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Quel matériau pour une orthèse orale ?

Le rôle d’une orthèse, telle qu’on l’utilise en bouche, est « d’assister les structures articulaires ou musculaires, et/ou de stabiliser la mandibule pendant une phase de réadaptation ou de repos ».
Autant dire qu’une certaine rigidité est attendue d’une orthèse orale ; et à ce titre le matériau utilisé joue un rôle.
On a proposé des matériaux plus ou moins souples (silicones, plastiques déformables, feuille de polycarbonate à thermoformer) auxquels certains auteurs attribuent des vertus de l’ordre du placebo. Il faut dire que les matériaux souples ne sont pas réglables, ou très marginalement, et ne peuvent prétendre à rétablir centrage, calage et guidages mandibulaires de façon très précise.
Plus généralement on fait appel à des résines de type acrylique, dures, soit utilisées en masse, soit en adjonction sur une base souple thermoformée.
La première technique (toute l’orthèse en acrylique chémo-polymérisable) semble donner une plus grande rigidité. Elle produit une orthèse quasiment indéformable sous les forces occlusales pour peu que sa forme permette une rétention vraie (y compris dans le cadre de bruxisme).

  • Utilisez-vous des gouttières thermoformées complétées par de la résine acrylique ?
  • Considérez-vous que ces gouttières sont aussi stables et rigides que celles en résine acrylique chémo-polymérisables ?

Comments

bermant

Réponse à la première question : oui, mais…

La base thermoformée de doit pas être souple comme tu le suggères, ni trop fine (0,7 mm) comme le proposait JFC dans un post récent.

Quelque soit la destination de l’orthèse orale (reconditionnement neuro-musculaire, SAOS, etc), la base de choix est (à mon humble avis) une plaque de 2 mm transparente (type ERKODUR par exemple), sur laquelle on ajoutera la résine acrylique autopolymérisante pour obtenir les contacts avec l’arcade antagoniste et les guidages nécessaires, ou relier les gouttières maxilaire et mandibulaire dans le cas d’une orthèse type SAOS.

Je peux affirmer (en accord avec un spécialiste de la question comme Michel Amoric), que l’on obtient sans problème une stabilité, une rétention, une rigidité, bref toutes les qualités indispensables à une orthèse de qualité (c’est la réponse à la seconde question).

Je préciserai que la résine acrylique autopolymérisante ajoutée, gagnera à subir un traitement spécial de polymérisation dans une enceinte dédiée (une cocotte minute type SEB sensor peut faire l’affaire), en respectant les consignes du fabriquant à savoir une quinzaine de minutes, dans une eau à 60° et sous une pression de deux bars.

En respectant scrupuleusement les techniques de thermoformage de la base rigide, et les modalités de polymérisation de la résine auto, on obtient rapidement et aisément un produit fini qui n’a rien à envier aux autres méthodes.

Par expérience, je peux aussi affirmer que le veillissement des orthèses ainsi conçues est plutôt bluffant ; j’ai des orthèses pour SAOS qui sont portées chaque nuit depuis 7 ou 8 ans sans autre problème qu’une petite activation des embrasures au chalumeau à air chaud pour redonner au dispositif, si besoin est, une excellente rétention.

Cette possibilité d’activation des embrasures est aussi est énorme avantage des plaques thermoformées, c’est bien plus rapide, plus simple et plus propre qu’un rebasage de gouttière « classique ».

C’est vous qui voyez, mais comme disait l’autre , pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? ;O)))

Jean-François CARLIER

Une petite précision qui me parait indispensable ,
j’utilise exactement les mêmes plaques que Bermant et mes amis marseillais , que je me procure chez BISICO. Cependant j’ai pris la peine de mesurer l’épaisseur de la plaque lorsqu’elle a été étirée sur le modèle, en particulier au niveau des extensions linguales _ qui était le sujet du post précédent _ ce qui m’autorise a dire que mes gouttières sont moins invasives lingualement qu’une gouttière acrylique réalisée par la technique de mise en mouffle ( 2 mm en moyenne si on ne vaut pas la réparer tous les mois)).
J’ai remarqué qu’au niveau des faces occlusales, l’épaisseur après estampage n’était guère plus importante ,c’est pourquoi j’applique de la résine au pinceau (technique poudre + liquide chère aux prothésistes) pour combler la table occlusale et obtenir la rigidité requise . Cette technique du pinceau m’assure de la parfaite liaison chimique de la résine avec le polychlorure de vinyle de la base thermoformée, grâce au monomère libre de la goutte de résine ainsi formée. .
Depuis plus de 20 ans , je n’ai aucun problème de stabilité des gouttières, qui clippent parfaitement , une très grande compliance des patients à ce type d’orthèse , (faible invasivité) et une parfaite tenue de la gouttière durant le temps du traitement qui excède rarement 3 mois.

Jean-François CARLIER

Un détail pour nos lecteurs, j’utilise la résine photopolymerisable GC UNIFAST LC transparente, qui me permet de faire les prolongements nécessaires et suffisants lorsque le guidage doit être renforcé.

holli

Depuis quelque temps j’utilise, dans la plupart des cas, des plaques transparentes ERKODUR de 4mm. Le réglage en occlusion est fait par soustraction. Voyez vous un inconvénient?

eric

Je fais depuis toujours la gouttière en résine polymérisable mais je suis tenté par la méthode utilisant une plaque thermoformée comme base. Petite question à bermant: quelle marque de résine utilisez vous sur la plaque Erkodur ? Celle que j’utilise ( et que je passe dans une enceinte sous pression ) ne me satisfait pas totalement.

bermant

Le thermoformage de plaques (type ERKODUR ou autres, comme celle de Bisico), d’une épaisseur supérieure à 2 mm ne permet pas selon mon expérience perso d’obtenir un ajustage suffisament précis de la plaque du moins avec les thermoformeurs les plus simples (ceux constitué d’une résistance et d’un moteur d’aspiration).

Les appareils de thermoformage à billes (type ERKOFORM), eux, le permettent, mais là, le mieux est l’ennemi du bien car la trop grande précision nuit à la facilité d’insertion du dispositif sur l’arcade dentaire.

La plaque base de 2 mm me paraît constituer le meilleur compromis possible, suffisament rigide mais pas trop, et facile à activer au niveau des embrasures pour retrouver une rétention devenue insuffisante au fil du temps.

Quant au réglage d’occlusion par soustraction, je veux bien pour obtenir les contacts simultanés avec l’ensemble des dents de l’arcade antagoniste, mais je doute que l’on puisse établir correctement les guidages (canins) en diduction et en propulsion que doit comporter une gouttière de reconditionnement neuro-musculaire digne de ce nom.
Je demande à voir.

J’utilise ce qui me tombe sous la main (dentsply, bisico, etc) ; toutes les résines acryliques se marient parfaitement avec les plaques thermoformées, et semblent se valoir.
Ce qui compte le plus, c’est la méthode de mise en oeuvre, toujours à mon humble avis.
Le système des deux godets (l’un de poudre, l’autre de liquide), et du pinceau (du numéro 2 au numéro 6 selon la quantité de l’apport souhaité), a ma préférence, mais ça fait sourire nos collègues prothésistes.

Une astuce pour conserver vos pinceaux en parfait état : faire tremper les pinceaux dans un flacon contenant du trichloréthylène et de l’eau par dessus ; les deux liquides ne sont pas miscibles et l’eau empêche l’évaporation du précieux trichlo).

holli

Merci Bernard pour ton commentaire. Mon prothésiste utilise effectivement une machine à billes. Je n’ai pas trop de soucis par rapport à la rétention. En ce qui concerne le guidage, il est vrai que ma pente canine est assez plate, mais ce que François nous a dit dans un autre article me réconforte. Il parlait même de la possibilité de réaliser un guidage groupe, semblable au guidage des prothèses complètes (si ma mémoire est bonne). Et de cette façon je n’ai plus le soucis d’adjonction de résine. Bonne soirée, Sorana

jyemmepe

Bonjour,
J’utilise également des plaques de 2 mm thermoformées dans une machine à résistance et aspiration.
Je rajoute quand nécessaire de la résine photopolymérisable que je trouve plus rapide à mettre en oeuvre que la chémo. Par contre je suis aussi adepte pour mes provisoires du système godets avec poudre et liquide. Merci à Bernard pour le tuyau de conservation et entretien des pinceaux. Je vais l’essayer.

François UNGER

Merci à bermant pour ces conseils marqués de sa pratique qu’on sait exigeante. Merci aussi à ceux qui posent des questions car c’est ainsi qu’on avance le mieux. Pour ma part, si je pose ces questions c’est parce que je n’ai pas eu l’occasion de travailler avec des gouttières thermoformées présentant les qualités que vous obtenez. Sans doute ai je été négligent. Et c’est pour cela que j’ai toujours utilisé des gouttières en résine acrylique chémopolymérisables. D’abord réalisés au laboratoire, et avec des volets linguaux, puis au cabinet, ce qui est le plus simple.
Et puis, il y a quelques années j’ai trouvée sur un stand du congrès de l’ADF une résine acrylique photopolymérisable et j’y ai trouvé de grands avantages: facile à mettre en oeuvre au cabinet, sans avoir besoin de matériel onéreux, bon marché elle même, et très bien adaptée pour recevoir des compléments de résine sur les surfaces occlusales, donc facile à régler. Elle a bien sûr quelques inconvénients aussi (mineurs). Et je suis surpris que personne ne semble l’utiliser, la mode étant au thermoformable, ce que je peux comprendre. Voila pourquoi je suis à nouveau curieux sur cette technique.

mdom

Bonjour François UNGER,
Merci pour cette question et les commentaires pratiques qu’elle suscite.
Quelle est la marque de la résine acrylique photopolymérisable que vous utilisez pour faire vos gouttières ?
J’aimerais faire mon choix de la technique après avoir essayé les 2 méthodes décrites : themoformage (plaques de 2 mm) + apport de résine photopolymerisable ou autopolymérisante ou alors gouttière tout en résine acrylique.

bermant

En attendant le post de François sur les résines photo, un vade-mecum intéressant et surtout très complet sur le thermoformage ici :

http://www.erkodent.com/dental/anleit/thermoplastie_FR.pdf

Pour Eric, ma résine préférée (car j’en ai quand même une), est l’Orthorésine de Degudent, qui exige impérativement une enceinte de polymérisation (qui peut être une cocotte minute modifiée).

http://www.degudent.com/Communication_and_Service/Download/Denture_base/Resin/HighEnd_GA_Orthoresin.pdf?Z_highmain=7&Z_highsub=1&Z_highsubsub=0

La GC UNIFAST LC transparente, utilisée lors des TP gouttière organisé avec JP Ré pour l’ADF, ne m’avait pas franchement convaincu. Sa mise en oeuvre est certes particulièrement aisée (d’où ce choix), mais l’aspect (translucidité, poli, etc), m’avait semblé médiocre ; mais comme le dit François, en termes polissés, je suis un peu casse c……s. ;O)))

mdom

Merci beaucoup bermant pour ce vade-mecum très complet sur le thermoformage et pour le mode d’emploi de la résine degudent.

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