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DTM et comorbidités : un modèle multifactoriel et multi-échelle #2

  1. Quel coût économique et social des DTM ? #1
  2. DTM et comorbidités : un modèle multifactoriel et multi-échelle #2
  3. Le projet OPPERA #3

Le problème est que la douleur oro-faciale est rarement une plainte isolée. En effet, Türp montre que plus de 81 % des patients rapportant une douleur oro-faciale, avaient d’autres douleurs en dehors du système trigéminal, mais que peu de patients mentionnent ces autres sources de douleur [1, 2]. De nombreuses conditions semblent coexister avec les DTM, notamment la fibromyalgie, le syndrome de fatigue chronique, les maux de tête, le reflux gastro-œsophagien, le syndrome du côlon irritable, ou encore le stress post-traumatique [3, 4]. Il convient d’identifier et de différencier les symptômes de ces états comorbides pour les patients souffrant de douleurs oro-faciales, de ceux qui recherchent des soins dentaires de routine. Si les vraies origines de la douleur ne sont pas révélées pendant l’évaluation clinique initiale, le pronostic peut être défavorablement affecté [5].

Maux de tête
Maux de tête

En 2006, le projet OPPERA (Orofacial Pain: Prospective Evaluation and Risk Assessment) financée par le National Institute of Dental and Craniofacial Research (NIDCR) visait à identifier les facteurs de risque de développement d’un trouble temporo-mandibulaire douloureux et à développer des traitements pour gérer les DTM associés à la douleur [6]. Une immense cohorte de 3 258 adultes sans DTM est suivie pendant plusieurs années, évaluant les caractéristiques génétiques, phénotypiques, biologiques, psychosociales, cliniques, l’état de santé et du sommeil. Sur la base des résultats de ces études, les enquêteurs ont présenté un modèle qui comprend des volets génétiques, physiologiques, environnementaux (fig. 1). On constate que de nombreuses conditions sont présentes dans la genèse, le déclenchement et l’entretien des DTM : anatomique, génétique, endocrinienne, inflammatoire, régulation de la douleur, anxiété, dépression, réponse au stress, somatisation, sommeil, etc.

Figure 1
Figure 1

1. Modèle physiopathologique des désordres temporo-mandibulaires (TMD en anglais).

Plus récemment, le NIDCR a financé une étude complémentaire, OPPERA II, dans le but d’approfondir les facteurs de risque pour le développement des DTM et comprendre leur relation avec les douleurs comorbides souvent rapportées, y compris le syndrome de l’intestin irritable, les maux de tête et le mal au dos. Un résumé des principales conclusions d’une décennie de recherche, la série d’études OPPERA, ont récemment été publiées.

Dos
Dos

Les personnes souhaitant obtenir plus d’informations les études OPPERA sont encouragées à visiter le site web du Journal of Pain :
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3857103/

Conclusion

Le NIH reconnait désormais les conditions de douleurs coexistantes caractérisées par un ensemble de troubles qui comprennent, mais sans s’y limiter, les DTM, la fibromyalgie, la vulvodynie, Ie syndrome de l’intestin irritable, la cystite interstitielle/douloureuse, le syndrome de la vessie, l’endométriose, les céphalées de tension chroniques, les migraines, l’encéphalomyélite myalgique, le syndrome de fatigue chronique, et des douleurs chroniques au bas du dos [7]. Prises ensemble, ces conditions sont appelées « conditions chevauchantes de douleur chronique ». Enfin, il est indispensable de sensibiliser les médecins et les chirurgiens-dentistes sur les tableaux cliniques des désordres temporo-mandibulaires et de leurs comorbidités, dans un devoir de santé publique.

Dans le post suivant, nous aborderons plus en détail le projet OPPERA.

BIBLIOGRAPHIE

  • [1] Lipton JA, Ship JA, Larach-Robinson D. Estimated prevalence and distribution of reported orofacial pain in the United States. J Am Dent Assoc 1993;124(10):115-21.
  • [2] Durham J, Shen J, Breckons M, Steele JG, Araujo-Soares V, Exley C, Vale L. Healthcare cost and impact of persistent orofacial pain: the DEEP study cohort. J Dent Res 2016;95(10):1147-54.
  • [3] Türp JC, Kowalski CJ, O’Leary N, Stohler CS. Pain maps from facial pain patients indicate a broad pain geography. J Dent Res 1998;77(6):1465-72.
  • [4] Türp JC, Kowalski CJ, Stohler CS. Temporomandibular disorders. Pain outside the head and face is rarely acknowledged in the chief complaint. J Prosthet Dent 1997;78(6):592-5.
  • [5] Hoffmann RG, Kotchen JM, Kotchen TA, Cowley T, Dasgupta M, Cowley AW Jr. Temporomandibular disorders and associated clinical comorbidities. Clin J Pain 2011;27(3):268-74.
  • [6] Slade GD, Ohrbach R, Greenspan JD, et al. Painful temporomandibular disorder: Decade of discovery from OPPERA studies. J Dent Res 2016;95(10):1084-92.
  • [7] Aaron LA, Burke MM, Buchwald D. Overlapping conditions among patients with chronic fatigue syndrome, fibromyalgia, and temporomandibular disorder. Arch Int Med 2000;160(2):221-7.
Pour en apprendre plus sur ces sujets, les auteurs sont également formateurs dans les instituts de formation continue suivant :

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