Naviguer / Chercher

L’hypersensibilité dentinaire : un motif de consultation fréquent

Motif de consultation fréquent au sein des cabinets dentaires, l’hypersensibilité dentinaire constitue donc une problématique à laquelle le praticien est souvent confronté.

Définie comme « une douleur brève, vive et aiguë provoquée par une réaction de la dentine exposée à des stimuli variés, le plus souvent thermiques, mais aussi tactiles, osmotiques, chimiques ou après exposition à l’air non attribuable à aucune forme d’anomalie ou de maladie dentaire » [1], le praticien a donc un rôle prépondérant dans sa prise en charge, tout comme dans sa prévention par des conseils au patient, sur ses habitudes nocives et/ou les facteurs de risques spécifiques qui peuvent la déclencher.

Diagnostic de l’hypersensibilité dentinaire

Dans le cadre de l’hypersensibilité dentinaire, il s’agit en réalité de poser un diagnostic « d’exclusion » : les pathologies provoquant une douleur similaire (pulpite, fêlure/fracture, traumatisme, douleur postopératoire suite à un traitement restaurateur, inflammation gingivale) doivent être recherchées et éliminées afin de confirmer l’hypothèse diagnostique de l’hypersensibilité dentinaire.

L’établissement du diagnostic de l’hypersensibilité dentinaire repose sur un examen en trois temps : un interrogatoire médical puis un examen clinique et enfin un examen radiographique.

  • L’anamnèse vise à cibler plusieurs paramètres :
  • – le type de douleur ; 
    – sa localisation : cibler la/les dent(s) concernée(s). Il s’agit assez fréquemment d’un groupe de dents ;
    – son intensité : l’utilisation d’une échelle de douleur de type EVA est recommandée. Ceci permettant, notamment, d’évaluer a posteriori l’efficacité du traitement mis en place suite au diagnostic d’hypersensibilité dentinaire ;
    – le ou les stimuli déclencheurs : chaud, froid, pression, hypersensibilité provoquée par certains aliments… ;
    – l’ancienneté de la douleur.

    De plus, il est nécessaire de questionner le patient sur ses habitudes comportementales, alimentaires et sur ses habitudes de brossage (fréquence, matériel et méthode employée).

  • L’examen clinique repose sur l’observation et la mise en œuvre de différents tests. Les zones concernées ont un aspect lisse, dur, parfois de très faible étendue au collet anatomique de la dent, mais présentant une sensibilité exacerbée. Les lésions plus étendues et plus anciennes présentent quant à elles des sensibilités périodiques très variables, de fortes à inexistantes (fig. 1 à 5).
  • Les différents tests sont les suivants :
  • – test du jet d’air : utilisation d’une seringue à air positionnée perpendiculairement à la surface dentaire ;
    – test tactile : passage d’une sonde perpendiculairement à la surface dentinaire concernée ;
    – test de vitalité pulpaire : test au froid (application de fréon) ou test électrique par exemple.

  • L’examen radiographique sera quant à lui réalisé à l’aide d’un angulateur sur la/des dent(s) concernée(s). Il vise essentiellement à établir un diagnostic différentiel d’avec une lésion carieuse cachée, une fracture ou un défaut d’ajustement d’un soin restaurateur ou prothétique.
  • Prévention

    Conformément à sa description par l’OMS en 1948, la prévention primaire a pour but de diminuer l’incidence d’une maladie au sein d’une population. Pour ce faire, le praticien articule son message autour de deux axes et ce de manière spécifique pour chaque patient :

  • Prodiguer des conseils sur les éventuels comportements iatrogènes du patient : matériel et méthode de brossage (pas de brossage horizontal, brossage 3 fois par jour, éventuellement utilisation de brosse à dents électrique) ; habitude alimentaire (suppression des aliments trop acides notamment) ou comportementale (interposition d’objets comme un stylo par exemple). C’est la détermination de l’étiologie de l’exposition dentinaire qui permettra de définir les conseils à prodiguer.
  • Prendre en considération et informer le patient des facteurs de risques observés en bouche : problème d’occlusion ou récession gingivale.
  • Traitement

    Le traitement de l’hypersensibilité dentinaire intervient lorsque le diagnostic est posé et se révèle, également, spécifique du patient. La démarche diagnostique évoquée plus haut est donc capitale pour cibler le(s) paramètre(s) à corriger et/ou les conseils à prodiguer et à mettre en œuvre. Il n’existe donc pas de traitement universel et unique.

    Ainsi, plusieurs traitements ambulatoires et/ou au fauteuil, invasifs ou non, existent et peuvent être envisagés.

    Traitements ambulatoires

    Il s’agit de prescrire des dentifrices ou des solutions de bains de bouche contenant des agents désensibilisants, qui agissent soit en obstruant les tubuli dentinaires, soit en diminuant la transmission nerveuse.

    Les différents agents employés sont par exemple le nitrate de potassium, sels de strontium, fluorure d’étain ou d’amine, verres bioactifs, arginine. Ils entrent dans la composition de dentifrices disponibles dans le commerce ou en pharmacie. Lors de l’utilisation de dentifrices « spécialisés », on demandera au patient de commencer sa toilette par le brossage des dents avec une brosse souple et de ne pas se rincer la bouche immédiatement. Le produit restera ainsi au contact de ses dents tout le temps de sa toilette. Il n’effectuera son rinçage que juste avant de quitter la salle de bain. Le soir, il pourra même conserver la mousse du dentifrice plus longtemps, laissant ainsi le temps d’agir aux principes actifs.

    Traitements au fauteuil

    Traitements non invasifs

    Il s’agit de produits topiques contenant des composés fluorés ou des sels de potassium ; des adhésifs ou de l’utilisation de laser. Il est à noter que ces techniques sont à mettre en œuvre en cas d’échec des techniques ambulatoires.

    Traitements « invasifs »

    Il s’agit de :
    – traitements restaurateurs réalisés avec des composites ou CVI(MAR) ;
    – traitements « chirurgicaux » de recouvrement radiculaire par chirurgie parodontale ;
    – ou encore de thérapeutiques occlusales.

    Il est nécessaire de rappeler que l’étiologie, spécifique du patient, sera déterminante dans le choix de ce traitement invasif éventuel.

    Conclusion

    La prévalence de l’hypersensibilité dentinaire en fait un motif de consultation fréquent dans nos cabinets. La diversité des étiologies ainsi que son impact plus ou moins important sur le confort quotidien du patient justifie que nous en établissions un diagnostic précis, rigoureux, particulier, et mettions en œuvre les thérapeutiques idoines, ciblées et spécifiques qui s’inscrivent dans le plan de traitement global du patient.

    Référence bibliographique

    1. Canadian advisory board on dentine hypersensitivity. Consensus-based recommendations for the diagnosis and management of dentin hypersensitivity. Journal Canadian Dental Association 2003;69(4):221-6.

    Commentaires

    Jean-Pierre TOUBOL

    Bonjour,
    Dans cet exposé rien n’est dit sur la cause de cette hypersensibilité sinon qu’elle est due a l’exposition des des tubules dentaires ouverts à l’air libre.
    Pour mémoire je vous rappelle trois thèses qui ont démontré l’influence de la surcharge occlusale sur l’étiologie des mylolyses.
    2 theses de 3eme cycle TOUBOL et DUMINIL et une thèse de Doctorat d’Etat réalisée sous la direction du Professeur WODA qui ont démontré la réalité de cette étiologie.
    Le brossage intempestif n’étant qu’une aggravation du phénomène de déstructuration de l’émail provoquée par la contrainte occlusale.

    Laisser un commentaire

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.