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L’occlusion trop compliquée: les résultats

Merci tout d’abord aux 95 consoeurs et confrères qui ont pris le temps de répondre à notre seconde enquête sur les difficultés de l’occluso. Ce travail ne prétend pas établir une vérité scientifique mais donner une image (un cliché à un moment donné) des difficultés ressenties (ou non) de l’occluso.

Les résultats (résultats complets ici) sont totalisés et interprétés à partir de 4 chiffres pour chaque item, à commencer par la moyenne des réponses. Nous complétons cette information en totalisant les réponses qui peuvent correspondre à une image nette (total 0+1, et total 9+10) ou une image floue (total 4+5+6). Nous avons récapitulé ces chiffres dans ce tableau.

Questionsmoyennes0 et 14+5+69 et 10
J'utilise l'arc facial (0=jamais 10= pour tous les cas de prothèse)3,0142136
J'utilise les orthèses (0= jamais, 10= plusieurs fois par semaine)3,55331612
Les défauts d'enseignement (0= liés aux enseignants, 10= caractéristiques discipline)3,83322912
La RC me sert de référence pour soigner (0= jamais, 10= toujours)4,31233310
En occluso le bon sens (0= permet de traiter la plupart des cas,10= ne permet pas)4,65194110
Les diagnostics normalisés des DAMs (0= trop compliqués omni, 10= parfaitement utilisables)4,81202820
Les thèmes des formations en occluso (0= besoins omniprat, 10= bases fondamentales)4,86213314
Les concepts occluso-prothétiques (0= modèles pour travailler, 10= bases scientifiques)5,47153418
La formation initiale (0= soigner bouche et dents, 10= spécialisation après médecine)5,54143526
J'observe la RC de mes patients (0= jamais, 10= toujours)5,58132926
Le défaut de prise en charge par les assureurs (0= limite ma pratique, 10= ne change rien)5,95161635
Le dépistage des DAMs (0= pas intérêt omni 10= indispensable pour plan traite omni)6,7172139
J'observe la RC de mes patients DAMs (0= jamais, 10= toujours)7,28141455
Le champ clinique de l'occluso( 0= bouche et dents, 10= bouche, dents, ATMs, posturo, psy...)8,7731075

Il y a consensus assez clair

(l’image est nette) pour un faible recours à l’arc facial (3.01/10) et aux orthèses (3.55/10). Le consensus est aussi assez fort pour dire que les défauts d’enseignement de l’occluso sont plus liés aux enseignants qu’aux caractéristiques de la discipline (3.83/10)
Ces chiffres m’interpellent à plusieurs titres. Si, sur un blog consacré à l’occluso et aux DAMs, on a si peu de praticiens qui recourent à l’arc facial et aux orthèses, on peut imaginer que sur un échantillon représentatif de l’ensemble des praticiens les chiffres seraient encore bien plus bas. Une telle situation est peut être due à l’enseignement initial, mais surement aussi aux carences des praticiens à se former. A moins qu’il faille penser que les conditions d’exercice ne permettent pas, globalement, économiquement, d’utiliser ces dispositifs en pratique quotidienne, ou que les compromis habituels aient détruit l’envie de bien faire. Et dans ce cas, quelle est la recevabilité du chapeau qu’on fait porter aux carences de la formation initiale? Pour ma part, en voyant ces chiffres, quelles que soient les difficultés économiques et de formation initiale, j’ai du mal à comprendre que les praticiens n’imposent pas plus souvent les outils de l’occluso dans la prise en charge des patients. Il y a là, clairement je crois, une difficulté à prendre en compte pour que l’occluso sorte de ses déboires.

Il y a aussi consensus

(l’image est nette encore) pour le dépistage des DAMs (6.71/10) et l’observation de la RC de ces patients (7.28/10) Bravo. Voila de la bonne clinique et l’échantillon recruté par ce blog spécialisé dans l’occluso et les DAMs est sans doute bien meilleur, de ce point de vue, que la population globale des chirurgiens dentistes. De tels résultats sont difficiles à mettre en relation avec les résultats pour l’arc facial et les orthèses. Faut-il imaginer que les « observateurs » (de la RC) et les « dépisteurs » (de DAMs) sont finalement assez peu « praticiens »? On aurait alors une nouvelle voie de compréhension des contradictions de l’occluso. On peut encore alourdir cette crainte quand on voit que l’objet du plus grand consensus de notre enquête (8.77/10, et 75 réponses sur 95 à 9 ou 10) concerne le champ clinique de notre discipline à qui notre échantillon attribue la bouche, les dents, les ATMs, l’équilibre postural et la dimension psychique des patients.
Ceux qui n’utilisent que très peu l’arc facial et les orthèses seraient-ils capables d’utiliser des plateformes de stabilométrie, d’exploiter des tests de posturologie ou les questionnaires MMPI? Je peux en douter. Mais peut être suis je trop pessimiste? J’attends que vous commentaires me ramènent à la réalité.

Venons en à la grande zone floue

de notre instantané de l’occluso flashé par l’enquête. 8 items sur 14 aboutissent à des réponses « moyennes » comprises entre 4/10 et 6/10. Faut-il y voir l’expression d’opinions raisonnables ou une grande irrésolution? J’observe ainsi qu’au centre de l’indécision (moyennes comprises entre 4.5/10 et 5.5/10)se trouvent 4 items qui peuvent concentrer les contradictions de notre discipline.

  • Les réponses données pour l’utilisation des diagnostics normalisés des DAMs (4.81/10) et des concepts occluso-prothétiques (5.47/10), utilisés dans le monde entier, me poussent vers une interprétation inquiète. Les bases conceptuelles de nos pratiques seraient-elles à ce points douteuses pour que les réponses soient à ce point indécises? Les diagnostics normalisés des DAMs sont parfaitement utilisables en omnipratique. On pouvait attendre un résultat à plus de 8/10. Les concepts occluso-prothétiques ne sont pas des bases scientifiques mais des modèles pour permettre de travailler en bouche. Pourquoi n’a-t-on pas un résultat autour de 1/10? Pas étonnant alors que ces résultats soient accompagnés par l’expression d’une grande incertitude quant aux besoins de formation continue (4.86/10) et par l’invocation du bon sens comme moyen de soulagement (4.65/10). J’interprète (peut être à tort) la conjonction de ces 4 réponses médianes comme l’expression d’une grande difficulté pour les praticiens à travailler sur des bases claires, validées, opposables, et comme la marque de ce flou qui semble être la caractéristique de notre discipline. Une sorte de perte d’identité. Là encore vos interprétations seront utiles.
  • On a vu que la RC des patients DAMs est très observée (7.28/10). Mais pour les patients en général la RC est nettement moins observée (5.58/10) Comment expliquer cette différence? Comment avancer dans le dépistage des DAMs pour toute la population sans observer la RC de tous? Les chiffres enregistrés pour ces 2 items ne devraient-ils pas être identiques? Et que penser du chiffre de 4.31/10 des réponses indiquant que la RC sert de référence pour soigner? N’est ce pas exorbitant? Là aussi vos commentaires seront passionnants.
  • Pour l’item concernant le rôle éventuel des carences des assureurs dans le marasme occlusal des cabinets, les résultats penchent franchement vers le non (5.95/10). Qui peut croire pourtant que les pratiques occlusodontiques ne seraient pas profondément modifiées si ses différents actes (arc facial, programmation articulateur, analyse occlusale, orthèses, équilibration, suivi de la douleur, rééducation fonctionnelle, …) étaient réellement pris en charge? Faut-il penser que notre échantillon particulièrement sensibilisé à l’occluso et aux DAMs, a fait son deuil des prises en charge par les assureurs et a réussi à « imposer » l’occluso (gratuit ou HN) dans ses plans de traitement? Franchement, compte tenu des réponses obtenues dans cette enquête, j’en doute.
  • Finalement, le point qui nous est apparu comme le plus riche pour l’avenir de notre discipline est la note moyenne de 5.54/10 qui apparait au sujet de la formation initiale. Bien sûr on pourrait encore faire observer que cette moyenne met en évidence une indécision. Certes, mais elle est plutôt en faveur d’une médicalisation complète la formation des chirurgiens dentistes. Ne peut-on pas y voir l’orientation majeure qui permettrait de mieux répondre à la prise en charge des patients « occluso »?

Merci encore aux 95 praticien(ne)s qui ont participé. Les réponses, à mes yeux, mettent en évidence de véritables contradictions qui expliquent pour partie les difficultés de l’occluso.
Puissent vos commentaires éclaircir la situation et ouvrir de nouvelles pistes pour imposer l’occlusodontologie comme une discipline claire et indispensable à la prise en charge de n’importe quel patient.

Commentaires

zorg

« On a vu que la RC des patients DAMs est très observée (7.28/10). Mais pour les patients en général la RC est nettement moins observée (5.58/10) Comment expliquer cette différence? Comment avancer dans le dépistage des DAMs pour toute la population sans observer la RC de tous? Les chiffres enregistrés pour ces 2 items ne devraient-ils pas être identiques? »

Peut être parce qu’il n’est pas indispensable de traiter en l’absence de signe d’appel. Autant une lésion kystique méconnue évoluera à un moment ou un autre et doit donc être traitée, autant une antéposition méniscale non réductible sur un hyperlaxe qui ne serre pas et ne bruxe pas ne posera jamais de problème et passera d’ailleurs la plupart du temps inaperçue.

François UNGER

Bien entendu il n’est pas question de traiter en l’absence de signe d’appel ou de plainte du patient. Vous avez raison de le souligner. Mais il me semble que l’observation de la RC de n’importe quel patient est un examen aussi simple, rapide, indispensable, que de regarder si les gencives saignent ou s’il y a du tartre. Surtout si un plan de traitement restaurateur (limité ou généralisé) est envisagé. Et puis avec le temps si on a observé la RC de n’importe quel patient, lors des différentes visites, on peut mieux saisir les éventuels changements.

zorg

Pas faux. En fait l’observation du tartre, des caries, des pbs paro, a été enseigné en standard et est un réflexe, mais l’observation de la RC ou d’une pathologie des ATM et pis encore la recherche systématique d’une lésion néoplasique de la bouche ne fait pas partie du réflexe. Faute à l’enseignement? Restons nous trop « dentistes »?

mleberre

Concernant la difficulté à mettre en relation les résultats d’observation de la RC avec ceux correspondant à l’utilisation de l’arc facial et des orthèses: j’observe la RC chez tous mes patients dans mon examen initial au même titre que la présence de tartre. Pour autant il me semble que j’ai répondu par un score de 3/10 à la question sur l’arc facial . En fait je l’utilise à 100% pour les cas qui nécessitent une reconstruction en RC représentant je pense 3 patients sur 10 que je vois en réhabilitation prothétique. Tous les cas ne justifient d’être monté avec arc facial je pense… (mal peut-être?). Cela peut sans doute expliquer la différence pour ces items.
Miliau

François UNGER

Non tu as raison bien sûr. Mais l’item, je pense, devais être compris pour les cas nécessitant une réhabilitation prothétique pour lesquels une discussion était naturelle quant à la position de référence mandibulaire.
Défaut de clarté de la question?

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