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Réhabilitation prothétique dentaire sur implants après une chirurgie carcinologique #2

Prothèse amovible

Il s’agit d’une prothèse partielle ou complète, squelettée ou non, qui est soit de transition (mise en place en post opératoire précoce), soit définitive d’usage.
La présence de dents restantes est primordiale pour la stabilisation de ce type de prothèse.
Etant amovible, elle a l’avantage d’avoir un entretien facile, d’être peu coûteuse et de permettre une surveillance carcinologique de la muqueuse plus aisée.

Néanmoins les patients se plaignent souvent de l’instabilité de la prothèse et de leur adaptation difficile.
Différentes raisons peuvent expliquer les échecs de ces prothèses :

  • la rétention de la prothèse qui est compromise par la xérostomie et également par la reconstruction osseuse. Cette reconstruction entraine une modification des rapports anatomiques comme par exemple l’absence de vestibule mandibulaire,
  • les brûlures muqueuses post-radiques qui provoquent un inconfort lors du port de la prothèse,
  • les troubles de perception en lien avec la chirurgie ou la radiothérapie qui aboutissent à des attitudes vicieuses et des malpositions (positionnement lingual, latéro-déviation lors de la mastication…),
  • L’élasticité tissulaire (linguale, muqueuse et cutanée) qui est altérée entrainant des contraintes importantes.

Dans un tel contexte, la prothèse conventionnelle a une place limitée. Le recours à l’implantologie s’avère parfois être la seule solution.

Réhabilitation par prothèse implanto-portée ou implanto-stabilisée

Cas 1

Cas 2


L’utilisation de l’implantologie dans la réhabilitation prothétique nécessite une réflexion multidisciplinaire et une sélection rigoureuse des patients. Les facteurs les plus importants étant la motivation de ce dernier, son degré de compréhension des consignes et sa capacité à maintenir une hygiène adéquate.

Réhabilitation implanto-prothétique et remboursement

La prise en charge des implants supports de prothèses dentaires amovibles pour les patients atteints d’une tumeur de la cavité buccale ou des maxillaires, a été officiellement validée par décision de l’U.N.C.A.M parue au Journal Officiel le 27 novembre 2013. Cette prise en charge fait l’objet du point 25.5 du Plan Cancer. Elle est applicable à compter du 27 décembre 2013*.
La prise en charge ne concerne que les plans de traitement implanto-stabilisé (quatre implants maxillaire et/ou deux implants mandibulaire au maximum).
La prescription nécessite une réunion de concertation pluridisciplinaire associant un chirurgien maxillo-facial, un radiothérapeute et un stomatologue ou dentiste. Elle est limitée aux cas où la rétention et la stabilisation d’une prothèse adjointe ne peuvent être assurées que par la pose d’implants intraosseux intrabuccaux.
Les traitements implanto-portés, permettant de recréer une véritable denture fixe artificielle, ne sont quant à eux soumis à aucun remboursement et font l’objet de devis comme tout autre traitement implantaire du patient standard.

Réhabilitation implanto-prothétique et schéma implantaire

Il n’existe pas de véritable consensus concernant le schéma et le timing implantaires des lambeaux micro-anatomosés. Différents schémas sont utilisés par les services.

Mais on peut distinguer 4 types de mise en charge de l’implant :

  • la mise en charge conventionnelle ou deux temps chirurgicaux, consistant en une mise en fonction des implants après une période de cicatrisation de trois mois à la mandibule et de six mois au maxillaire,
  • la mise en charge précoce, où la prothèse est mise en place dans un délai variant de deux à vingt et un jours après la pose de l’implant,
  • la mise en charge immédiate (un temps chirurgical), où la prothèse est mise en fonction dans les deux jours suivant la pose de l’implant,
  • la mise en charge retardée, où les délais de mise en place de la prothèse dépassent les trois à six mois conventionnels.

Réhabilitation implanto-prothétique assistée par ordinateur

Grâce aux nouvelles technologies et aux stimulations préopératoires sur ordinateur, il est maintenant possible sur des lambeaux osseux micro-anastomosés de prévoir et de préciser le positionnement des implants grâce à des guides de pose d’implants faits sur mesure.

Réhabilitation implanto-prothétique et radiothérapie

La plupart des chirurgies carcinologiques sont suivies d’une radiothérapie adjuvante.
Il n’y a aucun consensus entre le délai de fin de radiothérapie et la pose des implants. Cela varie en fonction des équipes. Néanmoins, l’étude de Niimi et al** suggère un délai entre 6 et 24 mois après la radiothérapie, intervalle de temps où il existe un phénomène de néoangiogénèse active pouvant favoriser l’ostéointégration.

Conclusion

D’après Bodard et al***, la survie des implants dans les suites d’une reconstruction carcinologique est de 88,2 à 99 %, qui est un taux comparable à celui d’un tissu sain.
Il est donc indispensable d’envisager après toutes chirurgies carcinologiques, lorsqu’il est nécessaire, une réhabilitation implanto-prothétique après concertation pluridisciplinaire.

Dans la mesure où les implants, en maintenant stables les prothèses, ont radicalement changé les perspectives fonctionnelles des patients réhabilités en carcinologie (l’absence de sillon vestibulaire, brides muqueuses autant que les rétractions labiales rendant les prothèses adjointes particulièrement instables

  • Comment concevez-vous le suivi et la maintenance de ce type de prothèse en pratique de ville ?

Commentaires

pluton

Bonjour,
Sujet extrêmement intéressant, même s’il concerne certainement très peu d’omnipraticiens, mis à part peut être un peu de maintenance et suivi implantaire.
Comme vous le soulignez, les possibilités de planification numérique permettent maintenant de faire des petits miracles et d’apporter aux patients un réel confort
Savez-vous que vous pouvez aller encore plus loin? je veux dire, savez vous qu’il est possible d’avoir simultanément une aide dans la planification de la reconstruction faciale, du prélèvement de la greffe, jusque dans la pose des implants ET de la prothèse, le tout dans une seule et unique chirurgie?
Ne vous semble-t-il pas intéressant pour le patient, de n’avoir qu’une seule et unique intervention?

Si oui, je vous donne le lien de cette petite société, Française, dont le patron (un prothésiste de génie) a élaboré un système de guide qui sort réellement du lot, compatible avec tous les systèmes d’implants et qui peut vous réaliser une vraie mise en charge immédiate (le patient a sa prothèse en fin de chirurgie) dans ces conditions
http://www.positdental.com/cariboost1/
Il a de plus beaucoup d’expérience dans le domaine, travaillant déjà avec des équipes maxillofaciales françaises

cordialement

Benoît PHILIPPE

Merci pour ce commentaire averti. Je vais bien sûr m’intéresser à cette technologie et au « savoir faire » de son initiateur. Il peut aussi me rencontrer pour mieux me faire découvrir son travail… Amicalement-web votre … Benoît Philippe

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