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Calcul de doses #11 : réduction des doses d’adrénaline

Nous allons répondre aux questions posées la dernière fois.

La première question correspond à un simple rappel et ne devrait pas poser la moindre difficulté.

La dose maximale recommandée pour l’adrénaline est fixée à 0.2 mg pour une séance de soins pour un patient en bonne santé, indépendamment de son poids corporel.

Ce qui nous a amenés à en donner la traduction chiffrée en prenant l’unité de mesure que nous manipulons tous les jours : la cartouche dentaire « standard » dont nous fixons la contenance à 1.8 mL.

Tableau 1

Dose cardiaque ou dose réduite ?

Pour les patients atteints de pathologie cardiaque ischémique, on a pris l’habitude de réduire la dose admissible d’adrénaline par séance de soins : dans les ouvrages de référence en langue anglaise, on appelle donc cette dose minorée la « dose cardiaque ». Soit.

Puis, on a appliqué ce dosage particulier à tous les patients pour lesquels, en raison d’une pathologie intercurrente ou d’une possible interaction médicamenteuse, on estimait qu’il fallait réduire la quantité d’adrénaline injectable.

Dès lors, cette dénomination de « dose cardiaque » apparaît un peu comme un abus de langage, propre à susciter des confusions, puisqu’elle ne s’applique pas seulement à des patients porteurs de pathologies cardiovasculaires. Je choisis donc de parler de « dose réduite d’adrénaline », appellation plus générale, et, peut-être, plus exacte.

Y a-t-il consensus sur la dose réduite d’adrénaline ?

Les recommandations concernant l’utilisation des vasoconstricteurs chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires sont loin de faire l’unanimité, que ce soit sur les contre-indications absolues, les précautions d’emploi, ou les doses maximales recommandées. C’est ainsi que certains préconisent une dose maximale de 0,04 mg d’adrénaline, d’autres, moins craintifs, suggérant 0,054 mg… Encore s’agit-il, au moins, de données chiffrées, ce que vous aurez beaucoup de mal à trouver dans les ouvrages de référence en français sur l’anesthésie locale en odontologie, ou dans les notices fournies par vos fabricants favoris de solutions anesthésiques.

Mieux, Ben Davies, en 2010, écrivait dans le Journal of the Canadian Dental Association : « Malheureusement, aucune recommandation actuelle au sujet de la quantité maximale d’adrénaline pouvant être administrée sans danger à un patient cardiaque durant des soins dentaires n’est fondée sur des données scientifiques probantes. Compte tenu de la population et du risque d’un événement fâcheux, des considérations éthiques s’opposent à une étude visant à obtenir une telle preuve. » Bref, nous voilà bien avancés.

Notre parti-pris étant d’assurer une bonne marge de sécurité, et nous considérerons que :

La dose réduite d’adrénaline peut être raisonnablement fixée à 0.04 mg d’adrénaline, soit 1/5 de la dose « normale ».

Nous établissons donc les deux tableaux récapitulatifs suivants, les méthodes de calcul étant désormais supposées acquises….

Dose réduite d’adrénaline en milligrammes par cartouche

Les cellules en rouge signalent une dose excessive par rapport à la limite fixée à 0.04 mg.

Une remarque : pour la dilution 1/80 000, avec deux cartouches on atteint une dose de 0.045 mg d’adrénaline, ce qui est très proche de la limite maximale fixée à 0.04 mg.

Dose réduite d’adrénaline exprimée en nombre de cartouches injectables en une séance de soins

Suite de ma remarque précédente : pour la dilution 1/80 000, la quantité maximale injectable se situe environ à 1 cartouche ¾. On est donc plus proche de 2 cartouches que d’une. Je crois cette dilution d’un usage exceptionnel dans les cabinets dentaires français, tant est grande la crainte des « vasoconstricteurs ». Je m’en tiens donc strictement, dans ce tableau, au résultat du calcul, donc 1 cartouche d’anesthésique avec 1/80 000 d’adrénaline, qui présente en outre l’avantage de favoriser la mémorisation des quantités préconisées.

  1. Réfléchissez-vous parfois à la nécessité de réduire le dosage en adrénaline ?
  2. Dans quels cas ?

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