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Implants courts ou implants standards ? #2

Il a été présenté dans le post précédent deux patients présentant un édentement unitaire avec un support osseux limité.
Le traitement retenu pour ces deux patients était une couronne unitaire supportée par un implant court.

La définition de l’implant court a longtemps fait débat dans la littérature scientifique : on a évoqué le terme d’implant court notamment à partir d’une longueur inférieure à 11 mm (Strietzel et al. 2007), inférieure à 10 mm (Morand et al. 2007), inférieure ou égale à 8,5 mm (Renouard et al. 2005), inférieure à 8 mm (Srinivasan et al. 2012).
Très récemment, la conférence européenne de consensus sur les implants courts (Neugebauer J et al. 2016) a défini les implants courts comme ayant une longueur inférieure ou égale à 8 mm et un diamètre supérieur ou égal à 3,75mm et les implants ultra-court comme ayant un diamètre inférieur à 6 mm. Ces implants doivent être utilisé s’ils permettent d’éviter une procédure de greffe osseuse c’est à dire lorsque l’os vertical disponible est limité par des obstacles anatomiques (sinus maxillaire et nerf mandibulaire) et empêchant la pose d’implants standards (supérieur à 8 mm).
D’après Thoma et al. en 2017, la décision entre « implants courts » et « augmentation osseuse + implants standards » est basée sur plusieurs paramètres : évidence scientifique, compétences chirurgicales, expérience du chirurgien et de plus en plus les préférences du patient. En effet, une revue de la littérature conduit par Pommer et al. en 2014 suggérait que les implants courts pourrait être une alternative aux techniques d’augmentations osseuses avec significativement moins de complications et plus de satisfactions des patients.

Le détail du traitement pour les deux patients est le suivant :

  • Traitement à l’aide d’une couronne transvissée sur un implant court en 26 (patient 1) :
    Un implant court Biomet-3I de diamètre 6 mm et de longueur 5 mm (BOST 605) est planifié en 26 (figures 1 et 2). Une couronne céramo-métalique transvissée est placée 3 mois après la pose de l’implant (figures 3 à 6). On peut noter le placement de l’implant affleurant le plancher sinusien et un rapport couronne-implant supérieur à 2 (figure 7).

  •  

  • Traitement à l’aide d’une couronne transvissée sur un implant court en 46 (patient 2) :

    Un implant court Biomet-3I de diamètre 6 mm et de longueur 6 mm (BOST 606) est planifié en 46 (figure 8 à 12). Une couronne céramo-métalique transvissée est placée 3 mois après la pose de l’implant (figures 13 à15). Une marge de sécurité de 1,5 mm est respectée (figure 16). Le rapport couronne-implant est supérieur à 2 (figure 16).

 

Les études scientifiques sur la validité clinique des implants courts abondent dans la littérature. Voici une liste non exhaustive d’études et de revues de la littérature sur le taux de survie des implants courts :

  1. Revue de la littérature de Thoma et al. en 2015 dans Clin Oral Implants Res :
    5 études, comparant les implants courts (≤8 mm) placés au niveau du maxillaire postérieur avec les implants standards (>8 mm) placés après ou simultanément à une élévation du plancher sinusien (EPS) avec une période d’observation de 16-18 mois, ont été sélectionnées : le taux de survie implantaire pour les implants courts était de 99% et pour les implants standards posés au niveau du sinus augmenté était de 99,5%. Il y avait 3 fois plus de risque de développer une complication peropératoire avec la greffe de sinus+implants standards qu’avec les implants courts.
    Conclusion : ces données confirment le bénéfice apporté par les implants courts en terme de moindre morbidité, de coûts moins importants pour le patient et de traitements plus courts. Au moins à court terme, les implants courts seraient plus appropriés, apportant plus de bénéfices au patient.
  2. Revue de la littérature de Lemos et al. en 2016 dans J Dent :
    13 études, comparant les implants courts (≤8 mm) avec les implants standards (>8 mm) placés au maxillaire postérieur et à la mandibule postérieure, ont été sélectionnées.
    Conclusion : Il n’y a pas de différence statistiquement significative pour le taux de survie implantaire et les échecs prothétiques entre les deux. Les implants courts sont considérés comme un traitement prédictible en secteur postérieur du maxillaire et de la mandibule. Cependant, les implants de longueur 4 à 7 mm doivent être utilisé avec précaution car ils présentent néanmoins un taux d’échec plus important que les implants plus longs.
  3. Revue de la littérature de Stafford en 2016 dans Evid Based Dent :
    13 études, comparant les implants courts (4-7mm) avec des implants plus longs, ont été sélectionnées. 2631 implants (981 courts et 1650 standards) ont été placés chez 1269 patients. 39 implants courts ont échoué (3,87%) et 45 implants standards ont échoué (2,72%).
    Conclusion : les implants courts ont montré une perte osseuse marginale, un taux d’échecs prothétique et un taux de complications similaire aux implants standards. Les implants courts sont considérés comme une option de traitement prédictible en zone postérieure, spécialement lorsque des procédures d’augmentation osseuses complémentaires sont requises. Cependant, les implants courts doivent être utilisé avec précaution car ils présentent un taux d’échecs plus importants que les implants standards.
  4. Etude de Bechara et al. en 2016 dans Clin Oral Implants Res :
    L’objectif était d’étudier si les implants courts (6mm) pouvaient être une alternative aux implants longs (≥10-mm) avec une EPS simultanée au niveau du maxillaire postérieur à 3 ans après mise en charge prothétique. 53 patients présentant un édentement partiel au maxillaire postérieur ont participé à l’étude et ont été traités soit avec des couronnes placées sur des implant courts , soit avec des couronnes placées sur des implants ≥10-mm combinés à une greffe sinusienne.
    Résultats : 3 ans après la mise en charge des prothèses, le taux de survie implantaire était de 100% pour le groupe « implants courts » et 95% pour le groupe « implants longs+EPS ». La durée de l’intervention et le coût du traitement étaient significativement plus élevés pour le groupe « implants longs+EPS ».
    Conclusion : Les implants de 6 mm ont des résultats similaires aux implants (≥10-mm) avec EPS. Les implants courts pourraient être préférable à l’EPS car le traitement est plus rapide et moins onéreux.
  5. Etude de Pieri et al. en 2017 dans Int J Oral Maxillofac Surg :
    L’objectif était de comparer sur 5 ans le devenir clinique et radiologique d’implants courts (6mm) placés en postérieur de la mandibule avec des implants de longueur ≥9 mm placés après une augmentation verticale avec des blocs osseux autogène en postérieur de la mandibule. 45 patients présentant un édentement partiel à la mandibule postérieure ont participé à l’étude et ont été traités soit avec des prothèses partielles fixes sur des implants courts, soit avec des prothèses partielles fixes sur des implants ≥9 mm après augmentation osseuse.
    Résultats : 8 complications chirurgicales ont eu lieu dans le groupe « implants ≥9 mm » et aucune dans le groupe « implants courts ». Un implant court a été perdu dans les 2 groupes.
    Conclusion : Les deux techniques donnent des résultats cliniques prédictibles mais les implants courts montrent moins de complications chirurgicales et de pertes osseuses marginales que les implants placés dans l’os augmenté.

D’autres études se sont intéressées spécifiquement aux couronnes unitaires placées sur des implants courts :

  1. Etude de Lai et al. en 2013 dans Clin Oral Implants Res
    L’objectif était d’évaluer le résultat clinique d’implants courts supportant des couronnes unitaires en zone postérieure. 231 implants courts (≤8 mm) ont été posés chez 168 patients supportant des couronnes unitaires avec un suivi sur 5-10 ans.
    Résultats : Le taux de survie implantaire à 10 ans était de 98,3% et le taux de survie prothétique à 10 ans était de 95,2%.
    Conclusion : Des taux de survies implantaires et prothétiques peuvent être obtenus après 5-10 ans pour des implants courts supportant des couronnes unitaires sans perte osseuse marginale sévère, ni complications. Une couronne unitaire placé sur un implant court est donc une option de traitement prédictible. Cependant, une attention particulière doit être portée pour les implants courts posés dans un os de type IV.
  2. Etude de Guljé et al. en 2014 dans Eur J Oral Implantol :
    L’objectif était d’évaluer le résultat clinique de couronnes unitaires placées en postérieur du maxillaire sur des implants de 6 mm de long et sur des implants de 11 mm de longs combinés à une EPS, un an après la mis en charge prothétique. 41 patients présentant une absence d’une prémolaire ou d’une molaire au maxillaire avec une hauteur de plancher de 6 à 8 mm ont participé à l’étude et ont été traités soit avec une couronne unitaire placée sur un implant de 6 mm sans greffe, soit avec une couronne unitaire placée sur un implant de 11 mm combiné à une greffe sinusienne.
    Résultats : Il n’y a pas eu d’échecs implantaires (taux de survie implantaire 100%) à un an de la pose des couronnes, ni d’échecs prothétiques à un an.
    Conclusion : Les implants de 6 mm et les implants de 11 mm combinés à une greffe sinusienne sont tout aussi indiqués pour supporter avec succès une couronne unitaire dans la zone postérieure du maxillaire à un an après mise en charge prothétique.
  3. Etude de Schincaglia et al. en 2015 dans J Clin Periodontol :
    L’objectif était d’évaluer le résultat clinique de couronnes unitaires placées en postérieur du maxillaire sur des implants de 6 mm de long et sur des implants de 11-15 mm de longs combinés à une EPS, un an après la mise en charge des couronnes.
    97 patients présentant un édentement au maxillaire postérieur avec une hauteur de plancher de 5 à 7 mm ont participé à l’étude et ont été traités soit avec des couronnes unitaires placées sur des implant de 6 mm ou soit avec des couronnes unitaires placées sur des implant de 11-15 mm combinés à une greffe sinusienne.
    Résultats : Le taux de survie était de 100% à un an de la pose des couronnes.
    Conclusion : les deux approches de traitement ont donné des résultats similaires.
  4. Etude de Pohl et al. en 2017 dans J Clin Periodontol :
    L’objectif était d’analyser si l’utilisation des implants courts (6mm) donnait des taux de survie implantaire similaires avec des implants de 11-15 mm combinés avec une EPS.
    101 patients édentés au maxillaire postérieur avec une hauteur de plancher de 5-7 mm ont reçu soit des implants courts, soit des implants standards avec une EPS simultanée. 6 mois après le placement des implants, des couronnes unitaires on été installées.
    Résultats : 3 ans après la mise en charge prothétique, le taux de survie implantaire était de 100% dans les 2 groupes.
    Conclusion : les implants de 6 mm de long, ainsi que les implants de 11-15 mm combinés à une EPS peuvent être une option de traitement lorsque la hauteur de plancher est de 5-7 mm

Des études sur les implants ultra-courts supportant des couronnes unitaires (inférieure ou égale à 5 mm) existent également dans la littérature :

  • Etude de Lombardo et al. en 2017 dans Int J Dent :
    L’objectif était de déterminer le taux de succès d’implants courts (6-8 mm) et ultra-court (inferieur ou égale à 5mm) restaurés avec des couronnes unitaires.
    65 patients avec une hauteur de plancher permettant la pose d’implants ≤ 8 mm ont reçu au niveau du maxillaire postérieur des implants de 8, 6 ou 5 mm de longueur restaurés avec des couronnes unitaires. Un suivi de 3 ans après mise en place des couronnes a été instauré.
    Résultats : Le taux de succès à 3 ans pour les implants courts était de 97,9% et pour les implants ultra-court de 95,1%. De plus, le taux de succès à 3 ans pour les réhabilitations avec un rapport couronne/implant (C/I) supérieur à 2 ne montre pas de différence statistiquement significative (95,64% pour les implants courts et 93,51% pour les implants ultra-courts) suggérant que les implants courts et les implants ultra-courts pourraient être réhabilité avec des couronnes unitaires avec un C/I sup à 2.
    Conclusion : Les implants courts et ultra court peuvent être utilisé en zone molaire et prémolaire avec des couronnes unitaires.

L’utilisation des implants courts restaurés avec des couronnes unitaires avec un C/I défavorable ne fait pas encore consensus. Mais, comme l’étude précédente de Lombardo, on retrouve de plus en plus d’études évaluant le C/I.

  • Etude de Villarinho et al. en 2017 dans Clin Implant Dent Relat Res :
    L’objectif était d’évaluer le taux de complications prothétiques et d’échecs implantaires d’implants de 6 mm de long restaurés avec des couronnes unitaires en zone postérieure.
    46 implants dentaires de 6 mm de long ont été restauré avec des couronnes unitaires en zone postérieure chez 20 patients avec un suivi de 16-57 mois.
    Résultats : le taux de survie implantaire était de 91,3 % et le taux de succès prothétique de 65,2%. L’étude a permis de constater qu’une augmentation de 0,1 du rapport C/I entrainait une augmentation de 0,1 de la perte osseuse marginale.
    Conclusion : les implants de 6 mm supportant des couronnes unitaires est un traitement performant. Le C/I est un paramètre à prendre en compte pour la perte osseuse.

Le recours à une technique plutôt qu’à une autre peut être lié à l’expérience du praticien et à son taux de succès avec ladite technique. Il est aussi primordial de rester constamment informer des évolutions techniques grâce à la participation à des formations et se tenir au courant des différentes études publiées à travers la littérature scientifique.

Bibliographie

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