien
  6. Le praticien doit être visiblement détendu, autant que possible, et cela soit perceptible par le patient. Cela veut dire que le praticien doit organiser et percevoir sa propre détente intérieure : les épaules souples, le visage détendu et souriant, les contraintes intellectuelles, émotives et professionnelles repoussées en arrière plan, disjointes de l’acte de perception et de manipulation de la mandibule du patient.
  7. Le praticien doit toucher son patient (mouvement automatique sur l’épaule, le bras…) avant de toucher sa mandibule. Le patient doit percevoir physiquement, avant que la mandibule soit touchée, que le praticien est détendu, disponible pour une prise en charge globale.
  8. La parole du praticien doit être à la fois normée et adaptée au patient s’il est particulièrement tendu. On utilise des phrases simples pour l’inciter à se laisser manipuler, après avoir dit que cela ne provoquera aucune douleur (encore faut il ne pas lui avoir menti lors de séances de soins préalables), et au besoin marquer notre compréhension de la situation si des difficultés apparaissent. Ne jamais faire porter sur le patient la responsabilité des crispations. Les mots visent à apaiser, détendre et surtout pas signaler une ou des difficultés. Parler à voix basse.
  9. Lors du premier contact sur la mandibule la main doit montrer sa propre détente ; ce qui exclut tout contact brutal, toute force, toute tentative de direction. J’ai déjà décrit la façon dont la première main travaille et peut faire appel à la seconde en cas de besoin.
  10. Si le praticien perçoit une résistance c’est la marque qu’il exerce lui même trop de force sur la mandibule. A toute opposition, il faut opposer un relâchement ; et cet effort du praticien sur lui même s’apprend en manipulant. Tous les jours. Tous les patients.

Voilà quelques idées qui me semblent très utiles pour savoir manipuler une mandibule crispée. Ou aider quelqu’un dans la difficulté.

Commentaires

simon

Merci pour ces très bons conseils et rappels. Il y manque peut être quelques petits trucs et astuces bien pratiques, comme l’interposition d’un gigg ou d’un simple coton salivaire pendant quelques minutes, les moyens de fatiguer les muscles antagonistes,…. Sans doute d’autres choses encore, les yeux fermés du patient….

Comme mdom je pense, c’est aussi ces petites astuces supplémentaires que nous sommes avides de connaître pour tenter de faciliter la manipulation de mandibules particulièrement tendues.
Merci encore pour tous ces posts.

François UNGER

oui tout à fait d’accord. Il est important de demander au patient de fermer les yeux.
Pour ce qui est du rôle d’une butée antérieure, on est déjà un cran plus loin: c’est un moyen extérieur pour faciliter la manipulation, en plus de ce qui figure dans ce post de premier contact.

phil64

Bonjour François, comme je pense que c’est une erreur de manipuler une mandibule, je n’ai pas vraiment d’avis sur la meilleure façon de le faire! Mais nous avons déjà échangé sur ce sujet.
Au mieux le résultat est extrêmement opérateur dépendant et donc strictement non reproductible et non enseignable.
On se retrouve avec des mandibules qui partent en arrière sous l’effet de la manipulation et donc des aggravations de la pathologie articulaire par accentuation de la compression avec recul et/ou remontée des condyles.
Mon commentaire est un peu provocateur certes mais je ne vois pas quoi dire d’autre, ceci dit je ferais peut être mieux de me taire !?
Une question sur laquelle il serait à mon avis bon de débattre et qui est surement la 1ère à aborder c’est: à partir de quand peut on dire qu’il y a une pathologie des ATM ?
J’ai l’impression qu’en tant que spécialistes vous traitez surtout des pathologies aiguës avec spasmes musculaires, ce que l’on appelait SADAM
Au plaisir de vous lire tous.

Amicalement

Philippe Poudensan

François UNGER

Bonjour Philippe et merci de ce commentaire qui invite à la discussion plutôt qu’à se taire.
Première observation, si tu constates que les mandibules manipulées aboutissent à des positions trop postérieures peut-être peut on voir là une incitation à savoir les manipuler. Non? En tout cas, je pense qu’une mandibule conduite par le praticien vers la compression articulaire c’est le contraire de ce qu’on peut obtenir avec une mandibule détendue.
Second point très important: à partir de quand peut on parler d’une pathologie de l’ATM? Pour moi, je l’ai écrit 10 fois c’est le patient qui est en mesure de le dire. Pas le praticien à partir d’un examen. Ce que dit le patient? J’ai mal dans tel mouvement, en mangeant, ou en chantant…Ou bien je ne peux plus faire ceci ou cela avec ma mâchoire et je suis pénalisé(e)…Ou bien j’ai des bruits bizarres dans les articulations…Bref on part toujours de la demande du patient et non d’une découverte lors d’un examen de dépistage.
Questions sous jacentes je pense: à partir de quand faut-il intervenir? A partir de quand faut-il adresser à un spécialiste? A partir de quand mettre en oeuvre une analyse occlusale de prévention avant plan de traitement global?
Et bien je te pose ces questions car tu as surement des réponses en rapport avec ta pratique.
Amitiés

jbol

Bonjour,
Contrairement à Phil64, je ne pense pas qu’une manipulation douce, entraine un recul mandibulaire dépassant les limites physiologiques.
Concernant le point 8, je n’aborde jamais la douleur sauf si c’est le patient qui le fait. Un patient stressé est un peu comme un enfant, il n’entend pas toujours la négation dans la phrase et doute sur tout.

François UNGER

jbol a raison, il ne faut pas évoquer la douleur chez un patient qui ne se plaint pas. C’est uniquement ce patient qu’on peut rassurer de ce point de vue. Merci de la remarque.

phil64

Bonjour à tous, je lis vos messages ce matin et je pense effectivement comme le dit François qu’il est capital de se redemander à partir de quand on peut considérer qu’il y a une pathologie des ATM.
Si l’on veut en débattre ne vaut il pas mieux créer un nouveau « fil » de discussion pour que les choses soient plus claires plutôt que la discussion soit « perdue » dans un autre sujet comme la manipulation de la mandibule ?

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