Naviguer / Chercher

Ulcérations : un défi diagnostique et thérapeutique #3

Présentation du cas clinique

Un patient âgé de 56 ans, n’ayant jamais fumé, consulte en urgence pour une douleur gingivale prononcée apparue 48 heures auparavant et qui l’empêche d’assurer son hygiène bucco-dentaire. Le patient est suivi régulièrement depuis 15 ans en maintenance parodontale pour une parodontite chronique, généralisée, superficielle qui reste stable. À l’interrogatoire médical, le patient déclare ne pas avoir changé ses habitudes de vie depuis toutes ces années et se dit toujours en bonne santé générale. Il avoue être « juste un peu stressé et fatigué » en raison de ses occupations professionnelles. L’examen clinique permet d’observer :

  • en exo-buccal, la présence d’une ecchymose sous l’œil droit d’apparition non expliquée,
  • en endo-buccal, la présence d’une inflammation gingivale sévère notamment au niveau des secteurs antérieurs, caractérisée par des papilles ulcéronécrotiques et hémorragiques au contact, associée à une adénopathie sous mandibulaire droite douloureuse à la palpation.

Hypothèse diagnostique

Deux hypothèses diagnostiques sont compatibles avec le tableau clinique :

  • soit le patient présente une parodontite ulcéronécrotique qui s’est développée dans un contexte passager de stress et de fatigue sur un terrain de parodontite chronique,
  • soit l’état général du patient s’est altéré à son insu et les atteintes papillaires reflètent l’installation d’une immunodépression. L’existence d’une ecchymose cutanée renforce cette suspicion.

Conduite à tenir

  • Prescription d’une antibiothérapie pendant 7 jours (amoxicilline 1,5 g/j + métronidazole 1,5 g/j), d’un antalgique (paracétamol 1 g 3x/j jusqu’à l’arrêt des douleurs), d’un bain de bouche et d’un gel en remplacement du dentifrice à base de chlorhexidine à 0, 12 % (3x/j).
  • Prescription d’une NFS afin de détecter ou d’éliminer une hémopathie (agranulocytose, neutropénie, thrombopénie, anémie…).
  • Prescription des tests VIH1 et 2. La primo-infection par le VIH instaure en effet un état d’immunodépression propice au développement des maladies parodontales ulcéronécrotiques.
  • Réévaluation de la situation à 48h et début des soins parodontaux non chirurgicaux.

Résultats

Les tests VIH 1 et 2 étaient négatifs. En revanche, la NFS a permis de détecter une anémie macrocytaire, une hyperleucocytose et une neutropénie. Le patient a été adressé en urgence vers un service hospitalier d’hématologie. Les examens complémentaires ont permis aux médecins d’établir le diagnostic de leucémie aiguë myéloblastique.
Une maladie parodontale ulcéronécrotique impose de s’enquérir du statut immunitaire du patient.

Laisser un commentaire