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Que sait-on du mal de dents de l’autre? #3

Philippe Choulet, philosophe, nous propose le troisième volet (sur cinq), de sa réflexion: il nous expose les ruses que déploie le patient pour nous dévoiler ce mal dentaire tellement spécifique.

La ruse répond à l’image du dentiste

Vous autres, dentistes, vous ne semblez pas comprendre l’image dont vous êtes l’objet… Que cette image soit juste, injuste, fausse et illusoire, ce n’est pas la question.

Elle est réelle, donc vraie, car effective, opératoire — c’est elle qui fait lien. Désolé: vous êtes inquiétants. Le patient arrive, avec son ignorance et son anxiété: “j’ai si mal, que peut-il faire pour moi?…”
Bachelard disait que le sculpteur sur marbre était contraint d’aborder sa matière, trop résistante, de biais. Sinon, il risque de tout gâcher. La ruse est une qualité, une vertu — on sait ça depuis Homère et Ulysse. Votre patient fait souvent de même, pardonnez-lui… Mes compliments, en tout cas, c’est l’hommage du vice à la vertu, et vous avez le droit de “rester de marbre”!…
Ne vous étonnez donc pas si le patient, si bien nommé, vous aborde avec le détour de la ruse, pas vraiment franchement, pas de front. Ne vous impatientez pas, de toute façon, le rapport frontal, vous allez l’avoir. Vous êtes comme dans Starsky et Hutch, le droit gagne toujours à la fin!…
Mais accordez tout de même à votre visiteur votre oreille. Il vous demande seulement, comme la Comtesse du Barry devant la guillotine: « Encore un moment, Monsieur le Bourreau! »…

Un mal nécessaire…

dire-son-mal
dire-son-mal
Vous êtes une profession nécessaire, mais pas aimable. “Aller chez le dentiste”, ce n’est pas aussi excitant qu’aller au match de foot, au zoo, au cirque… On y va contraint, à reculons, de mauvais gré, sous l’empire despotique et tyrannique de la nécessité, et au dernier moment, quand on ne peut plus faire autrement… “Quand faut y aller, faut y aller!…”
Savez-vous que vous avez une grande sœur analogique, qui s’appelle la Mort? Car vous rappelez (inconsciemment, je sais…) à l’humain la rude nécessité irréversible de sa condition: douleur, souffrance, maladie, vieillesse, déchéance. Vous incarnez L’Ecclésiaste, dans l’Ancien Testament. Sauf que vous ne désespérez pas le genre humain et sa vanité: vous réparez, comme vous pouvez, les outrages du temps. Merci.

Une douleur originale…

Pourquoi cette relation si compliquée entre vous et le patient? Je crois que cela est dû à la spécificité de la douleur dentaire. Il y a certes d’autres douleurs insupportables, du côté de la migraine, de la sciatique, de la colique, de l’entorse… Mais la douleur des dents est si vive, si lancinante, si extrême, si pointue. Elle vrille, taraude, perce. L’acte du praticien est le “double”, au sens gémellaire, de cette action de la douleur: il faudra pénétrer, vriller, tarauder, percer… L’ivoirienne dent est dure, comme le marbre.
Et l’imagination s’en mêle: le mal est enfoui sous la dureté de l’os. Je pense avec émotion à la douleur extrême de deux de mes vieux Professeurs, morts du cancer des os.
Heureusement, « la charité de la machine » (l’expression est du théologien canadien Jean Le Moyne), ou plutôt ce que j’appellerais ici « la charité du savoir scientifique, du savoir technique, du savoir du médicament et de la drogue », est là, en seigneur (en saigneur?). Cela fait toute la différence, décisive — avec le manque de soin, ou avec l’art dentaire d’antan. Nietzsche dit très justement: « tout ce qui est décisif ne naît que malgré » [1].

Heureusement, vous êtes là…

  1. Savez-vous que vous êtes des artisans, voire des artistes du soulagement?
  2. Que, malgré sa réticence permanente et récurrente, le patient vous accorde sa reconnaissance… de dette?

———————————————
[1] Nietzsche entend formuler que la grandeur d’une œuvre se mesure à un coefficient d’adversité, à un haut degré de négativité. Une vérité (par exemple la vérité scientifique, la vérité philosophique, la vérité morale) ne peut prétendre à être une vérité que si et seulement si elle triomphe (même difficilement) de formes adverses, comme l’ignorance, le préjugé, l’idée reçue, les idées toutes faites, la superstition, l’idéologie, etc.

Commentaires

janea

La dentisterie évolue; comme le reste du monde. Mais il semble qu’il y ait des philisophes qui restent calés sur un autre temps.
C’est la remarque que je me suis faite en lisant ce post; il a l’avantage de nous pousser à nous interroger, mais il donne un sacré coup de vieux à son auteur. Quand on parle d’une image encore faut-il regarder l’objet qu’elle est sensée illustrer.
L’image du dentiste? oui il y a des dizaines d’années, en France, dans les zones les plus défavorisées, et sans doute encore aujourd’hui dans bien des pays pauvres, les dentistes étaient vus comme le dit ce post. On trouve surement encore des dentistes qui correspondent à ces clichés. Soit.
Mais enfin, regardez autour de vous, regardez vos patients: la douleur des soins existe-t-elle encore? Pour la plupart des patients (sinon la totalité de ma patientèle au moins) le dentiste n’est pas celui qui fait mal mais celui qui soulage. Et même, disons le, la douleur est absente des relations praticien/soignant. Pourquoi?
– Parce que la prévention et l’éducation ont fait leur oeuvre et que, entre visites régulières et séances de maintenance, la douleur n’est plus le premier motif de consultation
– Parce qu’on ne soigne plus sans anesthésie préalable
– Parce que le dentiste a autre chose à faire que de se battre avec un patient
– Parce que la simple notion de rentabilité des soins impose que le patient ne souffre pas.

Alors, écrire que « la ruse répond à l’image du dentiste » ça situe plutôt le patient que le dentiste: comment notre philosophe a-t-il choisi son dentiste? Dans quel siècle? La ruse calmiteuse des parents pour arracher une dent de lait, les menaces à l’enfant s’il ne se laisse pas soigner, voila ce qui crée dans l’esprit des faibles l’image des dentistes que veut nous coleporter ce post. La ruse?…pourquoi pas le mensonge? Menteur comme un arracheur de dents. N’avez vous pas vu changer le monde et la dentisterie?

Quant à l’originalité de la douleur dentaire mise en avant par notre philosohe, je suis surpris qu’il n’évoque pas le fait qu’elle soit orale. Orale plus que dentaire. Et là ça ouvre d’autres horizons.
Pour ceux qui veulent voir loin plutôt que de se regarder le nombril.

crouti

Pour ma part, je ne comprends pas si la ruse vient du patient ou du praticien, d’après le texte précédent… Ce n’est pas clair je trouve. Quand à ouvrir le débat sur le fait que la douleur soit « orale », c’est effectivement plus intéressant. En quoi une douleur « orale » est elle une douleur particulière? et à quel symbolisme est-ce rattaché ? La tétée ? Le baiser ? La nourriture ? La respiration ?

malbosc

Mon avis va de pair avec celui de Janea, bravo de l’avoir si bien exprimé.
Et j’ajoute quant au « mal nécessaire »: certes aller chez le dentiste n’est pas le moment le plus excitant de la journée, mais cela permet grâce à la prévention et aux visites de thérapeutique de soutien de garder ses dents, de participer à une bonne santé, de préserver son sourire.
Et pour tous ceux qui le souhaitent d’améliorer l’aspect de leur sourire, et de leur image, là aussi ça ouvre des horizons
Mais pour ceux qui négligent leur santé, buccale ou générale, alors oui on va chez le dentiste à reculons, pour gérer un problème qu’on a essayé de masquer, à soi en tout premier….
Prenez votre santé en mains et consultez avant d’avoir un problème, votre dentiste sera votre meilleur allié.
Et si vous avez un problème, notre formation et la technologie que nous utilisons vous aideront à le gérer avec le minimum d’inconfort.
Avis! 🙂

Thierry COLLIER

Bonjour,

je voudrais vous dire que je me sens totalement responsable de la perception générale que certains d’entre vous avez eue de la teneur des écrits de Philippe Choulet.

Je crois en effet que cette impression de « dévalorisation » est liée à certains éléments de l’iconographie censée illustrer ses propos: gravures anciennes, illustrations tirées d’un film de WC Fields, etc. renvoyant à une dentisterie d’un autre âge. Et c’est moi-même qui me charge -pas trop bien, apparemment- de ces illustrations et des liens hypertextes : j’en suis donc totalement responsable, voire coupable, et Philippe Choulet n’y a aucune responsabilité.
Quand on parle de douleur dentaire, il est difficile de trouver des illustrations totalement réjouissantes…Pour ma part, je crois qu’il faut les prendre pour ce qu’elles sont supposées être, à savoir de l’humour, datant d’une époque évidemment, en bonne part, révolue : ni plus, ni moins. Je crois qu’aucun lecteur sensé du post ne peut avoir le moindre doute à ce sujet.

Je comprends cependant que nous sommes à une période où les professions libérales, médicales et singulièrement les dentistes sont livrées en pâture à la vindicte gouvernementale, et donc populacière. Immanquablement, une certaine saturation face à tout ce qui pourrait être vu, selon moi à tort dans ce blog, comme dévalorisant encore la profession dentaire, peut être ressentie par un public de dentistes qui font des efforts quotidiens pour améliorer leur pratique et, par là même, l’image renvoyée au public de notre profession.

Donc Philippe Choulet n’est en rien responsable des illustrations que j’ai commises : et si elles ont pu provoquer un certain malaise pour certains parmi vous, je présente mes excuses aux lecteurs de ce blog et, peut-être surtout, à l’auteur des textes.

Ceci dit, je vous invite à ne pas profiter lâchement de ce sincère mea culpa pour vous exonérer d’une lecture attentive, et pour rester à la surface des choses : je crois que Philippe nous propose une vision extérieure de la dentisterie, parfaitement légitime (car il est aussi patient), qu’il pose de bonnes questions, même si c’est sous une forme parfois déroutante, et, enfin, qu’il apporte des réponses éminemment intéressantes, fort éloignées d’un discours convenu, même si c’est un peu dérangeant: le but n’est évidemment pas d’aboutir à un consensus mou, car ce serait faire injure à notre (vive) intelligence, ni de traumatiser quiconque.
Alors (re)lisons ce qu’il nous offre, réfléchissons, acceptons d’être un peu secoués, réagissons finement…et, surtout, soyons lui reconnaissants de nous fournir des lunettes différant de celles que nous portons habituellement.

janea

Merci de ce commentaire explicatif qui précise parfaitement le contexte. Il me donne envie d’en savoir plus.
Que pense Philippe Choulet de la démarche particulièrement forte des chirurgiens dentistes pour juguler la douleur? L’image des chirurgiens dentistes va-t-elle s’en trouver modifiée avec le temps? Dans quel sens?
Et je reviens sur la spécificité de l’oralité de la douleur qui caractérisait notre travail: a-t-elle un lien avec l’image attribuée depuis des siècles à l’image des chirurgiens dentistes (douleur obligatoire, mensonge, richesse…)?
Vive le remue-méninges des post de Philippe Choulet

Philippe CHOULET

Bonjour,

Je ne sais pas s’il y a des dentistes qui correspondent à ce «cliché», je sais juste que ce cliché est très fort, et qu’il arrive aux patients de faire de mauvaises rencontres…

Car oui, le dentiste, comme tout médecin, je suppose, est tenu de soulager, mais pour soulager, il faut aussi faire mal (la piqûre, l’opération, l’arrachage, le détartrage, que sais-je encore?!): la douleur est un passage, un moment parfois nécessaire, et les fluides parfois n’y peuvent rien. La douleur n’est pas un mal absolu (c’est une vision baba cool que de le croire), elle est un signal, un avertissement et la preuve même que le travail des chairs s’opère. Ce que l’homme bisounours contemporain (y compris certain dentiste, visiblement) refuse de voir et d’affronter. Un dentiste soucieux d’éthique tient les deux fers aux feux: il y a une nécessité quasi fatale de la douleur et il y a une exigence de réduire cette douleur. Entre les deux, il y a la contingence, l’imprévisible, le hasard (des rencontres). C’est ainsi, “so ist es”, comme disent les Allemands (c’est un Lorrain qui cause).

Je vous raconte. Mon dentiste est une pointure (je l’admire). Il y a 5 ans, il doit m’enlever une vieille molaire déjà ruinée tout au fond à droite (presqu’aussi vieille que moi, donc)… Pas de bol, au bout de 20 minutes de travail, il baisse les bras, elle est quasi scellée à l’os de la mâchoire, il n’a pas les outils pour… il appelle un copain chirurgien qui officie juste à côté, à 100 mètres, lui demande s’il peut me prendre d’urgence pour régler ça en exposant mon cas, l’autre accepte, mais en précisant qu’il faudra attendre car il est déjà sur un cas difficile (deux SDF à opérer d’urgence et y’a du taf). Donc, je devrai patienter… Mon dentiste, prévoyant, me refait une piqûre anesthésiante pour tenir le coup… mais j’attends 3 heures dans le cabinet du chirurgien… J’ai fini par tenir stoïquement, la gueule et la molaire ouvertes, et la douleur montante… Quand mon nouveau chirurgien dentiste m’a pris, bing, grosse piqûre tout droit, de haut en bas, direct dans le massif de douleur, et 10 minutes après, soulagé, avec force scie et tenaille, et coup de main de son assistante… Ensuite, 15 jours d’arrêt de travail (et purée avec paille, etc.).

A part ça, la vocation du dentiste est de soulager. Sauf qu’il y a un coût nerveux du soulagement!… Pourquoi voudriez-vous que tout se passe paisiblement? Pourquoi vouloir à tout prix la disparition de la douleur? C’est cela que j’interroge. Ne serait-ce pas une vision infantile des patients? L’anesthésie n’a nullement pour but de faire disparaître la douleur, c’est la confondre avec Disneyworld. Elle permet au praticien de travailler tranquillement et au patient de se faire opérer en toute quiétude. C’est un moyen momentané du soin, pas une condition d’existence. Elle s’appuie sur le poison-remède (“pharmakon”) de la chimie, ce que vous refoulez. Et pour avoir été souvent dans le fauteuil du dentiste, je sais que c’est un métier physique, et que c’est aussi devenu un métier féminin: cela demande force nerveuse, physique et adresse. Preuve qu’un métier qui se féminise ne se dévalorise pas, quoiqu’en pense Eric Zemmour… Je précise que je n’entends pas colporter quelqu’image que ce soit… je les constate, c’est tout, sinon, j’écrirais dans Okapi et pas dans un blog de dentiste. Il y a en effet, je vous l’accorde, des images désuètes, qu’il appartient sans doute à l’éducation des familles, de l’Ecole et des praticiens de corriger (sauf que visiblement certain praticien pourrait s’interroger sur une image des patients assez naïve et positiviste…). La raison de ce blog est simplement d’inviter (d’obliger?) le praticien à s’interroger sur ses représentations, voire sur son inconscient au travail — car il a comme nous tous, un inconscient, d’autant qu’il a rapport à la question de la souffrance du corps, qui n’est pas une question innocente. Comment faire pour le patient puisse enfin s’abandonner aux soins, si la chimie ne saurait suffire? Pourquoi d’ailleurs voudriez-vous à tout prix que la chimie suffise? Quelle vision avez-vous du système nerveux et du psychisme de votre patient si vous pensez que l’anesthésie résout tous les problèmes? La dentisterie avance, oui, mais les préjugés non, y compris ceux des praticiens, qui ne sont ni des raisons pures, ni des savoirs absolus. Le patient peut même douter du fantasme de la toute-puissance, avec la jouissance qui l’accompagne.
Il y a donc beaucoup à faire encore pour faire évoluer mentalités et intelligences: l’image pérenne du dentiste bouge lentement, mais la conscience a toujours “l’âge de ses préjugés”, comme dit Bachelard. Un philosophe, comme un poète, écoute le langage: “patient”… Et si je commence par la dent, c’est qu’elle est l’objet transitionnel entre le praticien et le patient. La question de la bouche et de l’oral viendra ensuite.

Thierry COLLIER

Dans « La Lettre » ( de l’ordre des chirurgiens-dentistes) N° 133 de décembre 2014, est proposé le compte-rendu, sévèrement amputé, semble-t-il, d’une intervention de Raphaël Enthoven, sur le rapport patient/soignant.
Voici ce qu’il écrit, entre autres : « Il faut rappeler à quel point le métier que vous faites n’est pas seulement utile, indispensable, mais symbolique […] Votre profession a cette spécificité d’être associée, dans l’inconscient collectif, à des douleurs infinies […]. Comprenez-moi bien : si la pratique change, la perception, elle, ne changera jamais. […] On ne combat pas une idée reçue, et l’idée reçue sur les chirurgiens-dentistes est plus forte que tous les palliatifs qu’on lui trouve. »

Bref, et pour autant que je sache lire, le message et le diagnostic qui nous sont délivrés par nos deux philosophes, sont substantifiquement (dirait Dali) les mêmes; que cela nous contrarie un peu, c’est encore une autre histoire.

Lapin Bleu

Bon, j’arrive après la bataille !
Il y a quelques mois j’ai partagé sur le groupe dentistes de France de fb cet article (http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/2016/10/06/lexamen-gynecologique-des-jeunes-femmes-un-droit-de-cuissage-moderne/) qui présente une image très négative, mais néanmoins très argumentée des gynécologues, pensant recueillir des commentaires autour de la nécessité d’être très attentifs à notre respect du patient vu nos propres particularités d’exercices. Au lieu de cela j’ai eu la déception, la contrariété, mais surtout la surprise de recevoir une volée d’attaques ad hominem, confiant à l’invective.
J’observe un phénomène qui me semble similaire dans les commentaires de ce post. Je ne m’en explique pas bien la raison.
L’une des choses que j’ai eu le plus de mal à solutionner dans mon exercice ce sont les patients anxieux et soumis qui me mettaient dans une position de bourreau, d’abuseur, en quelque sorte. Ils m’exaspéraient : qu’ils viennent ou qu’ils partent, mais qu’ils le fassent de bon coeur !
Jusqu’au jour où, à une variation de la question « vous allez pas me faire mal, hein, docteur ? » Au lieu de chanter les louanges de la dentisterie indolore (des bisounours, comme dit Philippe Choulet 😉 ), j’ai simplement répondu « Il faut bien que je m’amuse un peu quand même ! » ^_^
C’est un soulagement pour les patients d’entendre ce genre de blagues, ceux qui ont encore leur sens de l’humour, sont ravis de voir que je suis une vraie personne, et ceux qui l’ont perdu, sont suffisamment désorientés par la question de savoir si c’est du lard ou du cochon pour être réceptif à un discussion empathique sur les représentations qui sous tendent leur crainte.
Je m’interroge sur les réactions épidermiques de certains confrères à l’image du dentiste/arracheur de dents. Est-ce qu’ils ont trouvé (et perdu) l’énergie de refouler cet agacement, cette déception, cette exaspération qu’on peut éprouver devant un patient qui la vit encore ? Est-ce qu’ils poussent aussi leurs patients (involontairement, sans doute) à taire cette représentation, et les craintes associées ?
Il est pourtant certain que ces représentations sont non seulement bien réelles, mais que nous la véhiculons encore, en traitant avec fermeté les enfants pour qu’ils se laissent soigner, ou encore, je pense à ce patient qui avait écrit sur le questionnaire médical d’un confrère sur la ligne des craintes pour se faire soigner (je ne sais pu comment c’était formuler) : les odeurs, les bruits, la rigidité… La rigidité des précédents praticiens…
On fait de notre mieux, mais il y a des gens qu’on ne parvient pas atteindre pour une raison ou une autre, et cela entretien l’image…
Et comme le signale très judicieusement, Philippe Choulet, le contrôle absolu de la douleur n’est pas en notre pouvoir ! Les gens ont d’ailleurs plus besoin d’empathie, que d’insensibilité complète à la douleur 🙂

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