Naviguer / Chercher

Introduction aux dysfonctionnements temporo-mandibulaires (DTM)

Les dysfonctionnements temporo-mandibulaires (DTM) sont des myo-arthro-pathies de l’appareil manducateur (S. Palla). Il existe des DTM algiques et des DTM non-algiques. Ces pathologies, aigües ou chroniques, associent douleurs oro-faciales intermittentes ou persistantes intéressant préférentiellement les muscles masticateurs et/ou les ATM, dyskinésie de l’appareil manducateur (trajets erratiques, difficultés à l’ouverture buccale et/ou lors de la mastication) et parfois des bruits.

Douleurs
Douleurs

De nombreuses dénominations ont été proposées au cours des 50 dernières années : syndrome de Costen, SADAM, ADAM, DAM… L’acronyme DTM semble s’imposer aujourd’hui dans la communauté francophone ; sans jugement, il est celui que se rapproche le plus de l’international TMD (temporo-mandibular disorder). C’est celui que nous retiendrons dans cette série de posts.

Les douleurs sont (et de loin !) le premier motif de consultation. Elles peuvent se manifester (Schiffman, 2014) sous la forme de douleur articulaire (arthralgie), musculaire localisée (myalgie localisée), référée à d’autre dermatomes oro-faciaux (douleur myo-fasciale référée) ou encore plus à distance (myalgies multifocales : à plusieurs endroits de l’organisme comme le dos, le cou, les épaules). Les DTM peuvent être très handicapants et peuvent amener progressivement à une dégradation significative de la qualité de vie du patient.

Les DTM touchent 7 à 12 % de la population ; sont la première cause de douleurs oro-faciales après les odontalgies, et la deuxième cause de troubles musculo-squelettiques après les lombalgies. Ils concernent 2 femmes pour 1 homme.

Ce sont des pathologies complexes, multiformes, multi-étiologiques ; dont les causes réelles ou supposées sont multiples et parfois sujettes à controverses : génétique, physiologique, psycho-émotionnelle, occlusale, hormonale, traumatique, parafonctionelle, posturale, en lien avec le sommeil, etc.).

L’étude et la prise en charge des DTM est confrontée à trois problématiques majeures.

L'errance diagnostique
L’errance diagnostique

Problématique n° 1 : errance diagnostique

Selon l’endroit où ils habitent, la présence ou l’absence de spécialistes autour d’eux, les patients ayant des douleurs orofaciales à type de DTM errent dans le domaine médical pendant cinq ans en moyenne, avant de trouver un praticien susceptible de les prendre en charge. Cela constitue une perte de chance thérapeutique et une voie vers la chronicisation des douleurs.

 

Problématique n° 2 : difficulté thérapeutique

La difficulté de la prise en charge de ces pathologies réside dans le grand nombre et l’intrication de cofacteurs impliqués dans la genèse, le déclenchement et l’entretien de ces douleurs et dysfonctionnements. Ces difficultés d’analyse compliquent la thérapeutique et le pronostic, et conduisent le patient à un sous-diagnostic, une errance thérapeutique et parfois à des traitements inappropriés.

L'errance thérapeutique
L’errance thérapeutique

Aucune thérapie optimale n’a émergé. Les études rapportent des preuves soutenant diverses approches, comme la kinésithérapie maxillo-faciale, l’éducation thérapeutique, les thérapies cognitivo-comportementales, l’hypnose, la relaxation, les thérapies pharmacologiques (AINS, myorelaxants, analgésiques…) et l’utilisation d’orthèses occlusales (De Leeuw, Klasser, 2018).

La thérapie individualisée n’est PAS forcément fondée sur l’étiologie des TMD, car elle n’est pas toujours bien connue (Greene, 2001). La thérapie individualisée est plutôt dictée par les symptômes présents. Les approches thérapeutiques combinées ont en général plus de succès que les approches thérapeutiques simples (Kurita et al, 1997).

Le consensus actuel veut que la prise en charge des DTM fasse appel à une stratégie multimodale, réversible, peu invasive, impliquant la participation du patient.

Réseau de soins
Réseau de soins

Problématique n° 3 : la nécessité d’un réseau de soin

Une prise en charges multi-modale implique plusieurs praticiens et une pluralité de compétence (omnipraticien, spécialiste référent, kinésithérapeute maxillo-facial, psychologue, hypnothérapeute etc.).

Notre travail à travers ce blog se destine à la diffusion des connaissances associant le diagnostic des DTM et leurs prises en charges auprès des professionnels de santé concernés qu’ils soient odontologistes ou non. Nous espérons sensibiliser la communauté médicale à cette problématique et pouvoir ensemble faire diminuer l’errance diagnostique et thérapeutique pour nos patients. Nous aborderons au cours des prochains posts les différents aspects que sont : l’entretien, l’examen clinique et radiographique, la compréhension des douleurs, les étiologies, les prises en charge, le pronostic.

  • Êtes-vous confrontés aux DTM dans votre pratique clinique ?
  • Pensez-vous difficilement différencier myalgie, arthralgie, désunion réductible et irréductible ?
  • Pensez-vous avoir un rôle à jouer dans la prise en charge des DTM simples, et seriez-vous prêt à le faire ?
  • Si oui, pensez-vous avoir besoin de formation continue ?
  • Si vous avez répondu OUI à au moins une de ces questions, rejoignez-nous sur IdWeblogs.com et prenez part au changement.

Commentaires

massmolaire

Bonjour,
Une de mes patientes que je suis depuis plusieurs années et qui a eu des travaux de reconstruction importants, m’a appeler pendant le confinement Covid19 pour des douleurs de l’ATM qui diffuse vers l’oreille etc. Pourtant, je n’avais jamais dépisté de problème de genre chez elle avant…
Du coup, je me demande si cette période de confinement et d’épidémie ne pourrait pas générer un stress élevé chez certains et donc une hyper-activité des muscles masticateurs. Le stress psychologique doit-il être considérer comme un facteur d’apparition des DTM?
Merci.

Antonin HENNEQUIN

Bonjour,

il est toujours difficile de se prononcer sur le cas particulier de votre patiente, sans l’avoir examinée bien entendu.

Pour autant, le stress, l’angoisse, l’anxiété, la dépression, la catastrophisation sont des co-facteurs de DTM largement décrits et dont l’étiologie est aujourd’hui totalement acceptée, parmi d’autres.

L’évaluation de l’état psycho-émotionnel du patient, dans ce qu’on appelle l’axe 2 de l’examen clinique et qui fera l’objet d’un ou plusieurs post, est importante dans le diagnostic et également dans le pronostic.

En effet, nombreuses études ont montré que les patients qui avaient des idées positives avaient moins de douleurs le moins d’après, et eux qui avaient des idées négatives : plus de douleur de le mois d’après.

toniodaft

Bonjour,

J’ai répondu OUI à votre 4 questions, donc vivement la suite de vos posts 😉

Merci.

Laisser un commentaire