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Orthèses de relaxation ? #11

La gouttière évolutive

La gouttière évolutive est une orthèse dont le concept a été proposé par Daniel Rozencweig en 1976. Dans le chapitre qu’il consacre à cette gouttière dans son ouvrage

Algies et dysfonctionnements de l’appareil manducateur – CdP Edit 1994, l’auteur souligne une vérité cardinale de l’utilisation des orthèses et que nous avons illustrée dans les posts de notre série « plans de morsure et gouttières » :

« N’oublions pas qu’en raison des algies ou des contractures musculaires, la relation centrée enregistrée, même avec grand soin, n’est vraisemblablement pas définitive. Très souvent, au fur et à mesure des réglages de la première séance, on constate des modifications spontanées de la position mandibulaire ».

Cette vérité correspond à l’observation la plus importante et la plus commune de tous les thérapeutes qui font appel aux orthèses de relaxation mandibulaire, quelles que soient leurs formes: celles ci doivent être le plus souvent réglées sur plusieurs séances pour obtenir une position mandibulaire détendue, reproductible; donc pour atteindre la RC reproductible. Rappelons encore ici que la RC n’est plus depuis des dizaines d’années la position condylienne la plus haute et la plus reculée obtenue par un effort du praticien, mais une position physiologique stable et relaxée de la mandibule donnée par le patient grâce au contrôle délicat de l’opérateur.

La gouttière évolutive se présente comme une gouttière maxillaire disposant d’un épaississement antérieur de canine à canine évitant toute interférence lors des mouvements mandibulaires dans le plan horizontal ; autrement dit, une sorte de plan de morsure antérieur. L’intérêt de ce dispositif est évident car il permet :

  • par le plan de morsure antérieur, d’obtenir une sédation rapide des contractions musculaires et donc une position mandibulaire détendue,
  • par le recouvrement des dents cuspidées d’éviter tout risque d’égression.

Reste alors à effectuer les réglages occlusaux sur l’ensemble de l’arcade au fur et à mesure du recul mandibulaire physiologique.

Il est important de noter que le réglage de la partie antérieure de la gouttière évolutive ne présente pas les difficultés pratiques telles qu’elles ont été illustrées pour le plan de morsure rétro-incisif de Jeanmonod. En effet cette partie antérieure, vise d’abord à créer les conditions d’une désocclusion postérieure immédiate avant de revenir aux classiques réglages d’une gouttière occlusale maxillaire.

Daniel Rozencweig nous avait fait l’amitié de rappeler comment était née sa gouttière évolutive :
« Pendant de nombreuses années, étaient effectués au cabinet la coulée immédiate des modèles et le montage sur articulateur semi adaptable avec arc facial et cire de relation centrée. Ce montage était transmis au laboratoire qui réalisait nos gouttières en résine cuite et les réglait avec appui occlusal généralisé, surface non polie. Au premier essayage nous observions que les gouttières reçues nécessitaient TOUJOURS des corrections pour retrouver les contacts généralisés en bouche. Les gouttières étaient ensuite réglées selon le mode opératoire de la gouttière évolutive.
A plusieurs reprises (urgences, patients venus de villes éloignées) nous avons été conduits à réaliser la gouttière au cabinet pendant que le patient attendait : montage sur simple occluseur avec une cire de relation centrée, plaque thermoformée avec adjonctions de résine autopolymérisable.
A chacune de ces situations, nous observions que les retouches à effectuer en bouche pour obtenir les contacts généralisés n’étaient pas plus nombreuses qu’avec les gouttières réalisées sur articulateur au laboratoire.
Très vite nous avons décidé de réaliser toutes nos gouttières au cabinet (par l’assistante) avec une exagération de la pente de désengagement au niveau incisivo-canin afin de disposer d’assez de matériau pour éviter toute interférence dans les mouvements mandibulaires du plan horizontal. Dans de rares cas, il nous a fallu rajouter extemporanément de la résine auto et polymériser sous pression.
Cependant, pour les cas nécessitant le port prolongé de la gouttière, après six mois, nous faisions réaliser une nouvelle gouttière en résine cuite au laboratoire. »
Pour toutes celles et ceux qui cherchent encore le meilleur moyen de répondre aux contractures musculaires mandibulaires, la voie de la gouttière évolutive est intéressante : le livre de Daniel Rozencweig dont le lien figure plus haut sera un atout complémentaire irremplaçable.

  • Avez-vous déjà utilisé la gouttière évolutive ?
  • Avez-vous lu le livre de Daniel Rozencweig sur les algies et dysfonctionnements de l’appareil manducateur ?

Commentaires

Guillaume GARDON-MOLLARD

Merci François de nous rappeler l’énorme contribution de Daniel Rozencweig à l’occlusodontologie en France. J’en profite pour le saluer chaleureusement ici car je sais qu’il nous lit.
Son ouvrage sur les algies et dysfonctionnements de l’appareil manducateur est un « must have » car après plus de deux décennies de débats scientifiques et techniques, on constate que presque tout y était déjà décrit avec la clarté et la pédagogie qu’on lui connait.
Je partage d’ailleurs complètement l’idée selon laquelle les gouttières de relaxation musculaire ou de protection nocturne n’ont absolument pas besoin d’être réalisées sur des modèles montés en articulateur avec arc et cire de RC.
La gouttière évolutive – successivement plan de morsure rétro-incisif et gouttière de recouvrement – est particulièrement efficace pour déterminer et stabiliser une position mandibulaire asymptomatique à condition de consacrer le temps nécessaire à ses réglages successifs.

François UNGER

Merci de ton commentaire qui souligne à juste titre notre dette envers Daniel Rozencweig. Il connait mon admiration et mon amitié pour lui.
Je voudrai aussi rebondir sur ce que tu dis: oui il faut consacrer le temps nécessaire aux réglages successifs des orthèses et je ne comprends même pas que des praticiens puissent considérer qu’il ont fait oeuvre de santé en mettant un bout de plastique entre des arcades sans les équilibrations successives qui vont avec. Comment les assureurs publics ou privés peuvent ils « prendre en charge » une orthèse qui ne serait pas régler? Ca me dépasse.

mdom

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