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Irrigation canalaire : quelle place pour l’irrigation finale ?

Une fois la mise en forme canalaire réalisée et le(s) maître(s) cône(s) ajusté(s), il est tentant de réaliser rapidement l’obturation canalaire. Pourtant, il est capital de ne pas négliger la phase d’irrigation finale.

Les évolutions des techniques de préparation canalaire et la réduction du temps nécessaire à la mise en forme ne doivent pas faire perdre de vue les aspects essentiels du traitement que sont le nettoyage et la désinfection. Ainsi, la mise en forme n’est pas un but en soi mais bien un moyen de permettre la pénétration optimale des solutions d’irrigation et médications temporaires puis la mise en oeuvre d’une obturation tridimensionnelle étanche. Les méthodes de préparation actuelles laissent environ 35 % des surfaces canalaires non préparées [1] et l’action mécanique  des instruments ne permet pas à elle seule de réduire de manière acceptable la quantité de micro-organismes présents dans les canaux. D’autre part, la complexité du système endodontique est telle qu’une portion importante de celui-ci est inaccessible à l’instrumentation mécanique. Il est donc nécessaire d’y adjoindre l’action d’un agent désinfectant, et l’hypochlorite de sodium (NaOCl) utilisé à des concentrations d’environ 2,6 % (meilleur compromis toxicité/efficacité) reste à ce jour la solution d’irrigation principale de référence de par son excellent pouvoir antiseptique et sa capacité de dissolution des tissus organiques [2].

La phase de préparation canalaire s’accompagne cependant de la formation de boue dentinaire, enduit composé de débris organiques et inorganiques qui ne peut être éliminé par NaOCl seul. Les études disponibles semblent s’accorder aujourd’hui sur la nécessaire élimination de ce film hétérogène et ce pour plusieurs raisons :

  • il est susceptible de contenir des bactéries et de faire office de substrat bactérien,
  • compacté dans les isthmes et tubuli pendant la mise en forme, il limite l’accès des solutions d’irrigation au réseau canalaire secondaire (canaux accessoires, isthmes) et peut protéger des manœuvres de désinfection des micro-organismes sous jacents,
  • il pourrait nuire à l’étanchéité de l’obturation [3].

L’élimination de la boue dentinaire se fait au moyen d’agents chélatants déminéralisants appliqués après la mise en forme. Le plus utilisé à ce jour est l’EDTA en solution (7% à 17% pour un temps d’action moyen de une minute), mais celui-ci peut être substitué par de l’acide citrique à 10%. Une fois les parois canalaires débarrassées de cet enduit pariétal, un agent antiseptique (NaOCl ou  chlorhexidine) pourra alors être utilisé en rinçage final en association avec des moyens d’agitation avant de procéder à l’obturation canalaire.

Il s’agit donc de ne pas précipiter l’obturation et de donner une vraie place à la phase d’irrigation post préparation, étape à part entière du traitement endodontique associant un agent chélatant et un agent antiseptique dans l’objectif :

  • de majorer la pénétrance des solutions d’irrigation
  • de favoriser l’antisepsie mais aussi la dissolution des débris organiques et inorganiques présents dans les zones non instrumentées et non instrumentables,
  • de préparer le système endocanalaire à l’obturation.

Cas clinique 1 :

Cas clinique 2 :

Etes-vous convaincus de l’intérêt de l’irrigation ?
Eliminez-vous la boue dentinaire en fin de mise en forme canalaire ?
Combien de temps consacrez-vous à la phase d’irrigation finale ?

Commentaires

renaud

Bonjour,
Après séchage, je passe de l’edta à 15% + activation maître cône pendant 1 minute.
Je sèche avec des cônes de papier.
Rinçage final 3 cl par canal de naocl à 2,4% + activation pendant 1 minute.
Si on ne sèche pas entre l’edta et la naocl ou entre le naocl et l’edta, peut-il y avoir des conséquences sur l’efficacité des solutions utilisées?
Bonne journée.

tarekb

en fin de prépa,EDTA pendant 1 min,puis rincage à l’Hypo 2.5% activée avec un cône de Gutta

François BRONNEC

L’EDTA diminue l’action de l’hypochlorite. Il y a donc un avantage à ne pas faire cohabiter les deux solutions. Plutôt que de vider le canal de son contenu (ce qui entraîne le risque de créer une colonne d’air dans le canal, les bulles d’air sont difficiles à éliminer dans un canal qui s’apparente à un tube capillaire), il est préférable de jouer sur le volume de solution lors du rinçage final avec l’hypochlorite (action de rinçage qui va diluer la solution précédente) et d’activer la solution avec un cône de gutta qui aura pour effet de déplacer coronairement un volume quasi équivalent au canal. En combinant les deux, rinçage puis activation, tu évites de faire cohabiter des solutions potentiellement antagonistes.

renaud

Merci pour cette réponse qui amène une nouvelle question : quel est le risque d’une colonne d’air dans le canal?
Autre question : existe t’il une différence significative d’efficacité entre une solution edta à 15% et une à 17%?
Merci d’avance.

Maud Guivarc'h

Bonjour,

Merci François pour cette réponse on ne peut plus claire. Le « risque » d’une colonne d’air est de rendre difficile la pénétration complète des solutions dans le canal et particulièrement dans la zone apicale qui est une zone stratégique en matière de désinfection. Hors les solutions pour agir doivent être en contact direct avec les parois canalaires. Pour ce qui est de l’efficacité des solutions d’EDTA, il n’y a pas de différence d’efficacité significative entre ces deux concentrations, certains auteurs proposant d’ailleurs des concentrations encore plus faibles.

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