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ATM et occlusion dentaire: une étude de Mongini de 1977!

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Evaluation anatomique et clinique de la relation entre ATM et occlusion. F. Mongini, J. Prosthet. Dent. 1977,5:539-571

Le tissu osseux est l’objet d’un processus de remodelage, depuis la période de la croissance jusqu’à la mort, par le remplacement graduel de l’os primaire. Ceci peut conduire à des changements de forme qui peuvent être considérables. L’objet de cette étude est de savoir si des altérations occlusales peuvent conduire, ou non, à un remodelage de l’ATM, observable par la forme des condyles mandibulaires…Les questions suivantes seront à discuter:

  • le remodelage de l’articulation peut-il aboutir à des changements de forme et de fonction?
  • de tels changements sont-ils en relation avec les arcades dentaires et en particulier la perte des dents ou l’abrasion,
  • la position du condyle, quand les dents sont en OIM, influence-t-elle ce remodelage?
  • le condyle mandibulaire peut il se déplacer en arrière?

L’étude a été faite à partir de deux groupes de 100 crânes secs chacun. Le premier groupe était constitué de sujets avec des arcades complètes ou partiellement édentées. 600 coupes histologiques ont été faites pour chacun des deux condyles puis observées au microscope (X100). Le second groupe présentait des arcades dentaires complètes abrasées. La morphologie condylienne a été individuellement évaluée en termes de forme, extensions, direction des faces et angulation du diamètre transversal. Les facettes d’abrasion ont été identifiées sur les dents mandibulaires et notées en fonction de leur importance.

L’ensemble des matériels et méthodes de cette étude ainsi que les calculs réalisés sont accessibles en totalité par ce lien vers la photocopie de l’article original.

Les conclusions sont les suivantes:

  1. Il y a des remodelages extensifs de l’ATM pendant la vie adulte, aboutissant à des changement de forme
  2. Le degré de remodelage et la nouvelle forme imposée aux condyles sont précisément en relation avec les changements dentaires
  3. Des altérations caractéristiques de la forme des condyles peuvent être envisagés comme le résultat d’un déplacement condylien en OIM. Un déplacement postérieur symétrique apparait plus souvent chez les sujets âgés avec peu de dents. Les autres formes de déplacements sont causés par la perte d’une ou quelque dents, malocclusions diverses ou éruptions de dents de sagesse.(souligné par nous FU)
  4. La définition acceptée d’OIM n’apparait pas compatible avec le déplacement postérieur de l’un ou des deux condyles en OIM. Une distinction devrait être faite entre OIM fonctionnelle et OIM dysfonctionnelle.
  5. Le remodelage des condyles peut, dans une certaine mesure, être considéré comme une adaptation fonctionnelle de l’ATM à une nouvelle situation occlusale
  6. Ces observations vont à l’encontre de l’opinion selon laquelle les déterminants gnathologiques sont immuables dans le temps.
  1. Pensez vous que les facteurs occlusaux sont suffisamment pris en compte dans l’établissement des diagnostics d’ATM pathologiques?
  2. Peut-on considérer comme une OIM fonctionnelle celle qui établit simultanément centrage et calage mandibulaires? Et dysfonctionnelle celle qui ne le permet pas?

Comments

Guillaume GARDON-MOLLARD

Merci F.U de partager des articles aussi passionnant. D’aucuns diront que cet article est trop vieux mais je ne suis pas de ceux qui jugent la pertinence d’un article à son année de publication.
Mongini se pose ici les questions fondamentales de l’adaptation structurelle et fonctionnelle du système masticatoire. Comme tout système vivant, il dispose d’une vaste gamme de modalités adaptatives impliquant quasiment tous les composants du système. Ces adaptations peuvent être fonctionnelles et/ou structurelles en réponse à des modifications transitoires et/ou permanentes.
C’est effectivement parce que le système masticatoire est un système biologique qu’il capable de se modifier et il ne devrait jamais être considéré comme une entité rigide, figée et immuable. Les approches thérapeutiques dogmatiques qui pourraient en découler volent en éclat devant la grande variété des circonstances individuelles.
Le système masticatoire doit également être replacé dans le contexte global de santé physique et mental du patient. Car sa capacité à s’adapter est intimement liée à son bien-être général.
Je renvois le lecteur qui le souhaite à un autre article sur cette thématique de l’adaptation : Relationship Between Occlusion and Temporomandibular Disorders : Implications for the Gnathologist. R Slavicek. Am J Orthod Dentofacial Orthop 2011; 139(1):10-16.

François UNGER

Merci pour cette référence.
Le souci principal vient à mon avis que faute de pouvoir mettre scientifiquement en évidence des relations causales entre occlusion et DAM quelques chercheurs non cliniciens ont réussi à accréditer l’idée que ces relations n’existent pas. Ou marginalement, quand le contexte psycho-émotionnel peut aussi être évoqué. Mais ceux qui travaillent en bouche savent bien ce qu’il en est. Malheureusement les organismes sociaux suivent toujours les avis des experts théoriciens. Travaillons à pointer les insuffisances de ces experts sans tomber dans un interventionnisme catastrophique pour les patients.

andrejean64

Je connais bien les chercheurs non cliniciens et ton commentaire me fait un petit plaisir!
la difficulté vient aussi du fait que la relation causale « occlusion /Dam » n’est sans doute que très rarement, purement linéaire et c’est pourquoi les cartésiens parlent de poly-étiologies.
Cela peut être encore plus complexe et je pense à des phénomènes de dynamique non linéaire.
Alors, trouver une relation de cause à effet s’avère impossible!

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