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Beaucoup de bruit pour rien !

Il était une fois, dans un pays lointain, une gamine de 10 ans, qui a été hospitalisée par son médecin généraliste, à la suite de l’apparition d’un gonflement de la lèvre inférieure droite, accompagné d’une ulcération blanchâtre (Fig 1). A l’hôpital, après bilan médical complet (et, semble-t-il, une anamnèse …incomplète) elle a été examinée par une infirmière, puis par l’interne en pédiatrie, puis par le pédiatre, et enfin par un interne en dentisterie pédiatrique. On a fini par élucider le mystère : le jour précédent, son dentiste lui avait fait une anesthésie du nerf alvéolaire inférieur (fig 2) droit pour traiter et obturer trois caries. Au sortir du cabinet dentaire, elle s’était déjà mordu la lèvre, jusqu’à en saigner. L’histoire finit bien, puisque l’enfant n’a eu droit ni à un traitement antibiotique, ni à un traitement chirurgical de type drainage, ce qui est fréquemment proposé, semble-t-il. L’hospitalisation aura tout de même duré sept heures… et aura coûté…bonbon.

Aurait-on pu éviter tout cela ?

Peut-être. Quelques suggestions :

  • en cas d’anesthésie régionale, ou para apicale réalisée chez l’enfant, avertir l’entourage de cette éventuelle complication;
  • il est fréquent que les praticiens veuillent utiliser chez les enfants une solution anesthésique sans adrénaline, par exemple de la mépivacaïne (Scandicaïne®) à 3%, dans l’espoir que la durée d’anesthésie des tissus mous sera moins longue : malheureusement, cela s’avère inutile, car il a été montré qu’il n’y a aucune diminution de la durée d’anesthésie des tissus mous quand on utilise de la mépivacaïne 3% ou de la prilocaïne 4% à la place de la lidocaïne à 2% avec 1/100 000 d’adrénaline. J’ajouterai que chez les enfants l’adjonction d’adrénaline réduit les risques de toxicité liés à la molécule anesthésique…mais c’est une autre question ;
  • suivant les recommandations de certaines écoles françaises, en particulier à Rennes, nous suggérons l’usage de l’anesthésie intra-osseuse, particulièrement bien adaptée à la pédodontie, en raison de son effet quasi immédiat, de sa durée limitée, et de sa très grande efficacité.
1 – Pratiquez-vous l’anesthésie intra-osseuse en pédodontie?
2 – Utilisez-vous un produit anesthésique particulier et pour quelles raisons?

Commentaires

metech

Bonjour,

en ce qui concerne la toxicité des anesthésiques… qui peuvent laisser une empreinte sur le foie en particulier (probablement due aux sulfites comme agent conservateur (c’est celui qui donne mal à la tête dans le vin…) entre autre),
il peut être donné 5 à 10 granules de Nux Vomica 4, 9 ou 15 CH, à la fin de l’intervention, ou encore mieux une dilution de l’anesthésique lui même en 15 CH
(vous pouvez trouver le produit à la pharmacie des Archers à Epernay, par exemple, ou dans n’importe quelle pharmacie qui prépare des dilutions homéopathiques ).

Cela permet d’éliminer plus rapidement l’anesthésique, et de « diminuer » sa toxicité.

Bien Amicalement

Thierry COLLIER

Bonjour,
j’aimerais discuter vos deux commentaires en deux points :
1- je suis très ignorant de l’usage des dilutions homéopathiques, et n’ai aucun a priori à leur sujet. Pour moi, tout ce qui est démontré comme fonctionnant est bon à prendre, et mon extrême curiosité me rend avide d’apprendre toute pratique susceptible de rendre un service réel aux patients. Je ne demande qu’à vous croire quant à votre emploi de Nux Vomica, mais comme nous sommes une profession médicale, nous tentons de proposer des réponses qui soient fondées sur des études scientifiques : pouvez-vous nous donner quelques éléments démontrant que l’usage d’une dilution à 15CH de la solution anesthésique utilisée « permet d’éliminer plus rapidement l’anesthésique ».

A ma connaissance, il n’existe actuellement qu’un seul produit qui permette de diminuer la durée d’engourdissement des tissus mous après anesthésie para apicale ou régionale : il s’agit de l’Oraverse (mésylate de phentolamine) distribué par Septodont en Amérique du Nord : il agit, non pas sur la molécule anesthésique elle-même, mais sur le « vasoactif » (le plus souvent, l’adrénaline) en produisant une vasodilatation rendant l’élimination plus rapide du produit dans la circulation sanguine. Il existe plusieurs publications montrant le mode d’action et donnant les résultats obtenus: voir sur Pubmed (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=oraverse).
Cependant, ce produit n’a aucune action sur un anesthésique sans vasoconstricteur, et reste officiellement réservé aux enfants de plus de 6 ans (ceux qui en auraient le plus besoin, les enfants de moins de 6 ans, ne peuvent en bénéficier) et aux adultes. Pour ceux que cela intéresse, voir l’article suivant, en Français, qui reste totalement d’actualité:
L’engourdissement des tissus mous est-il une fatalité ? Inform Dent. 2009 ;(39) :2414-8.

2-votre affirmation ;  » je soigne 90 à 95% des patients sans anesthésie !… » ne manque pas d’étonner, par son caractère franchement exceptionnel, voire sensationnel. Quelques explications supplémentaires de votre part nous obligeraient vivement.
Bien cordialement.

metech

Bonjour,

1.
l’homéopathie a plus de 200 ans d’existence et est donc beaucoup plus ancienne que notre « médecine » actuelle ! les preuves sont cliniques et non pas scientifiques car je crois que nous n’avons pas encore les outils adaptés pour avoir la preuve « scientifique »… même s’il existe de très nombreuses études montrant l’efficacité de l’homéopathie.

les anesthésies ont une toxicité relative pour le foie, ce qui est vérifiable par la prise des pouls en médecine chinoise (qui existe depuis près de 8000 ans !!!)

2.
c’est juste une question de respect du patient, et de travailler sur ses dents avec son accord et sa participation, ce qui permet d’être beaucoup moins invasif.
la dent se comporte exactement comme un point d’acupuncture ( elle est le reflet de l’état émotionnel du patient), et sa sensibilité diminue petit à petit au cours du soin, jusqu’à pouvoir effleurer la pulpe dentaire….

des obturations à base d’huiles essentielles sont ensuite utilisées pour stimuler la cicatrisation(+ Equia (GC) par dessus), et bien souvent éviter des dévitalisations intempestives, avec toutes les conséquences qui s’en suivent…

j’anesthésie juste pour les extractions et les biopulpectomies.

une conférence a été donnée au symposium d’aromathérapie à Grasse en 2010, aux journées dentaires de Marseille en 2010 et, un cours au DU de phyto-aromathérapie de la fac de pharmacie de Montpellier en avril 2014.

C’est juste une Autre dentisterie !

Bien Cordialement

Thierry COLLIER

Bonjour,

que l’homéopathie ait plus de deux cents ans d’existence, et la médecine chinoise plus de huit mille, ne prouve en rien qu’elles soient indiscutablement supérieures à la médecine « actuelle » : leur antériorité supposée n’affirme, ni n’infirme leur efficacité.

Je ne suis pas un ayatollah de la médecine fondée sur la preuve : à ma connaissance, tous les essais cliniques contre placebo de la médecine homéopathique aussi bien que de la médecine conventionnelle comportent des biais ; mais il y a un très faible niveau de preuve en faveur des remèdes homéopathiques, et, par contre, des preuves solides en faveur de la médecine classique [1]. «Cette conclusion est compatible avec la notion que les effets cliniques de l’homéopathie sont des effets placebo », disent les auteurs de l’étude, qui ajoutent : «L’homéopathie doit apporter des études ayant un niveau de preuve aussi important que la médecine conventionnelle, pour pouvoir respecter les règles dites de « bonne pratique clinique » ». A C Quemoun, non suspect d’opposition primaire à l’homéopathie, dans son ouvrage «Homéopathie-Guide pratique » [Paris, éditions Leduc, 2007], reconnaît de son côté, qu’aucune étude n’a pu démontrer un effet thérapeutique supérieur à celui de l’effet placebo.

Sans vouloir poursuivre un débat général à ce sujet, dont je redoute qu’il demeure stérile et tourne à la polémique, je me limiterai strictement à vos affirmations : vous nous dites que vous obtenez des résultats probants sur les patients que vous traitez, dans votre pratique quotidienne, bref, que vous faites un constat clinique d’efficacité, et je veux bien vous croire. Mais, accordez-moi qu’il ne saurait s’agir là d’une réponse à caractère scientifique. Les références des cours et symposiums que vous nous avez fournies, pas plus que mes recherches dans les divers ouvrages d’homéopathie odontologique, ne m’ont pas permis de trouver des éléments démontrant que l’administration de préparations homéopathiques de Nux vomica ou bien réalisées à partir de solutions anesthésiques, puissent « détoxifier » le foie et/ou diminuer le temps de l‘anesthésie résiduelle des tissus mous, après anesthésie dentaire. On trouve, certes, des préconisations, mais point d’études venant corroborer ces prescriptions.

Enfin, tout ce que vous nous décrivez quant à votre façon de soigner vos patients me conforterait dans l’idée que les bénéfices de l’homéopathie se trouvent plus dans la relation thérapeutique « soignant-soigné » que dans le remède homéopathique lui-même. Et cette façon d’envisager la relation thérapeutique me paraît un élément parfaitement remarquable.

Bien cordialement à vous.
—————————————————————–
1-Shang A1, Huwiler-Müntener K, Nartey L, Jüni P, Dörig S, Sterne JA, Pewsner D, Egger M. Are the clinical effects of homoeopathy placebo effects? Comparative study of placebo-controlled trials of homoeopathy and allopathy. Lancet. 2005;366(9487):726-32.

juco

Bonjour,
L’intra-osseuse est très bien acceptée chez mes patients en pédodontie. Dès 3 – 4 ans pour les les plus jeunes. J’ai remarqué, avec l’expérience, qu’il est plus aisé de pratiquer une intra-osseuse à cet âge qu’une para-apicale. Effet immédiat, je pose le QS et je prend le contre-angle. Peu d’effets secondaires sur les tissus mous. Moins de morsures.
La molécule active utilisée est l’articaine 1/200000. Que ce soit en para-apicale ou en QS.
Je ne donne pas de produit à en fin d’anesthésie pour répondre à notre ami « metech ». Le donner vous à chaque patient enfant anesthésié ?

Amicalement
Juco

metech

à la question :  » Le donner vous à chaque patient enfant anesthésié ? »,

oui, systématiquement à tous les patients (enfants ET adultes).

PS : je soigne 90 à 95% des patients sans anesthésie !…

Amicalement

Thierry COLLIER

Bonjour,
comme vous l’indiquez avec beaucoup de justesse, les anesthésies intra osseuses sont très bien tolérées par les petits patients : ce fait est particulièrement bien documenté par l’équipe de Sixou :

1-Sixou JL, Barbosa-Rogier ME. Efficacy of intraosseous injections of anesthetic in children and adolescents.Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral Radiol Endod. 2008; 106(2):173-8.
2-Sixou JL, Marie-Cousin A, Huet A, Hingant B, Robert JC. Pain assessment by children and adolescents during intraosseous anaesthesia using a computerized system (QuickSleeper).Int J Paediatr Dent. 2009; 19(5):360-6.
3-Marie-Cousin A, Sixou J-L. Evolutions de l’anesthésie dentaire chez l’enfant. Clinic 2008; (29):434-42.

et autres :
4–Moulis E et al. L’anesthésie transcorticale en première intention chez l’enfant : doses minimales pour efficacité maximale ? Chir Dent Fr. 2007; 77:57-63.

Ces références étant destinées aux rats de bibliothèque !

Enfin, en modulant la quantité injectée, très réduite avec les techniques anesthésiques intra osseuses, l’anesthésie labio-mentionnière, extrêmement rare, est dissipée à la fin des soins, de sorte qu’elle ne représente plus un problème.

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