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L’occlusion de compétition

Monsieur Jean Paul G. 42 ans, ingénieur, consulte sur les conseils d’un chirurgien dentiste qu’il a sollicité car il estimait que son dentiste précédent ne l’écoutait pas. En 2011 son dentiste traitant a refait une obturation cassée puis couronné la dent (la 36). Depuis cette date le patient se plaint d’un inconfort important dans sa bouche. Il a signalé à son praticien que la couronne perturbait sa façon habituelle de fermer la bouche. Le praticien a contrôlé et aurait dit que tout était bien et qu’il ne pouvait rien faire à part quelques meulages sur la dent antagoniste. Ces meulages ont été réalisés mais la situation inconfortable s’est maintenue.
Le patient, a bénéficié d’un traitement ODF dans sa jeunesse; les dents de sagesse ont été extraites. Aucun désordre n’a suivi ces interventions. Devant l’impossibilité d’obtenir satisfaction de la part de son chirurgien dentiste, le patient, qui n’est pas d’une nature procédurière, a contacté le conseil de l’ordre pour savoir comment il devait intervenir pour retrouver son confort buccal qu’il attribue absolument à la prothèse unitaire sur 36, car observe-t-il, il ne peut plus rien saisir entre ses dents antérieures. Il commence à ressentir des douleurs dans la mâchoire et se plaint de mal dormir car il ne sait pas comment mettre ses dents les unes sur les autres.
La mandibule est bien décontractée, ce qui permet de mettre en évidence des contacts occlusaux perturbés en OIM et par ailleurs un décalage de la position mandibulaire entre OIM et l’ORC mandibule détendue.

Pensez-vous que la couronne sur 36 respecte l’OIM ou l’ORC?
Est-elle selon vous responsable des désordres décrits?
Quelle solution peut-on proposer au patient?

Comments

carton

J’ai du mal à y croire en 2013! La couronne à du être faite à la va vite et dans une occlusion approximative. Mais de la à rectifier les antagonistes, il faut se pincer. Si c’était mon patient je considérerais que la couronne est responsable de l’inconfort et je la déposerais. La question qui se poserait alors serait de savoir si l’OIM après dépose correspond à l’OIM avant la pose. Si des égressions compensatrices n’ont pas eu lieu ici ou la dans les zones d’inocclusion. Et alors que faire? Une analyse occlusale? Une équilibration? Avant de refaire une couronne. C’est assez effrayant de voir ça si ce n’est pas un gag.

grouch

Patient non procédurier mais qui va au conseil de l’ordre en première intention? avec de simples modèles d’étude, on meule la 36 et on peut se faire une idée de l’OIM et donc des perturbations causées par cette coiffe. Moyen simple et rapide mais qui ne remplace pas une analyse occlusale pour les interférences en latéralité éventuelles et voir le décalage OIM/ORC.

François UNGER

Je me suis mal exprimé sans doute en disant non procédurier. En fait le patient s’est renseigné auprès du conseil de l’ordre mais n’a pas engagé de plainte ou de poursuite.Ce n’est pas un plaignant chronique comme on en voit parfois.
La proposition de rectifier la coiffe est utile mais il y a de grandes chances qu’il n’y reste plus de face occlusale. Alors, pourquoi ne pas la déposer? Pour la simple raison qu’on risque de la détruire et que le patient pourrait nous le reprocher. N’est-il pas normal que le praticien qui a mis cette prothèse soit celui qui l’enlève?

grouch

Je pense ne pas m’être correctement exprimé également… quand je parle de meuler la 36 il s’agit bien évidemment sur le modèle en plâtre; ne jamais retoucher une prothèse que l’on n’a pas conçu sans savoir exactement ce qui se passe…concernant la responsabilité, en effet si la coiffe est responsable de ces désordres, il serait normal que le praticien assume et refasse son travail plutôt que meuler des dents saines!

Jean-François CARLIER

Ce praticien sait-il de quoi nous parlons ? OIM ? , ORC ? Il est évident que non.
Il a fait serrer son patient sur un bite-trays chargé de pâte silicone , sans se préoccuper de la position mandibulaire, considérant que le patient lui donnerait son occlusion habituelle. Sauf que la plupart du temps le réflexe de mastication, dévie la mandibule du coté de la prise d’empreinte, et que 80% des gens à qui vous dites de serrer les dents, vous montre une occlusion en bout à bout .
Le patient a fait le diagnostic lui même , c’est dire si les troubles qu’il ressent sont directement liés à cette pose de couronne en sur-occlusion .
Les bras m’en tombent lorsque je lis que notre confère préfère meuler les dents antagonistes, saines, plutôt que la couronne qu’il vient de poser .Ce praticien est chanceux d’avoir un client non procédurier, car sa responsabilité est complétement engagée, et il pourrait, face à un bon avocat du plaignant, avoir de gros dommages et intérêts à supporter pour coups et blessures . (ou peut être exercice illégal de l’art dentaire)
Je pense que la meilleure solution pour la santé du patient est de lui déposer la couronne proprement (cf commentaires du Dr UNGER) et de lui mettre une couronne provisoire, pour retrouver son OIM stable.
En tout état de cause , j’aurai du mal à conseiller à ce patient d’aller revoir son praticien qui aura fait tant de preuves de son incompétence et je lui conseillerai d’assigner son praticien au tribunal par le biais de son assurance qui diligentera une expertise.
Si cela parait excessif, il est possible de confectionner une gouttière occlusale , qui abolirait le défaut occlusal généré par cette couronne .
Dans ce genre de situation,( malheureusement fréquente ???) je fais souvent extemporanément une gouttière thermoformée, équilibrée en bouche, qui abolit le défaut occlusal, pour confirmer l’hypothèse diagnostique de la perturbation de la position mandibulaire. Certes, cela engendre des frais que ne devrait pas avoir à supporter le patient, mais cela le soulagera et permettra de temporiser dans l’attente de l’expertise.
Enfin je conseillerais au praticien responsable de cette situation, de suivre une formation accélérée d’occlusodontologie, au CNO ou ailleurs pour lui éviter de sérieux revers.

roudizneuf

Un praticien se sort toujours grandi en reconnaissant une imperfection sur un acte dont il est l’auteur et en remettant les choses en ordre… à titre gracieux cela va de soi ! Cette façon d’agir évite les propos vengeurs, les recours auprès des juridictions ordinale et/ou civile et il y a en plus de fortes chances qu’au final le patient loue la loyauté et l’honnêteté de son praticien… Une excellent pub pour un coût vraiment minime !

gueurki

L’orthodontiste que je suis propose une solution alternative à la dépose ( peut être dangereuse) de cette couronne: l’ingression pure et simple de cette molaire couronnée; cela est aujourd’hui grandement facilité par la pose de 2 mini-vis , une en lingual et une en vestibulaire; ensuite une simple chainette élastomérique tendue en « hamac » va ingresser tout l’ensemble ! Au cas où Monsieur G rechignerait à retourner voir son « primo-poseur ».

François UNGER

Tout d’abord je dois dire que je partage les hypothèses et questions de JF Carlier. Peut-on encore longtemps laisser ce patient avec sa couronne en malocclusion ou faut-il prendre le risque de la déposer avant qu’une expertise ait eu lieu? Quelle est la position officielle vis à vis du code de déontologie? Le praticien qui va déposer la couronne ne risque-t-il pas de se retrouver devant une OIM imprévue (même après analyse occlusale)? Peut-il se lancer dans une équilibration sans risquer d’être inquiété en cas d’échec et de plainte?
Car j’ai une autre question: la dent en malocclusion depuis 2 ans n’est elle pas responsable d’égressions d’autres dents? Qui peut le dire? Et si égressions il y a eu, on ne peut rêver de retrouver l’OIM d’il y a 2 ans. Alors comment fixe-t-on la nouvelle position mandibulaire d’OIM?
Merci aussi pour le bon sens de Roudizneuf et la proposition illustrée de Gueurki (merci beaucoup; voila la force de l’internet). Sa proposition pour élégante et conservatrice qu’elle soit, rejoint ma question précédente: et si la dent ingressée ne mettait en évidence qu’une OIM cahotique consécutive à 2 ans d’inocclusion quasi généralisée et de posture mandibulaire aléatoire?

Autre remarque sur le cas illustré: c’est gentil de mettre l’implant avant d’ingresser la molaire, mais a la sortie de l’ortho quelle sera l’espace mésiodistal pour la prémolaire implantaire. Je ne critique pas ce cas mais je l’utilise pour redire de toutes mes forces: le plan de traitement se fait avant toute intervention et il concerne au premier chef l’occlusion et la position mandibulaire. Je ne prêche pas pour ma paroisse mais pour la dentisterie de tous les jours.

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