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Calcul dose #7 : en pratique

Quelques éléments pratiques supplémentaires

Comment estimer rapidement le volume injecté ?

Nous avons dit ailleurs qu’il convenait, par commodité, de considérer qu’une cartouche anesthésique dentaire contient 1.8 mL. D’autre part, la largeur du piston en caoutchouc correspond à peu près à 0.2 mL, ce qui permet d’évaluer grossièrement la fraction de cartouche qu’on a injectée.

Adapté des livres de DiMarco et al (2016), Logothetis (2016).

Vous envisagez une séance assez longue avec utilisation de plusieurs cartouches anesthésiques ?

Par exemple, l’extraction de quatre dents de sagesse, ou bien des soins conservateurs dans plusieurs quadrants :

  • je vous recommande de déterminer d’abord le nombre maximal de cartouches d’anesthésique local que vous pourrez être amené à injecter pour les soins prévus, pour ce patient en particulier (état de santé, médicaments, etc.), soit en faisant le calcul précis que je vous ai détaillé, soit en appliquant le raccourci montré plus haut
  • ne sortez du tiroir que ce nombre maximum de cartouches, et
  • ne jetez pas les cartouches que vous avez utilisées avant la fin des soins, afin de toujours savoir précisément le nombre de cartouches que vous avez administré
  • injectez très lentement à raison de 1 mL par minute : il y aura moins de douleur à l’injection, moins de risque de tachycardie si la solution est fortement adrénalinée, et l’anesthésique local se déposera ainsi précisément à sa cible (si vous avez bien visé). Une injection rapide projette l’anesthésique à distance, ce qui risque de diminuer son efficacité (la concentration de la solution anesthésique au niveau du nerf-cible, garante de l’efficacité, se réduit en fonction du cube de la distance !)
  • n’injectez pas d’emblée et en une seule fois la totalité de ce que vous avez prévu d’injecter dès le début des soins

    Deux raisons à cela :

    • garder environ un quart de la quantité prédéterminée d’anesthésique local en cas de nécessité d’une anesthésie complémentaire, ou dans l’éventualité d’un échec anesthésique (je rappelle en particulier que le bloc du nerf alvéolaire inférieur a un taux d’échec tournant aux alentours de 15 à 20%, y compris avec des praticiens expérimentés, et peut, selon certaines études, dépasser les 60% sur les cas de pulpite)
    • injecter de façon étalée dans le temps, en fonction de l’avancement des soins que vous avez prévus : cela permet d’éviter des pics sériques élevés d’anesthésique (revoyez à ce sujet les notions de demi-vie d’élimination) et diminue donc les risques de toxicité générale.
  • si vous atteignez la quantité maximale d’anesthésique local que vous avez calculée, il est prudent de ne pas essayer d’injecter plus : il faut savoir renoncer et reporter la suite du traitement à une séance ultérieure. Les décisions négatives sont au moins aussi importantes et judicieuses que les décisions positives.
  • sachez aussi (surtout ?) envisager l’emploi de techniques anesthésiques moins gourmandes, quantitativement, en solution anesthésique : intraligamentaire pour des soins ponctuels et courts, et/ou intraosseuse pour au moins 80% des soins.
  1. Ces informations vous sont-elles utiles ?
  2. Votre pratique de l’anesthésie évoluera-t-elle à la suite des informations des deux derniers posts ?

Commentaires

François UNGER

Je suis très admiratif de la série de post du Dr Collier qui de vient de nous proposer des informations de la plus haute importance en matière d’anesthésiologie et qui pourtant ne me semblent pas si facile à trouver pour l’omnipraticien. Il y a longtemps que j’ai fini mes études et je ne sais pas si ces notions font partie du cursus habituel en faculté de chirurgie dentaire. Mais objectivement, ces informations sur le dosage des anesthésiques, ou du vasoconstricteur me semblent à maîtriser en pratique courante.
Certes on peut espérer que les fabricants et les pouvoirs publics aient mis des barrières en place pour éviter que des abus soient réalisés par défaut d’information. Mais, nul ne saurait se soustraire à la nécessité de légitimer ses actes et donc ses anesthésies. Notre métier est un métier difficile et nous sommes honorés et fiers de pouvoir pratiquer tous les jours des anesthésies, (les assistantes demanderont bientôt le droit aux anesthésies) et nous devons en maîtriser tous les aspects. Ces posts sont d’un immense apport et je remercie le Dr Collier de nous avoir permis de disposer de ces documents que nous pouvons consulter à notre rythme pour la meilleure compréhension. Bravo à celles et ceux qui font les tests demandés. La formation continue, même si elle a des cotés ardus, peut aussi sur internet et nos blogs, se présenter sous une forme ludique.

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