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Et la langue dans tout ça ? #1

S’il y a bien une chose que j’ai apprise de mon exercice spécialisé vers les DAMs et l’occlusion, c’est que c’est qu’il est impossible de ne pas s’intéresser à la langue. Je ne compte pas le nombre de mes patients chez qui la langue était impliquée dans les DAMs et les soucis de positionnement mandibulaire.

Voici un excellent article d’introduction sur les dysfonctionnements de la langue.
Cet article est issu d’un « concept clinique » sur la langue, de 2015, et toujours disponible ici.

langue

Je vous propose d’engager la discussion sur ce point qui nous tiendra au moins deux semaines.

  1. Pensez-vous qu’un désordre mandibulaire fonctionnel puisse exister sans que la langue soit impliquée ?
  2. Avez-vous observé des désordres occlusaux dont la langue était directement responsable ?

Commentaires

jbol

Bonjour François Unger,
Très intéressant, je découvre.
Je n’ai pas bien compris en quoi une déglutition atypique entrainerait une asymétrie de contraction musculaire mais je ne remets pas en cause que cela reste une para-fonction.
A la fin de l’article, j’ai repensé à tous mes cours-conférences d’occludontie dont les enseignants affirmaient que l’absence de guide insicivo-canin avait un lien étroit avec les DAM, affaire à suivre…

daniel

Merci pour cette référence.
Déglutition dysfonctionnelle ?
Qu’il y ait interposition linguale ou pas, prédominance du VII ou pas, la fonction est assurée : le transport de la nourriture et de l’eau (et salive) de la cavité orale vers l’estomac et la protection des voies aériennes. Les nourrissons et les édentés complets sans prothèse ont une déglutition fonctionnelle et chez ces derniers elle ne devient pas immature. Les interposeurs de langue fonctionnent bien aussi. Qui avale son eau en calant les arcades à chaque déglutition? Dysfonction ?
Les dysfonctions de la déglutition, c’est quand ça ne descend pas, quand ça ressort, quand ça prend une mauvaise route.
La fonction de la déglutition n’est pas de caler les dents en intercuspidie maximale.
Dyspraxique serait plus correct. A discuter.
L’idée de protection est intéressante, mais protection de quoi ?
L’enfermement du raisonnement dans une alternative ( ou bien l’un est cause de l’autre ou bien l’inverse ) est très réducteur. Il y a d’autres possibilités à envisager : des symptômes simplement concomitants sans liens, des symptômes différents d’une cause commune, …
Le cas rapporté n’est bien entendu pas un contrôle de l’hypothèse, il ne permet pas d’évacuer la question des nombreuses résolutions spontanées où on a fait le choix de l’abstention. Le conditionnel est d’ailleurs utilisé dans tout l’article.
Il a le mérite de proposer une approche non-invasive conforme aux règles de bonne pratique, rappelées dans la référence mentionnée par wytango dans sa dernière contribution.

François UNGER

Merci daniel pour ce commentaire qui montre bien que nous ne sommes pas à l’aise pour intégrer la déglutition dans nos réflexions sur les DAMs et l’occlusion. Pourtant je persiste, la langue, et ses fonctions et dysfonctions sont parties prenantes dans nos soucis de DAMs et d’occlusion. Il est inimaginable, pour moi, qu’une groupe de 17 muscles insérés en grande partie sur la mandibule, mais aussi sur l’os hyoïde ne soit pas dans la boucles des problématiques DAMs/occlusion.
Tout simplement on peut noter:
– une voie dans laquelle la langue désorganise l’occlusion (zones d’inocclusion par interposition linguale) et contribue donc à un défaut de calage pour la déglutition,
– une autre voie dans laquelle le défaut de calage en OIM /centrage en OIM contraint la langue et d’autres muscles masticateurs à des compensations de stabilisation mandibulaire qui engendre des crispations et donc des DAMs.
On est en permanence dans une réflexion sur l’origine entre l’oeuf et la poule:
– la dysfonction linguale est-elle première? En désorganisant les fonctions mandibulaires elle contribuerait ou génèrerait des désordres occlusaux et des DAMs,
– la dysfonction linguale est-elle seconde? Adaptation nécessaire de l’appareil manducateur à d’autre troubles, occlusaux, musculaires ou autres (posturaux…?)
Sans parler sans doute d’autres hypothèses de réflexions. Notre effort doit aller vers une observation soigneuse et ne jamais sous estimer le rôle de la langue.

phil64

Bonjour, quelques remarques:
la déglutition atypique/infantile permet certes au gens de se nourrir mais elle entraine quand même des conséquences néfastes pour la santé, des dysmorphoses graves des maxillaires quand elle survient pendant la croissance, des déplacements dentaires, et peut être des ADAM, on pourra en reparler.
Je comprends bien le raisonnement de Daniel, la fonction de déglutition est assurée , la déglutition est donc fonctionnelle mais elle est pathologique dans le sens où elle entraine ou pérennise d’autres troubles, tout doit donc être fait pour la dépister et la corriger, le plus tôt possible.
En ce qui concerne l’article et son hypothèse, si j’ai bien compris: que certains dysfonctionnements linguaux seraient secondaire à l’ADAM et résulteraient d’une adaptation pour en diminuer les douleurs, je suis sceptique, à vrai dire c’est difficile à vérifier puisqu’il faudrait savoir comment déglutissaient nos patients avec ADAM avant que l’ADAM survienne. D’ailleurs dans le cas présenté, la béance antérieure visible sur les photos en OIM montre bien que le problème de déglutition est ancien et donc surement pas consécutif à l’ADAM.
J’aurais d’ailleurs des questions pour les rédacteurs :
1/ comment donc vérifier votre hypothèse sans être sur que la déglutition était normale, ou physiologique (on ne parlera pas de fonctionnelle suite à la remarque pertinente de Daniel) avant l’apparition de l’ADAM ?
2 / quel pourcentage de déglutition atypique chez les patients avec ADAM ?
3 / vous écrivez « La position d’occlusion,
gage d’équilibre de l’appareil manducateur, » mais de quelle occlusion parlez vous, une occlusion en classe I, avec quel type de guidages? Pour ma part, j’ai de nombreux patients en classe I avec des guidages antérieurs corrects et qui pourtant ont des ADAM, je ne pense donc pas qu’une occlusion « parfaite » protège en aucun cas des ADAM, mais j’ai peut être lu trop vite l’article.
4 / si avec une déglutition physiologique, des ADAM apparaissent et que comme vous le dites, l’acquisition d’une déglutition atypique de « protection » fasse passer ces douleurs, en quoi une rééducation de la déglutition pour la rendre à nouveau physiologique est souhaitable, les douleurs ne vont elles pas réapparaitre ?

François UNGER

Je crois que nous utilisons des mots sans être suffisamment clairs ou exigeants quant à leur sens. Qu’est ce qu’un ADAM? Est ce un diagnostic? Non! Je ne comprends donc pas certaines questions.

Par ailleurs et sans vouloir parler au nom des auteurs de l’article, je pense pense effectivement que « La position d’occlusion est
gage d’équilibre de l’appareil manducateur ». Vous demandez: quelle occlusion? Mais tout simplement l’OIM, la position que prend la mandibule quand le patient serre les dents.
Je crois que votre problème vient du fait que vous voulez analyser les conditions d’occlusion alors que ce sont les conditions de position mandibulaire qu’il faut analyser.
cordialement

phil64

Cher François, dans mon dernier post je réagis à l’article cité dans ton introduction et je prends donc l’acronyme ADAM dans le sens où il est utilisé dans cet article.
En ce qui concerne le sens des mots, comme le faisait remarquer Daniel, est ce que « dysfonctionnement » est bien choisi dans le sens où la fonction de l’appareil manducateur est d’assurer la manducation, de se nourrir et est ce que les patients dont on parle ne mangent pas, ou mal ? Pas vraiment, donc, malgré leur pathologie, des ATM en particulier, la fonction manducatrice (ou toire ?) est préservée. Par conséquent nous sommes tous un peu limites avec le sens des mots et au lieu d’ADAM, je verrais plutôt APAM, algies et pathologies de l’appareil manducateur, mais ça ne change pas grand chose au fond du problème.
Quant à l’occlusion, je l’entendais par occlusion statique, en OIM et dynamique, ce n’était peut être pas le cas des auteurs et j’aurais donc mal compris et en les relisant il est vrai qu’ils parlent de « position d’occlusion » , donc plutôt l’OIM, statique, autant pour moi.
Ceci dit, je trouve quand même que la phrase  » La position d’occlusion est
gage d’équilibre de l’appareil manducateur  » mériterait d’être développée !
Qu’est ce que l’équilibre de l’appareil manducateur par exemple ?

phil64

Je me rends d’ailleurs compte que je n’ai pas répondu aux questions que tu poses dans ton introduction :
1 pour celle ci j’ai du mal, je ne comprends pas ce que tu veux dire par
« un désordre mandibulaire fonctionnel » , je dirais quand même que oui, les patients avec déglutition atypique sont souvent en classe II avec dans les cas d’overjet extrême des contacts uniquement sur les PM et M , une usure prématurée de ces dents, une compression articulaire, des incoordinations des muscles masticateurs et d’autres troubles à distance, raideurs cervicales, céphalées … Mais je vais un peu loin et je ne sais si c’était le sens de ta question car ces patients arrivent quand même à manger et donc la mandibule assure sa fonction masticatrice.
2 oui bien sur , les migrations vestibulaires du bloc antéro supérieur par exemple

François UNGER

Merci Philippe pour tes observations.
Je crois aussi qu’une dysfonction linguale est le plus souvent compatible avec l’alimentation (mais pas toujours).
Ce qui pose problème c’est de savoir si la langue est impliquée dans les désordres de l’appareil manducateur, et si oui comment? Si la langue a un fonctionnement perturbé (ce qu’on nomme dysfonction linguale) et que des fonctions orales également sont perturbées (préhension, élocution, respiration, mimiques, mastication, déglutition, insalivation, gustation…) il est utile, me semble-t-il de comprendre si ces phénomènes sont liés et comment. De même si des douleurs de l’appareil manducateur sont présentes.
Et pour ma part, j’ai observé très souvent que la déglutition et la langue sont incluses dans nombre de DAM musculaires ou articulaires. Le texte évoque l’idée que le dysfonctionnement lingual peut être consécutif au DAM. Je pense que cette hypothèse est intéressante. Au même titre que celle qui considère que la dysfonction linguale peut être en cause dans une perturbation de l’occlusion et de la position mandibulaire d’OIM.

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