Naviguer / Chercher

Attention à la dysmorphophobie

Le lien très net entre esthétique et santé fait que la demande et les besoins esthétiques de nos patients doivent être pris en compte et analysés. Les motifs esthétiques de consultation augmentent et les solutions de traitement également; cependant, il existe des cas où l’abstention thérapeutique est préférable :

  • cas des patients qui privilégient l’esthétique au détriment de leur santé (mauvaise hygiène, gros fumeur, demande de soins esthétiques sans réhabilitation des dents postérieures…)
  • cas des patients qui ne peuvent pas percevoir le bénéfice de l’intervention esthétique (patient dépressif, sénile, dément….)
  • cas des patients dont la demande est l’expression d’un trouble psycho-pathologique. C’est le cas de la dysmorphophobie ou peur de la dysmorphose corporelle. La dysmorphophobie est une préoccupation concernant un défaut imaginaire de l’apparence physique. Si un défaut physique est apparent, la préoccupation est démesurée et à l’origine d’une souffrance et/ou une altération du fonctionnement. Les zones concernées se situent surtout au niveau du visage et les patients atteints de ce trouble mental sont amenés à rechercher des traitements de chirurgie maxillo-faciale, de chirurgie plastique, de dentisterie et d’orthodontie.

Caractéristiques des patients dysmorphophobes :

Le « défaut » physique est une idée fixe ; il est constamment observé dans les miroirs et finit par provoquer une altération de la vie sociale et professionnelle.

Comment dépister ce type de patient ? 4 signes d’alerte doivent évoquer un patient dysporphophobe :

  • Une souffrance disproportionnée par rapport au défaut physique évoqué.
  • Une préoccupation qui cause des perturbations dans la vie sociale ou professionnelle du patient.
  • De nombreuses consultations dans le passé médical du patient.
  • Un patient secret et réticent ou au contraire intrusif et se présentant à la consultation avec des photos visant à « prouver » l’existence du défaut physique.

Un simple questionnaire permet de confirmer le diagnostic :

 OuiNon
Pensez-vous beaucoup à votre apparence physique en ce moment? Quels traits du visage vous gênent?
Avez-vous le sentiment que vos traits sont laids ou peu attrayants ?
A quel point pensez-vous que les gens remarquent vos traits physiques?
Sur une journée moyenne, combien d'heures passez-vous à observer vos traits physiques?
Vos traits physiques vous font-ils beaucoup souffrir ?
Combien de fois par jour vérifiez-vous vos traits (dans un miroir, une surface reflechissante, ou avec vos doigts)
A quelle fréquence vos traits physiques vous angoissent lors de situation sociales? Vous amènent ils à éviter des situations sociales?
Vos traits physiques ont ils déjà eu un effet sur vos relations amoureuses?
Vos traits physiques ont ils déjà eu un effet sur votre capacité à travailler ou à étudier?
Une majorité de réponses positives à ce questionnaire indique une tendance à la dysmorphophobie.

D’après une étude épidémiologique, la prévalence de ce trouble somatique augmente dans la population des patients qui consultent pour des soins de médecine ou de chirurgie esthétique : 7 à 8% contre 1 à 3% dans la population générale. Mais en psychopathologie, la frontière entre le normal et le pathologique est parfois difficile à repérer car la bascule entre l’un et l’autre peut se faire en fonction des événements de vie. Le traitement esthétique irréversible sur un patient à tendance dysmorphophobique risque de s’avérer décevant et le faire basculer dans la pathologie.

L’évaluation psychologique du patient ayant une demande esthétique spécifique est donc très importante et doit s’inscrire dans une démarche diagnostique globale. Lorsque la peur de la dysmorphose est repérée et diagnostiquée il faut garder à l’esprit que le traitement, quel qu’il soit, ne résoudra pas le problème et ne fera que l’aggraver en générant de nouvelles obsessions. Il faut absolument s’abstenir d’intervenir et se tenir à cette décision malgré les insistances du patient. Un dialogue franc et prudent doit s’instaurer avec le patient afin de l’orienter vers une prise en charge psychologique, voir psychiatrique, de ce trouble psycho-somatique.

Pour en savoir plus :

Logo The Dentalist

Cet article a été initialement publié sur le site The Dentalist, site gratuit destiné aux chirurgiens-dentistes et aux étudiants en chirurgie-dentaire. Il contient des informations et des réflexions basées sur les trois grands volets de la pratique médicale : Clinique, Relationnelle et Intellectuelle. www.thedentalist.fr

Laisser un commentaire