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PEEK, PEKK et autres PEAK : les nouveaux matériaux en prothèse implantaire

Dans un précédent post, ont été présentés les résultats cliniques d’une prothèse implantaire réalisée sur une infrastructure PEKKTON®. La rubrique des commentaires a permis à certains de s’interroger cette nouvelle génération de biomatériaux.

De nombreux domaines technologiques tels que l’aviation, l’aérospatiale, la médecine et la chirurgie orthopédique, sont à la recherche de nouveaux matériaux qui présentent des propriétés améliorées permettant de palier aux inconvénients des anciennes générations de matériaux.

En prothèse dentaire, l’utilisation des métaux a posé des limites de biocompatibilité et d’esthétique, ce qui a conduit au développement des nouvelles céramiques poly-cristallines. Parmi elles, la zircone, bien que biocompatible et très résistante, pose des problèmes cliniques en raison de sa rigidité face aux contraintes occlusales et de son comportement à long terme en milieu aqueux.

Cela a conduit la recherche à s’intéresser aux polymères haute performance. Les plastiques vont-ils révolutionner la prothèse dentaire ?

peak_prothese_implanataire

Les nouveaux matériaux dont il est question sont regroupés dans famille des PAEK (PolyArylEtherCetone) qui sont des thermoplastiques présentant de très hautes performances.
Le PEEK (PolyEtherEtherCetone) est le plus connu et le plus utilisé mais c’est à présent la variante PEKK (PolyEtherCetoneCetone) qui représente ce qui se fait de mieux en matière de PEAK.

Les caractéristiques du PEKK sont :

  • module d’élasticité proche de celle de l’os et de la dentine,
  • résistance à la pression, à la torsion, à la fatigue,
  • stabilité dimensionnelle,
  • résistance à l’usure et à l’abrasion,
  • stérilisable,
  • non cytotoxique,
  • radio-opaque.

Les tests réalisés sur le PEKK montrent donc que son utilisation en prothèse dentaire est possible pour des armatures de couronnes et de bridge, aussi bien dento-portées qu’implanto-portées.

A lire également : Bridge de 3 éléments scellé en Pekkton® ivory.

Dans la deuxième partie de cet article, nous verrons quelles sont les solutions de mise en oeuvre de ces matériaux au laboratoire de prothèse.

Pour aller plus loin : brochure PEAK de la société Cendres et Métaux ;

  • Disposez-vous d’une expérience ou d’informations sur ces nouveaux matériaux ?
  • Vous semblent-ils fiables ?
  • Seriez-vous prêt à les utiliser pour vos patients ?

Commentaires

holeinone

Personnellement, je me suis deja intéressé à ce matériau peu connu qui me semble présenter de nombreux avantages tout en étant très fiable et est même utiliser en chirurgie prothétique avec d’excellents résultats.
Il semble en plus particulièrement intéressant pour l’implantato.
Sur l’infrastructure ainsi faite dans ce matériau (par usinage ou technique pressée) le prothésiste va monter du composite qui permet d’avoir un rendu esthétique identique aux céramiques stratifiées.
En cas de casse, le dentiste peut rajouter facilement du composite ce qui est particulièrement intéressant pour un bridge antérieur.
Par contre j’ai 2 soucis auxquels je souhaiterais une réponse :
– Sur le devis, je devrai mettre que c’est en composite !!! (Je ne peux pas écrire « céramique »!). Les patients ayant l’habitude d’entendre le mot céramique plutôt que composite vont se poser quelques questions ! Est ce bien ? Pourquoi c’est aussi cher que la ceramique ?
Sî le prix est plus faible que la ceramique, je risque de voir mon chiffre d’affaire baisser car les patients opteront pour çà ! Je ne pense pas que les cabinets en France puissent se permettre de voir leur CA prothétique baisser car ce ne sont malheureusement pas les soins qui nous font vivre…
Sî le prix est le même que la ceramique, je pense que les patients auront l’impression qu’on essait de diminuer les coûts sans leur en faire profiter, et risquent de nous prendre pour des « escrocs »…
– Le plus gros souci est pour moi le rapport avec la sécu !
N’étant pas un « équivalent minéraux », il ne peut donc pas etre côté HBLD036. Le faire serait se mettre en grand risque vis à vis de la sécu (et éventuellement les mutuelles) car nous aurions côté un acte non conforme, donc risque de remboursement d’indus et éventuelle sanction disciplinaire…
N’est ce pas prendre un gros risque ???
En conclusion je pense que ce matériau est extrêmement intéressant mais que malheureusement en France, il va être (dans l’état actuel de la ccam) impossible d’en faire car soit on se met en danger face à la sécu, soit on fait payer en hors nomenclature avec zéro remboursements pour le patient….

Cher holeinone,
Merci pour ces éléments de réflexion inattendus et les questions essentielles que vous posez.
Dans la deuxième partie de cet article nous verrons la mise en oeuvre de ces matériaux au laboratoire et j’espère que nous aurons l’occasion de discuter ensemble (et avec les maitres prothésistes) des options, des méthodes et des coûts.
Mais dans l’immédiat, la problématique que vous évoquez est pertinente à plus d’un titre :
– elle témoigne de la disparition progressive et bientôt totale de la liberté de prescription du praticien,
– elle témoigne de la terreur que font régner les organismes sociaux (Sécurité Sociale en tête) sur les praticiens,
– elle témoigne du fossé, sans cesse grandissant, qui sépare l’innovation technologique du cadre réglementaire lent, étroit, rigide et sclérosé de la CCAM.

Votre phrase « …car ce ne sont malheureusement pas les soins qui nous font vivre… » glace le sang car elle est d’une cruelle réalité.
Je vous rejoins dans votre analyse (et dans vos craintes) et je vous remercie une nouvelle fois pour la qualité de ce commentaire.

mathieu

Dr Gardon-Mollard, bonjour.
Merci pour cet article. De quoi « stimuler » ma pratique quotidienne.
Je cherche moi aussi, à proposer des traitements avec plus d’économie tissulaire (gradiant thérapeutique) et financière (plus accessible),
1) est ce qu’un bridge PEKK collé postérieur est possible ? (Économie tissulaire) J’ai vu dans un autre post que l’armature peut se mordancer à l’acide Fluorohydrique.
2) est ce qu’un bridge PEKK monobloc + maquillage est possible, càd sans stratification ? (Économie financière)

Merci pour vos réponses et votre curiosité contagieuse.

Bonjour Mathieu,
et merci pour ces très bonnes questions.
N’étant pas un expert dans le domaine de ces nouveaux matériaux, je vais essayer de raisonner à partir des notions dont je dispose en espérant qu’un praticien ou un prothésiste puisse apporter des précisions issues de sa propre expérience…
– Le collage semble en effet possible avec ce matériau. Je joins un lien contenant plusieurs publications dont celle de Furhmann et coll. qui a étudié les différentes modalités de collage des PAEK : http://www.cmdental.fr/medias/files/publications-pekkton-2014.pdf
Cela lu, j’aurais personnellement tendance à prendre quelques précautions légitimes pour réaliser un bridge collé postérieur : contexte occlusal favorable, absence de parafonctions, forme des préparations, limitées à l’émail, épaisseurs suffisantes de matériau au niveau des connexions… Enfin, reste à savoir si les valeurs d’adhésion sont équivalentes aux céramiques actuellement utilisées… La question reste ouverte…
– La question d’éléments monobloc maquillés est également délicate. De ce que j’ai pu observer dans l’iconographie des articles publiés, c’est peut être possible à condition que le patient ne soit pas du tout exigeant en termes esthétiques. Ce sera toujours mieux qu’un élément coulé métallique mais quand même…

Je suis heureux de voir que ce matériau suscite l’intérêt et la curiosité des confrères. Que tous ceux qui souhaitent apporter leurs retours d’expérience ou les informations dont ils disposent le fassent sans hésiter.

toto

Bonjour,

Un des prothésistes avec lesquels je travaille m’a déjà proposé des couronnes implanto-portées en composite (stratifié ou dent du commerce) sur une sous-structure en PEEK, matériau qui peut aussi servir d’alternative au métal pour les armatures de stellite ; noter cependant qu’un bruxeur (comme mon beau-père) peut détruire une telle armature en 6 mois, bien plus vite qu’avec une armature en métal coulé).
Pour les éléments individuels, nous en sommes à faire des sous-structures en PEEK avec un cosmétique en céramique e-MAX (ainsi, il s’agit bien d’une couronne en équivalents minéraux, même si elle est moins facile à réparer qu’un composite).
Un autre prothésiste m’a passé un lien vidéo présentant les armatures en PEKK, matériau qui semble très intéressant. Reste à savoir si les machines qui permettent d’injecter le PEEK pourront aussi réaliser des armatures en PEKK, sinon double dépense et affaiblissement de la motivation des prothésistes à investir, de même que je ne suis pas pressé de suivre la dernière pub de Sirona pour les couronnes full-zircone au cabinet (à condition de changer d’usineuse, la mienne a 5 ans et est encore en cours de leasing, et d’acquérir un nouveau four) pour ce qui restera une chappe en zircone avec une translucidité et donc un rendu esthétique des plus limités.
Donc, j’attends avec impatience la suite de cette communication.

Bonjour toto,
et merci de partager votre expérience avec tous les lecteurs de ce blog.
Je rejoins votre appel à la prudence sur le patient para-fonctionnel et je trouve très justes les remarques que vous faites fort sur l’équipement que nécessitent ces avancées technologiques.
Pourriez-vous SVP nous détailler les modalités de collage de l’E-max sur les infrastructures PEEK? Je ne savais pas méthode possible.
Vous est-il également possible de nous transmettre le lien vers la vidéo dont vous parlez?
Un grand merci pour votre envie d’alimenter cette discussion très instructive.
GGM.

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