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L’OIM est-elle un masque ?

Comme le souligne Berthoz le premier rôle du cerveau en matière de mouvement est l’anticipation. A ce titre il faut donc rappeler que c’est le cerveau qui pilote l’appareil manducateur et l’adaptation des mouvements mandibulaires par rapport aux contacts occlusaux. Une simple expérience vous en confirmera personnellement la puissance. Si vous recevez à manger une tartine de pain couverte de confiture, vos mouvements mandibulaires seront très différents (cycles de mastication) selon qu’on vous aura annoncé que la confiture était une gelée de cerises (sans noyaux) ou une véritable confiture de cerises avec les noyaux. Le cerveau recevant cette information anticipe les obstacles occlusaux constitués par les noyaux, sans effort conscient particulier de votre part, et adaptera les mouvements mandibulaires aux conditions prévues. Pour une annonce de « confitures avec noyaux » le cerveau va, d’une part, mettre en place des stratégies d’évitement (limitation de l’amplitude des mouvements, détection linguale des noyaux, limitation des forces masticatrices, …) et, d’autre part, grâce aux informations proprioceptives fines reçues, éviter des dérapages dento-dentaires ou articulaires, désagréables ou à risque. Le principal organe de l’occlusion c’est le cerveau qui anticipe et gère les comportements mandibulaires, dont les évitements, pour adapter l’appareil manducateur à ses différentes fonctions. Nous soulignons les évitements, car, s’ils sont évidents dans l’exemple des confitures à noyaux, ils sont par ailleurs totalement sous estimés dans le cadre des analyses occlusales. Et si l’IOM était d’abord le résultat d’évitement d’occlusaux ? Claude Lévi-Strauss rappelait qu’un masque cache plus qu’il ne veut montrer. Nous pensons que l’IOM masque plus qu’elle n’informe. L’OIM est le masque de la dentisterie au jour le jour. Ce qui importe c’est ce qu’il y a derrière, c’est-à-dire la santé et l’ORC.


– Peut-on considérer, pour un patient donné, et à un moment donné, que l’OIM correspond à un équilibre acquis de l’appareil manducteur ?
– A partir de quels signes peut-on douter de la qualité fonctionnelle de l’OIM ?

Comments

naval

–Anticipation du cerveau–
Notre grand maitre Marcel GASPART de la faculté de Montrouge affirmait dans ses cours de physiologie spéciale =
<> .
Et notre cortex cérébral reçoit des informations infinies de tout notre corps .
C’est pourquoi l’équilibre se situe à une confrontation de vues multiples
mettant notre action complémentaire d’autres professions.
Ce qui importe, c’est la disparition au final des signes cliniques dont se plaint le patient et que celui-ci retrouve tout le confort qu’il souhaite.
Professeur François UNGER : les écrits et les thèses dirigées par Marcel GASPART mériteraient que vous vous y intéresser.
Le drame d’un scientifique, c’est la trace qu’il laisse quand il n’est plus là. Sera t’il lu? Connaitra t’on ses écrits si encore il a eu le temps de le faire! Reste les thèses des étudiants dont je faisais partie.
Bien à vous Professeur François UNGER

naval

Il y a un probl ème informatique qui me dépasse !
 » La mastication est sous la dépendance despotique de notre cortex cérébral »

François UNGER

Merci de rappeler la contribution de Marcel Gaspard à notre compréhesion de la manducation. J’ai parfaitement en tête certains de ses écrits qui ont à mes yeux une grande importance. J’avais d’ailleurs invité marcel gaspard au congrès du CNO que j’avais organisé en 1999 sur le thème de la mastication. beaucoup se souviennent des interventions privées ou publiques de Marcel Gaspard.
Détail: Marcel Gaspard est effectivement professeur…ce que je ne suis pas.
Cordialement

naval

Qu’est ce qu’on attend pour vous le donner?
Marcel Gaspard était en réalité un autodidacte. Avant d’être à la Faculté Dentaire il était au Museum National d’Histoire Naturelle où l’on peut retrouver une fabuleuse somme d’écrits. Une secrétaire des amis du Museum a passé une thèse avec lui. Thème de la thèse : « La mastication d’une pomme » . Fabuleux n’est ce pas ? Il était ouvert à la médecine énergétique orientale! C’est un grand penseur au dessus de notre profession. On l’écoutait et après on essayait de comprendre sa réflexion. Mes études d’Anthropologie se sont faites au Museum où j’y retourne toujours !
Bien à vous « Professeur  » UNGER !

romanetdent

Bonsoir François professeur Unger
L’OIM peut effectivement être considérée comme un masque que notre personne (au sens le plus large) aurait choisi et rôdé pour fonctionner en harmonie avec les éléments dont elle dispose (os, articulations, muscles, comportement…..).Ce qui répond aussi à la deuxième question.
Quant à la troisième c’est l’apparition du dysfonctionnement qui peut nous faire penser que cette OIM n’est pas parfaite.
Salutations amicales
Alain

François UNGER

L’OIM me fait invariablement penser à la forme des semelles des chaussures des gens qui marchent dans la rue devant nous. Quand les souliers ont vécu, que leurs semelles se sont usées pour s’adapter aux habitudes posturales de leurs propriétaires, usées latéralement ou vers l’intérieur, plus à droite ou plus à gauche, ils constituent une adapatation dont la finalité n’est que de permettre à l’organisme de se déplacer. Et ceux qui marchent pieds nus ont aussi des adaptations lisibles sur leurs pieds. Serait-il juste de considérer l’usure des chaussures comme « la bonne adaptation »? Ne serait-il pas tout aussi utile de s’interroger sur le fait que l’usure observée pourrait participer à l’aggravation d’un trouble postural? On sait pourtant qu’à porter trop longtemps des souliers déformés par l’usure on peut aggraver des difficultés posturales.
C’est pour cela que je m’interroge toujours sur la pertinence de l’attitude clinique qui considère à priori que l’OIM est la position de référence qui doit être respectée. Qu’est ce que cache l’OIM? De quelles adaptations de l’appareil manducateur (et de la posture) l’OIM est-elle l’expression? Comment évalue-t-on la validité fonctionnelle de l’OIM avant d’y intervenir?
Faire de la dentisterie en OIM c’est comme si le cordonnier s’évertuait à ressemeler les souliers en biais.

romanetdent

Re
Il est possible de penser que notre fonctionnement mandibulaire vaut un peu plus qu’une paire de chaussures, que les pieds qui marchent sans chaussure s’adaptent par apposition de « corne », ce que ne font pas les chaussures, et que les civilisations qui marchent pieds nus ont peut-être moins de problèmes musculo-articulaires que celles qui marchent avec des prothèses aux pieds.
Quant au ressemelage des dents il me semble bien évident qu’il faut assez souvent « redresser » l’OIM.

romanetdent

La notion de dysfonctionnemeut en rapport avec la réponse à la 3 ème question mérite un développement.
Cette notion doit être appréciée par le praticien qui, lors d’une reconstruction importante, doit proposer une paire de chaussures neuves et non pas un ressemelage.

Gérard DUMINIL

Très intéressant sujet ! jusqu’à quand l’OIM peut -elle être considérée comme une référence utilisable pour nos traitements ? L’analogie de la semelle des chaussures est pertinente. L’évolution de l’OIM correspond à une somme d’adaptations qui vont de l’usure naturelle, parfois aggravée par des érosions/ abrasions, jusqu’aux migrations dentaires liées au non remplacement de dents perdues. Les fonctions occlusales finissent par ne plus être assurées correctement (calage, centrage guidage de la position mandibulaire).
Lors des mouvements fonctionnels lors de la mastication il existe un temps de pose occlusal si l’OIM est de bonne qualité ce temps de pose se réduit ou disparait dans le cas contraire (Travaux de Lundeen & Gibbs)
Un test simple consiste à demander au patient de claquer des dents de manière rythmique une vingtaine de fois. Un patient présentant une bonne OIM va contacter en émettant un son clair dans un rythme régulier. dans le cas d’une OIM défaillante, les son produit est inconstant ainsi que le rythme des fermetures. Voici quelques indices en réponse aux questions …

François UNGER

Parfaitement d’accord avec toi Gérard: le TAP-TAP est un excellent indice. Pour ma part je n’attends pas une vingtaine de claquements car on risque, je crois, que l’ensemble des contrôles proprioceptifs se ré-installent pour donner la position mandibulaire « la plus tolérable » et produisant un son clair. Je crois qu’en 4 ou 5 claquement on peut se faire une idée sur la possibilité ou non d’obtenir un TAP-TAP clair.
Une autre façon d’évaluer l’OIM (un autre indice) consiste à demander plusieurs fois de suite au patient de se mettre de lui même dans cette position. Et quand il est dans la position on observe les contacts intercanins à droite et à gauche. Plus souvent que l’on croit on fait des observations différentes d’une fois sur l’autre ce qui montre à mes yeux, une variabilité de l’OIM et donc une défaillance dans le centrage/calage.
J’avais déjà proposé dans ce blog un post évoquant ce sujet:
https://www.idweblogs.com/e-occluso/2013/06/01/evaluer-loim-un-examen-de-routine/

jptoubol

On peut marcher longtemps avec des chaussures qui ont subit les aléas d’une posture altérée par un genu valgus tant que notre système postural ne déclenche pas de symptômes car il reste dans sa capacité d’adaptabilité.
Il en est de même pour l’OIM mais lorsque les symptômes apparaissent c’est que le seuil d’adaptabilité a été dépassé et qu’il nous faut revenir vers une position mandibulaire qui verra la symptomatologie disparaitre pour ensuite confirmer notre choix par le port de prothèses transitoires.
Lorsque je fais une prothèse transitoire après le port d’une gouttière de relâchement musculaire et que ces provisoires concernent au moins une arcade complète je préviens toujours mes patients avec les termes appropriés en leur disant qu’ils doivent avoir une mastication précautionneuse pendant au moins 48 heures le temps que leur cerveau d’adapte à ces nouvelles dents
Merci Marcel Gaspard.

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