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Quelques résultats des tests sur les calculs des doses : les chiffres

A l’issue de la longue série de billets sur les calculs de doses en anesthésie locale dentaire, je propose de jeter un coup d’œil aux réponses qui ont été données aux quatre tests que j’ai soumis à la sagacité des lecteurs.

Il me faut d’abord rendre hommage à ceux –ils sont assez peu nombreux par rapport au nombre de lecteurs- qui ont joué le jeu et ont pris le risque de se confronter à la réalité de leur connaissance sur le sujet.

Maintenant, place aux chiffres, sous forme d’un petit tableau.

Je n’y reprends que quelques-unes des 22 questions soumises, celles qui me paraissent les plus représentatives.

Quelques commentaires.

  • Bien sûr, ce ne sont pas forcément les mêmes lecteurs qui ont répondu aux divers tests proposés. Les résultats obtenus sont donc une simple indication sur l’état des connaissances sur le sujet, et ne sauraient évidemment avoir valeur de statistiques.
  • De toutes façons, comme le suggérait de façon divertissante l’impayable comique britannique Winston Churchill : « Je ne crois qu’aux statistiques que j’ai moi-même falsifiées ».
  • Globalement, le constat est assez sévère et plutôt navrant : pour aucune des questions posées, le taux de réponse convenable n’atteint la barre psychologique des 50%.
  • Dans certains cas, on atteint un score relativement rassurant, mais sur d’autres questions, le taux de réponse correcte chute drastiquement aux alentours de 10-12%, ce qui ne manque pas d’inquiéter.
  • Pour les questions affublées d’un *: on a reposé, à quelques semaines d’intervalle – après avoir, se leurrait-t-on, fourni des explications particulièrement éclairantes- la question suivante : « quelle est la dose maximale d’adrénaline injectable par séance de soins à un patient en bonne santé ? »
    Le taux de bonnes réponses est passé de 26% à 35%, ce qui ne paraît a priori pas un progrès fantastique, mais signe cependant une nette amélioration : si on veut « positiver », on peut dire, avec une raisonnable et légitime satisfaction, que le taux de bonnes réponses a spectaculairement progressé de plus de 34%. Quel talent pédagogique  !
    Si on veut redescendre sur terre, il faut bien affronter la réalité brute – brutale ?- à savoir : 65% des répondants ne fournissent toujours pas la bonne réponse… Et je porte ma large part de responsabilité, hélas !
  1. Avez-vous une interprétation personnelle à donner sur ce « bilan » ?
  2. Savez-vous en identifier les causes ?
  3. Quelles sont-elles, selon vous ?

Commentaires

verpeaux

mon cher Thierry,
l’enseignement n’est vraiment pas un domaine facile, voilà la première déduction que je ferai de ce test. -:)
Mais, plus malheureusement, je suis tout comme toi toujours très surpris de constater l’absence de connaissances dans ce domaine des praticiens français, jeunes y compris.
La question que je me pose est donc de savoir si c’est l’enseignement qui est à mettre en cause (mauvaise ou absence d’information sur l’anesthésie) ou si c’est une absence d’intérêt (et de mise à niveau) des praticiens.
La profession n’a de cesse de gravir la montagne vers un sommet toujours plus élevé, passant du barbier au dentiste, puis au chirurgien dentiste, au docteur en chirurgie dentaire et bientôt en médecine dentaire… sans jamais s’intéresser à cette question pourtant ô combien prégnante dans notre spécialité de l’anesthésie.
Cet acte, que l’on pratique des centaines de fois par an, avec tous les risques qu’il comporte et ce quelle que soit la technique utilisée passe pour totalement anodin et banal…
Je pense qu’il serait donc temps de rehausser le niveau de l’enseignement afin que tout praticien maîtrise tant les techniques anesthésiques que la dizaine de spécialités à notre disposition afin que l’anesthésie dentaire soit un acte réfléchi, adapté au patient et à la pathologie à traiter.
C’est là l’une des conditions à remplir pour que notre profession puisse se prévaloir de  » médecine dentaire »
Bien amicalement,
Pierre

François UNGER

Merci Thierry, pour cette série de posts tout à fait instructive, dans tous les sens du terme.
Je ne peux pas laisser ton travail sans te faire part de plusieurs réflexions que tu sollicites. Et je t’en remercie. J’espère que de nombreux internautes auront à coeur de te répondre.
1- Les chirurgiens dentistes se vivent le plus souvent comme des cliniciens. Ils concentrent donc leurs intérêts sur les actes. C’est un constat sans plus.
2- Les données fondamentales qui justifient ou autorisent les actes cliniques sont déportées, intellectuellement parlant, vers les « chercheurs ». Il y a chez nous une dichotomie extraordinaire entre les « cliniciens » et les chercheurs » qui pénalise les deux voies d’accès à la santé.
3- Cette dichotomie pénalise du point de vue clinique toutes les disciplines qui font appel à des connaissances fondamentales: radiologie et imagerie, anesthésiologie, pharmacologie, épidémiologie etc: puisqu’on a une image, puisque l’anesthésie est obtenue dans la plupart des cas, puisque l’effet du médicament est en général atteint…alors il y a un désintérêt pour les connaissances fondamentales; comme si elles étaient « déléguées » à des chercheurs et des comités d’évaluation ad hoc. Ici se pose la question: un approfondissement des connaissances fondamentales dans le cours de la formation initiale serait il de nature à changer les choses? Je pense qu’il y a très peu à attendre de ce coté et je dirai pourquoi plus bas.
4- Cette dichotomie pénalise aussi le point de vue fondamental pour toutes les disciplines ou l’acte (et la bonne mère nature aidant), les résultats sont en règle quasi générale atteints. Je veux dire par là qu’il est très difficile de maintenir l’intérêt des utilisateurs ou lancer des études théoriques et fondamentales sur des sujets qui semblent faire partie des choses acquises. Quel conducteur automobile s’intéresse au jeu des soupapes? La recherche sur ces domaines ne peut venir que par l’extérieur, par des disciplines hors du champ de l’odontologie et même de la médecine. Je pense à la CFAO qui va tout balayer, ou l’intelligence artificielle qui va mettre au rencart les thérapeutes non cléricaux comme les chauffeurs de taxis. La dose de vasoconstricteur? On s’en fout car la machine à injecter, en fonction des infos numériques recueillies sur le patient, déterminera automatiquement ce qui doit être fait pour respecter les normes européennes ou de l’ONU.
5- Je ne dis rien là de novateur ou provocateur. Tout le monde sait que nous allons dans ce sens. Alors pourquoi les pouvoirs publics et assureurs mondialisés ne mettent ils pas en place les moyens d’accompagner pédagogiquement, économiquement et juridiquement l’évolution en cours? Voila la question que pose tes posts; au fond. Je veux dire que c’est la nomenclature (CPAM ou CCAM) qui définit et hiérarchise les actes en donnant leur prix. Ces textes organisent objectivement les pratiques de soins: connaître les dosages optimaux en vasoconstricteurs de l’anesthésique ne rapporte rien (et coûte même au praticien) alors que s’il fait un trou dans une dent il sera payé. Et d’autant plus que le trou sera gros.
A mes yeux, tant que les pouvoir publics ne seront pas capables de définir le système de soins dentaires souhaitables pour notre pays, en hiérarchisant les priorités, il est illusoire d’espérer que des praticiens puissent privilégier des informations pratiquement sans effet sur leur pratique habituelle. Ce n’est pas un problème moral mais économique.

Bon je ne veux pas aller plus loin car je ne veux en aucun cas laisser penser que j’aurais le moindre recul par rapport à ton travail. Au contraire. Je trouve qu’avec une précision d’entomologiste, avec l’exigence d’un chercheur vrai, avec des données objectives sur un échantillon neutre, (et en distillant des infos générales très illustratives) il montre ce que devraient savoir tous les acteurs de santé: notre système est obsolète et peut être plus anti-thérapeutique qu’on le croit.
Merci encore Thierry pour ce travail exceptionnel et très amicalement
François

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