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Orthèses de relaxation #10 : Cas clinique particulier pris en charge avec un plan de morsure

Le plan de morsure de Jeanmonod est un dispositif remarquable par son efficacité en matière de relaxation des muscles masticateurs mais qui ne se prête pas trop à un port de longue durée. Voici donc le cas exceptionnel d’un plan de morsure maintenu en place un bonne quinzaine d’années.

Mademoiselle Julie W. a consulté encore adolescente mais ayant déjà subit de longues interventions dentaires : traitement ODF, extraction de prémolaires, et équilibration occlusale « sauvage » pour rétablir un calage approximatif. En réalité la situation était douloureuse, sur les dents elles mêmes, mais aussi aux niveaux crânien et cervical. La patiente était également de nature stressée.
Comment faire la part des choses sans en « rajouter une couche » de dentisterie dont cette jeune patiente avait déjà eu tant à souffrir ?
Un plan de morsure a été mis en place ; il met en évidence une position mandibulaire d’ORC pour laquelle la patiente note un grand soulagement de ses douleurs.

L’analyse occlusale dans la situation de confort (ORC) montre qu’une équilibration par soustraction pourrait se discuter ; bien qu’elle ne puisse en aucun cas se légitimer.

Nous avons comblé les zones postérieures édentées par un apport de résine (Orthèses de relaxation #5) . Le plan de morsure ainsi modifié a été maintenu en place pendant quelques semaines, le temps de vérifier le maintien du confort retrouvé. Cependant, la patiente refusant toute réévaluation orthodontique, et, le matériau résineux se prêtant mal à un maintien de longue durée en bouche, nous avons proposé de réaliser un dispositif avec des faces occlusales en or. Ce matériau dont la dureté est plus compatible avec surface dentaires antagonistes, permettait d’établir un calage précis et durable d’une plaque base de volume réduit et plus acceptable. Bien entendu la partie antérieure du dispositif a été aménagée pour recevoir un trottoir rétro-incisif en résine.

La patiente était satisfaite du dispositif. Nous nous contentions de réajuster ou de refaire la partie rétro-incisive lors de visites annuelles que la patiente, partie faire ses études dans d’autres villes, venait faire sans appréhension : nous avions rompu le cycle infernal de son surtraitement dentaire.
Le dispositif est resté plus de 15 ans en place. Après son mariage, souhaitant se séparer de cet appareil amovible qu’elle ne portait plus que la nuit, nous avons réalisé une simple gouttière mandibulaire à porter à la demande en fonction des situations de stress. Nous avons suivi cette patiente intelligente et courageuse pendant une trentaine d’années au total, en respectant son souhait de ne pas se lancer dans des soins importants. Jusqu’à quand ce point de vue pourra-t-il être respecté ?

  1. Quelles auraient pu être les autres prises en charge à l’époque de ce plan de morsure (début des années 80) ?
  2. Comment arbitrer entre un traitement invasif de bon pronostic, et un traitement à minima, souvent plus aléatoire, que souhaite un patient ?

Commentaires

Bonjour François,
Ton cas clinique me fait réagir car la démarche intellectuelle, diagnostique et thérapeutique est exemplaire (et cela n’a rien à voir avec l’ancienneté du cas!)
En premier lieu, tu le sais, j’adhère totalement à la méthodologie proposée par Jeanmonod pour déterminer la position mandibulaire de référence.
On aurait aimé que la patiente accepte de reprendre un traitement ODF (traitement au combien préservateur) qui, couplé à ton analyse occlusale aurait pu être mené de manière cohérente.
Aujourd’hui, grâce aux progrès de l’adhésion et des nouvelles céramiques, on aurait pu imaginer des solutions d’équilibration additive (overlays, table-tops, composites…) qui auraient pu répondre aux impératifs de préservation tissulaire.

Quoi qu’il en soit, ton cas clinique montre parfaitement qu’il n’y a pas qu’une seule et unique méthode de traitement. Ta solution, en accord avec la compliance de la patiente, ne me choque pas le moins du monde.
Ce qui me choque en revanche, c’est l’aveuglement des pouvoirs publics en matière de santé bucco-dentaire, qui, en voulant nous imposer des méthodes de traitement et des honoraires standardisés et uniformisés, refusent de voir que chaque situation clinique est unique et nécessite très souvent de trouver des méthodes de traitement adaptées…

Merci pour ce partage.
Amitiés.
Guillaume.

Jean-Daniel ORTHLIEB

bonjour François et Guillaume
François parle de « plan de morsure a été mis en place ; il met en évidence une position mandibulaire d’ORC  »
Guillaume dit « j’adhère totalement à la méthodologie proposée par Jeanmonod pour déterminer la position mandibulaire de référence. »
est ce que vous parlez de la même chose ?
amitiés
jd

François UNGER

Il me semble que oui si Guillaume considère que la position obtenue par le plan de morsure correspond à une position mandibulaire détendue, sans contrainte articulaire et permettant le confort et les fonctions mandibulaires. C’est ce que nous appelons RC je pense, loin de la vieille définition qui voulait que cela corresponde à la position articulaire forcée vers l’arrière. Qu’en penses tu?
Amitiés

Guillaume GARDON-MOLLARD

Bonjour Jean-Daniel,
En effet, nous parlons de la même chose!
Personnellement, je préfère la notion « de position mandibulaire de référence » plutôt que de « RC ». La RC n’étant vraisemblablement une position ultra-précise mais plutôt, en raison de la laxité des structures articulaires, une « zone » où les fonctions peuvent se faire de manière acceptable.
De plus, la définition de la RC stricto sensu exclue les situations de désunions, totales ou partielles, de l’ensemble condylo-discal.
Bien à toi.

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