Navigate / search

Guérir un malade

Je vous ai déjà dit tout ce que je dois à Claude Valentin qui était Professeur à Paris V et qui m’avait fait l’honneur et l’amitié de m’accueillir à plusieurs reprises dans le cadre de ses enseignements cliniques ou universitaires.

Je voudrais vous solliciter au sujet d’une de ses phrases qui ne m’a jamais quitté :

« Guérir un malade n’a jamais constitué une preuve diagnostique ou thérapeutique »

  • Faut-il prendre cette affirmation au pied de la lettre ?
  • Pensez vous qu’elle soit un facteur de progrès pour la prise en charge des DAMs et de l’occlusion ?

Comments

drlegault

La guérison implique le retour du patient à son état de santé original.
Humblement, je ne crois pas avoir déjà guéri qui que ce soit.
J’ai soulagé, contrôlé, géré, soigné, mais jamais guéri.
Benoît

PS Je crois que lorsqu’il y a guérison, le corps s’en charge tout seul.

François UNGER

J’ai compris la phrase de Claude Valentin comme une mise en garde pour éviter de considérer que le soulagement d’un patient, après qu’on l’eût pris en charge, pourrait être compris comme le résultat de notre intervention. Comme un effort de précaution et de modestie. Bien sûr quand nous intervenons pour soulager un patient, que nous faisons un geste, que nous préscrivons quelque chose, et que nous l’écoutons, nous pensons que nous le faisons pour le « guérir ». Cet investissement personnel est indispensable faute de quoi nous ne pouvons nous considérer comme thérapeute. Mais symétriquement, et tout aussi indispensable, le doute est la base de toute réflexion thérapeutique: ce que je prends en charge est-il le seul facteur en cause dans la pathologie du patient?
A l’évidence, sur un domaine comme celui des DAMs et de l’occlusion, hautement multifactoriel, il serait présomptueux de penser que nous intervenons sur le seul élément causal de la situation. Autrement dit, on peut avoir un diagnostic parfaitement fondé, mettre en oeuvre les moyens validés de résolution du trouble, et n’obtenir qu’une amélioration insuffisante ou transitoire. Pour la simple raison que d’autres facteurs, qui nous ont échappé, ou qui sont inconnus, n’ont pas été pris en compte par notre thérapeutique. De la même façon il est légitime d’imaginer que des changements dans la vie du patient (non pris en compte dans notre anamnèse) peuvent être « spontannément résolus » et apporter une « guérison » totalement indépendante de notre action.
Alors oui, la simple prudence, la simple réserve scientifique qui impose de falsifier nos hypothèses, doivent nous faire dire avec Claude Valentin que « guérir un patient n’a jamais constitué une preuve diagnostique ou thérapeutique”. C’est une position cardinale pour moi.

Si je reprends ta dernière phrase « Je crois que lorsqu’il y a guérison, le corps s’en charge tout seul » j’avoue que je ne vais pas aussi loin. Si le corps se charge tout seul de guérir, à quoi servent les thérapeutes? Quelle est ton ambition par rapport à tes patients? Quelle est la place de la médecine dans la vie humaine ou animale?

L’autre aspect de ta réflexion qui me surpend est ton avis selon lequel on ne guérit jamais. Veux tu dire qu’une fois né on est condamné à une décrépitude irréversible? Veux tu dire que la guérison n’existe jamais?

drlegault

La définition même du mot « guérison » laisse entendre un retour à l’état de santé antérieur `la maladie.

En tant que dentiste, je n’ai que très peu d’occasion de « guérir » mes patients. C’est pourquoi je mets tout en branle pour que la maladie ou la dégénérescence de leur système manducateur n’aient pas prise sur eux.

Mais à peu près toujours, s’il y a maladie, traumatisme ou infection, je ne réussirai pas à redonner un état de santé tel qu’il était antérieurement. Au mieux j’aide à gérer, contrôler, stopper. Là est mon rôle et j’en tire beaucoup de fierté.

Je ne considère pas l’arrêt de la pathologie comme étant une guérison, même s’il est final.

Et je ne considère surtout pas l’arrêt des symptômes comme étant une finalité en soi.

Benoit

François UNGER

Ne peut-on pas guérir d’une pulpite? D’une inflammation gingivale? D’une lésion de la muqueuse buccale? D’une luxation discale réductible?

Gérard DUMINIL

voici un problème de sémantique autour du verbe « Guérir » Je pense comme Benoit que la guérison au sens propre strict n’est pas de notre ressort. les thérapeutes apportent certes des solutions. Dans le cas d’une pulpite, le traitement consistant à dépulper la dent apporte un soulagement, mais l’organe ne sera jamais plus comme avant. l’inflammation gingivale par contre est réversible et peut apparaître sans séquelles. La luxation discale par contre, comme toutes les lésions ligamentaires gardera une fragilité particulière. Par contre le patient va apprécier différemment la situation et se satisfaire de « sa guérison » et du traitement reçu. La discussion philosophique n’est jamais bien loin de l’attitude thérapeutique, et c’est tant mieux ! science sans conscience etc…

drlegault

Merci Gérard pour cette précision!

Les DAM, peu importe lequel, symptomatiques ou non, ne sont pas guérissables. La « gestion » thérapeutique des DAM implique pratiquement toujours l’obligation de faire comprendre au patient qu’il ne sera pas guéri, et qu’il aura à prendre des décisions concernant la gestion de sa situation.

Je suis peut-être prêt à admettre qu’on peut guérir d’un aphte ou d’une banale gingivite.

Benoît

drlegault

Petite précision: un disque déplacé implique automatiquement altération permanente du ligament postérieur, qui n’est pas élastique. Non guérissable.

François UNGER

Merci pour ces commentaires.
En fait on pourrait reposer l’interrogation initiale en remplaçant « guérir » par « soulager ». Cela change-t-il votre point de vue?

drlegault

“Soulager un malade n’a jamais constitué une preuve diagnostique ou thérapeutique”.
Et bien voilà!
Sinon, donnez-lui un cachet et hop guéri… jusqu’à demain.
Je blague mais c’est malheureusement un piège qui leurre beaucoup de nos confrères.
Amicalement,

drlegault

1- Ils ne peuvent pas guérir.
2- Leur a-t-on explique la cause de leur souffrance. Ou leur a-t-on poussé un plan de traitement dans la gorgé? Ce qui expliquerait leur réticences aux soins.
3- Pourquoi un patient souffrant voudrait-il vivre à nouveau une souffrance pour laquelle il est poussé à consulter?

Et je le répète, il ne va pas guérir. S’il ne veut pas être soigné (je n’ai pas dit guéri), on ne peut le forcer à le faire et on ne peut surtout pas essayer de le convaincre.

François UNGER

Cher Benoit,
qui peut expliquer « la cause de leur souffrance » aux patients? Pas nous assurément. C’est déjà bien de l’entendre.

drlegault

?!?!?!?
Tu n’as aucune idée? Sérieusement?
François, il y a des gens qui savent. Les entends-tu?
Il y a aura toujours une limite à notre connaissance, ce serait prétentieux d’affirmer le contraire. Mais ce que l’on sait à ce jour ne tient pas du mystère.

François UNGER

Je ne parle pas de mystère. Je dis siplement que la plupart d’entre nous ne savent pas mettre des mots sur leurs souffrances, d’autant plus que la souffrance implique toute la personnalité et tout le vécu; y compris des générations précédentes.
Les gens qui savent, que j’entends comme toi, ne disent que des choses bien partielles. Quand à remonter aux « causes des soufrances » cela me semble encore bien plus hypothétique que de remonter aux « causes » des DAMs. Mais peut être as-tu des solutions?

Gérard DUMINIL

Je vois que j’ai relancé le débat !
Dans certains cas les pathologies « expressives » comme le sont en partie les DAM sont pour certains une forme d’existence, un besoin de prise en charge, d’écoute qui va au delà du problème somatique. Et c’est là pour nous qu’est le danger. Nous devons limiter notre traitement à notre compétence odontologique sans nous laisser embarquer dans la gestion de la partie émotionnelle. Supprimer la souffrance de certains c’est aussi les priver de leur moyen de communication. La douleur a des dimensions complexes !

François UNGER

Entièrement d’accord avec toi Gérard. Même si la plus grande part des patients DAMs/occluso sont d’abord des gens qui cherchent un diagnostic clair. Notre rôle comme tu le dis est de rester dans notre domaine de compétence.

wytango

Bonjour
je suis avec intérêt les débats, qui tiennent plus de l’épistémologie que de la science dure, d’ailleurs.
Je rends également hommage ici au Pr Claude Valentin dont j’ai été l’élève et qui m’a beaucoup apporté, au sens de la dimension, à la fois médicale et scientifique, de ma pratique clinique.
Si l’on reprend les index d’Helkimo ( première étude épidémiologique sur les DAMs des années 1970) la distinction entre « signes » et « symptôme » est déjà faite.
Autrement dit les signes sont observés par le praticien et les symptômes sont ce que le patient ressent: une différence apparait déjà dans cette première étude et elle ne fait que se confirmer par la suite.
Il y a donc dans la maladie un aspect subjectif de l’état ressenti par le patient.
Cette question est approfondie par les sciences de la psycho-physiologie des comportements adaptatifs: plus clairement, les émotions sont l’aspect ressenti d’une réalité physiologique. Par exemple: tout le monde sait l’impact du stress sur l’immunité, les maladies auto-immunes ,etc…
Il s’avère que certains états émotionnels, consécutifs aux états dépressifs ou anxieux sont en lien avec l’homéostasie des neurotransmetteurs , provoquant selon les cas une hyperactivité végétative, une modification de la somesthésie…etc … un cortège de réactions et de troubles ( en particuliers douloureux) sur lesquels je ne m’étendrais pas.
Pour ces patients, il y une incidence émotionnelle dans l’ acte thérapeutique, la relation au patient est un facteur important de la guérison ( certains l’appellent: l’effet placebo) par son effet anxiolytique.
Cela est quelquefois un facteur déterminant pour un patient anxieux, focalisé sur son symptôme.
En tant que « Soignant », le praticien ne peut échapper à cette relation particulière à l’acte thérapeutique. La bonne solution est de se former à ce que l’on nomme « la relation thérapeutique ». Ce qui me parait essentiel si l’on estime pouvoir prendre en charge des patients DAMs; et cela sans tomber dans des pratiques « psy » ou autres ésotérismes.
De ce fait nous serions des « Mr JOURDAINS » de la thérapeutique si nous pensions
que seul “Guérir un malade constitue une preuve diagnostique ou thérapeutique” ,il y a une dimension humaine dans la guérison.
Une écoute et du bon sens sont les bases d’une bonne pratique.
Bonne journée

Leave a comment