Naviguer / Chercher

Que vaut l’OIM? #2

Dans notre post précédent nous nous sommes interrogés sur le rôle de l’OIM dans les douleurs décrites.
Notre diagnostic était celui d’un myospasme des muscles élévateurs du coté gauche, en particulier des masséters. La prise en charge de la douleur est directement liée au diagnostic. Nous pensons que la situation occlusale aberrante n’est pas étrangère à ces douleurs. Notre prise en charge consiste donc à mettre en place une orthèse de stabilisation en ORC approchée, en port nocturne. Si notre diagnostic est le bon (et si notre manipulation vers l’ORC est correcte) l’orthèse devrait produire un soulagement rapide.
La patiente revue après 8 jours d’orthèse nous dit d’emblée: « j’ai failli vous téléphoner dès le lendemain pour vous remercier car je n’ai plus aucune douleur ». Le contrôle de la position mandibulaire montre que l’orthèse a produit un recul supplémentaire et qu’il existe désormais un surplomb antérieur complet. Les seuls contacts occlusaux restant s’établissent entre des prémolaires à droite.

– Peut-on considérer que le diagnostic est validé et que la situation, orthèse nocturne en place, se maintiendra sans douleur?
– Faut-il dès maintenant proposer une restauration prothétique complète à la patiente?
– Sur quelles bases cliniques se ferait l’enregistrement des rapports intermaxillaires pour la nouvelle prothèse pour conserver le confort retrouvé?

Commentaires

eric

Je pense le diagnostic semble être le bon. Peut être vaudrait-il mieux laisser un peu de temps au temps mais à priori cela semble être bon. Compte tenu de l’important décalage entre les deux positions, on peut douter de la pérennité du résultat en gardant l’orthèse en l’état. Peut être, et là encore je m’aventure,qu’en rajoutant de la résine du côté gauche pour maintenir cette position, on pourrait tester sur du plus long terme. Je suis toujours sceptique quant à l’alternance jour-nuit de la position mandibulaire. N’est ce pas un peu traumatogène de faire faire cycliquement le grand écart à la musculature périphérique ?
Concernant la proposition ou non de plan de traitement prothétique; je suppose qu’il faudra y venir un jour ou l’autre mais l’orientation des couronnes dans le secteur 2 me fait supposer à un fort décalage des bases osseuses et je me demande si un traitement , uniquement prothétique, peut permettre de corriger les axes. ???

François UNGER

Pour votre information, la patiente après plusieurs mois ne souffre plus du tout. Elle porte sa gouttière toutes les nuits, et n’a pas de demande de restauration globale.
Pour ce qui est de l’alternance jour-nuit comme vous dites, il faut savoir qu’il n’y a que rarement symétrie des situations. Le plus souvent, dans ces cas, en particulier en période de stress, les patients dorment dents serrées. Dans la journée, la musculature mandibulaire est rarement soumise aux mêmes contraintes: il faut parler, parler, manger…les situations verrouillées durant plusieurs heures sont rares. La gouttière joue donc son rôle surtout la nuit. Je ne crois pas qu’on fasse faire le grand écart à la musculature. D’ailleurs ça se palpe, si par hasard le patient ne sait pas le dire: des muscles détendus cela se voit très bien.
Pour ce qui est du traitement prothétique, comme vous dites il faudra y venir un jour ou l’autre. On arrive là dans toutes les démarches prothétiques habituelles qui ont très bien été décrites dans les deux ouvrages récents de Jean Daniel Orthlieb: Gnathologie fonctionnelle, volume 1 et 2 aux editions cdp.
Pour ma part, si le praticien qui fera ce travail respecte les règles et ne cherche pas à placer la mandibule dans une position forcée, je ne vois pas de difficulté particulière. Mais peut être suis je optimiste.

eric

Merci pour ces explications mais alors justement , à propos du dernier point, comment faites vous pour reproduire cette position ? Comment faites vous pour ne pas « placer la mandibule dans une position forcée » ? Quand la solution prothétique doit être envisagée, comment procède -t-on pour transférer sur articulateur cette position ?
Dernière question. La patiente n’est pas demandeuse d’une solution prothétique. On la comprend …. Gros chantier, gros investissement. Néanmoins , y a t-il un risque ( d’aggravation de la situation, j’entends) à rester tel quel c’est à dire en se contentant de porter sa gouttière la nuit ? Peut on attendre plusieurs années ?

François UNGER

Oui je connais des patients qui sont restés pendant des années avec une gouttière qui permettait de rétablir centrage, calage et guidage. La restauration prothétique peut attendre si la patiente n’en a pas la demande.
pour l’enregistrement des RIM il faut faire des enregistrements en manipulant la mandibule de la patiente, sans perforer les matériaux d’enregistrement interposés, en respectant la DVO et les plans d’occlusion. La prothèse transitoire confirmera la confort retrouvé. Voyez les ouvrages signalés dans ma réponse précédente: tout est expliqué pas à pas.

eric

Merci pour la réponse. Je possède ces livres et c’est d’ors et déjà comme cela que je procède. Je voulais être certain que je comprenais bien. C’est la notion de position FORCéE de la mandibule qui me gênait. Guider la mandibule ou forcer la mandibule sont des subtilités de langage et je voulais m’assurer qu’elles étaient volontaires. Merci.
Existe-t-il un moyen simple et efficace d’enregistrer cette position trouvée par l’orthèse ? Je veux dire, EXACTEMENT, cette position. Si je pose cette question; c’est que je me doute de la réponse. Non ; car il faut interposer un matériau non perforé entre les arcades.

François UNGER

Exactement. D’autre part les prothèse transitoires permettent de parfaire la rélation intermaxillaire et d’attendre pour vérifier que la pathologie a bien disparu.

jlmainetti

D’accord ! Et seulement après avoir reconstruit les deux arcades dans ces RIM et qu’aucun symptome ne réapparaisse que, nous aurons fait le diagnostic étiologique mettant en cause les RIM,et éventuellement la morphologie occlusale en adéquation avec le paramètre musculo-articulaire.Quant à savoir « s’il faut » refaire je pense que seule la patiente et le praticien sont juges de l’opportunité de l’acte.François Unger l’a-t-il fait? Il nous distille avec maestria cette histoire digne des films d’Alfred Hitcock!Nous attendons la suite…!

François UNGER

Je reçois des patients adressés pour les DAMs. Je ne réalise pas les plans de traitement que je suis amené à conseiller. En l’occurrence, pour cette patiente, oui tout est à refaire. En entier. C’est ce que j’ai conseillé à la patiente et a son praticien et ils décideront. Mais pour l’instant le confort est rétabli, durable, et la patiente n’a aucune demande.
Pour information il m’arrive que des correspondants me demandent de revoir les patients au stade des provisoires pour les valider ou les équilibrer si besoin car cette étape est cruciale avant l’enregistrement des RIM pour les prothèses permanentes.

Pour la suite, ne vous inquiétez pas j’ai des centaines de cas qui donnent envie d’aller plus loin dans l’évaluation du rôle de l’occlusion par rapport à des DAMs ou désordres à distances.
Et si d’autres présentaient leurs cas? Je suis intéressé.

Laisser un commentaire